Oui, je sais, pour ce premier Artist’Up photo, on met la barre très haute. C’est Anne-Laure Etienne et son monde rêvé qui nous a touché ce mois-ci. Je vous laisse découvrir cet interview en image…
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Coline : Bonjour Anne-Laure, peux-tu te présenter ?
Anne-Laure : Bonjour, je m'appelle Anne-Laure Etienne et mon nom d'artiste est Unspoken Image. Je suis en école de photographie depuis deux ans. Je m'intéresse à beaucoup de domaines différents: la musique, le cinéma, le dessin, et les arts en général.
Coline : Quand as-tu commencé la photo ?

Anne-Laure Etienne : Je crois que j'ai commencé la photo comme tout le monde: pour me souvenir. Cette lubie est restée un certain temps, je voulais immortaliser chaque instant, chaque personne, chaque endroit, chaque fou rire. J'avais à peine 15 ans quand je volais déjà l'appareil photo de ma soeur en cachette, et je martelais mes proches, sans cesse, et je me réfugiais dans ces images en croyant que je pourrais revenir en arrière et faire ressurgir le passé. Il me semble que j'ai subitement changé d'avis, lorsque j'ai rencontré Vincent Deslesvaux, un ami adepte du Light Painting, qui a totalement changé ma vision de la photographie. Cela dit, j'ai toujours la larme à l'oeil quand je visionne des images qui datent de quelques années en arrière.
Coline : Comment définirais-tu ton univers ?

Anne-Laure Etienne : Je dirais que mon univers est assez onirique. C'est un univers où je me réfugie très souvent et qui occupe une place primordiale dans ma vie. Un monde imprégné de mes rêves, de mes questions existentielles, de mes peurs et de mon inconscient, ainsi que de mon désordre intérieur. Mes images englobent un certain chagrin, et ce chagrin développe les forces de mon esprit. Ce que je dévoile dans mes photographies est une grande part de moi-même, elles sont le reflet de mon âme. J'essaye de sublimer la réalité car elle ne me satisfait pas. Je déteste le monde dans lequel je vis, mais je le trouve à la fois magnifique, riche, et passionnant. La photographie est mon unique échappatoire. L'évasion par le rêve et l'imagination est une sorte d'ivresse mystique qui me permet de m'envoler vers mon idéal, un idéal que je sais inatteignable.
Coline : On peut voir dans beaucoup de tes photos un travail de symétrie et de formes abstraites, qu’est ce que cela représente pour toi ?


Anne-Laure Etienne : La symétrie pour l'opposition, la dualité, pour l'équilibre et pour la beauté. J'aime les formes inattendues que produisent deux images placées en vis-à-vis. J'aime donner naissance à des personnages, et ces personnages deviennent mes démons, mes rêves, mes angoisses, ce sont mes visions. Ce qui m'intéresse le plus dans ces symétries, c'est le fait que chaque être puisse y voir des choses différentes. Je propose à mes lecteurs une libre interprétation de ces images. Je me suis inspirée du fameux test de Rorschach, l'idée est d'utiliser l'interprétation que donne un individu à des dessins ambigus pour en déduire des traits de sa personnalité. Je crois que si je devais coller une phrase pour illustrer cette série d'images, je choisirais celle de Charles Baudelaire: " Tout enfant, j'ai senti dans mon coeur deux sentiments contradictoires; l'horreur et l'extase de la vie".
Coline : Dans un tout autre style, beaucoup de tes photos représentent une personne en plein mouvement, comment arrives-tu à donner cet effet où la personne tombe ou semble être éjectée de nul part?


Anne-Laure Etienne : Ces photos découlent d'une tout autre série, que j'appelle les lévitations. Le monde de l'air est relié aux pensées. Elles sont un voyage entre l'imaginaire et le réel, afin d'accéder à un idéal qui est dans l'ailleurs. L'effet donné à la personne fait partie d'une recette secrète, d'un peu d'équilibre et d'imagination.
Coline : Tu es souvent ton propre modèle, pourquoi ?


Anne-Laure Etienne : Je crois que mon travail repose sur un exercice d'introspection assez poussé. J'aime me dédoubler, me démultiplier, m'envoler, me déguiser, me transformer, me glisser dans la peau d'autres personnages, me façonner et me modeler, tout simplement. Je crois que je n'arrive vraiment à créer que lorsque je me retrouve seule.
Je sollicite parfois d'autres modèles mais ma démarche étant assez particulière, j'ai besoin d'avoir un niveau d'intimité assez élevé avec la personne. Je suis très spontanée dans la création de mes images. J'ai besoin de comprendre le modèle, et que le modèle me comprenne. Pour cela il faut se laisser aller, en symbiose, comme une connivence. C'est un peu comme si je laissais entrer la personne dans mon jardin secret, et l'inverse. C'est un réel échange, et c'est primordial. C'est certainement pourquoi être mon propre modèle me semble plus évident, même si j'aimerais beaucoup m'ouvrir un peu plus aux autres, mais tout en gardant ce jardin secret.
Coline : Qu’utilises-tu comme matériel ?

Anne-Laure Etienne : Je me suis récemment offert le Nikon d7000, qui est une pure merveille, je travaille avec depuis quelques temps. Je ne me sépare plus de mon 50mm, je l'emmène partout avec moi, c'est un petit bijou. Avant ça, j'utilisais le d5000, qui m'a valu plus de 70 000 déclenchements, et beaucoup de souvenirs.
Coline : Comment s’est passé ta coopération avec Léon ?

Anne-Laure Etienne : Léon a été une sacrée surprise dans ma vie. Je connaissais seulement Mathieu Rothwiller de vue, jusqu'à ce qu'il ne vienne à moi, après le concert des Welling Walrus à Aubenas, en Ardèche. Il m'a contacté pour me dire qu'il aimait mon univers et qu'il s'y retrouvait dans mes images. Il m'a ensuite proposé de travailler avec lui, autour d'un café, j'ai accepté. Tout est allé très vite, mais tout est allé pour le mieux, un peu comme si nos deux cerveaux étaient fusionnés. C'était une expérience formidable et c'est un jeune homme tout a fait étonnant.
Coline : Quelles sont tes inspirations du moment ?

Anne-Laure Etienne : Je n'ai pas réellement d'inspirations du moment, mais si je devais citer une photographe bluffante, ça serait Francesca Woodman. D'ailleurs je crois que c'est de là que vient mon amour pour le format carré. J'aime son univers épuré unique et torturé. C'est douloureux et beau à la fois, tout simplement.
Coline : Quels sont tes projets futurs ?
Anne-Laure Etienne : Partir et quitter Lyon et découvrir une ville qui m'est inconnue. Je prépare actuellement le concours de St Luc à Liège, en graphisme. Après trois années passées à Lyon, j'ai vraiment envie de changer d'air.
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