Clément Peretjatko au festival Printemps d'Europe

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Clément Peretjatko est un marionnettiste amoureux des mots et de la poésie. Son diplôme de l'ESNAM en poche, il part silloner le monde à la rencontre des Arts Traditionnels, et rencontrera au Kosovo les formes théâtrales politisées qu'il recherchait.

 

Comment s'est faite votre rencontre avec la marionnette ?

A la base je voulais être comédien, mais je voulais aussi réfléchir sur les textes que j'avais envie de travailler. J'ai rencontré la marionnette dans mon cursus en Arts du Spectacle à Rennes, à la fois par la pratique et surtout par la théorie : j'ai lu les principaux théoriciens de la marionette : Kleist, Craig... Puis j'ai été pris à Charleville Mézières. C'est vraiment dans les balkans que j'ai trouvé des formes de théâtre plus politiques : là bas la culture et le théâtre ont toujours été considérés comme une forme de prise de parole et de contre-pouvoir. Au Théâtre National du Kosovo il y a peu de moyens, si tu branches 12 projos ça grille ! Donc on ne peut pas compter sur le côté technique. Pour eux, c'est normal et c'est ce qu'on dit qui compte. Je pense qu'on va y revenir en France, puisqu'on est en pleine crise théâtrale... Le spectateur est friand de ces formes simples.
C'est pourquoi j'ai misé sur la marionnette : ne serait-ce que par la forme, elle est susceptible d'attirer un large public, et même un public familial. C'est donc accessible, ça ne s'adresse pas du tout à des spécialistes même quand ça parle des Balkans : ce n'est pas du tout élitiste. Et ainsi ça permet de faire tomber les a prioris : Prijstina n'est qu'à une demi journée de Lyon...
 

Clément Peretjatko a participé à la création de "l'effondrement de la tour Eiffel", une pièce de Jeton Neziraj qui sera jouée pour la première fois en France dans le cadre du Printemps d'Europe les 24 (19h30) et 25 (16h30) mai au TNG :

Theatre in Place of War Jeton Neziraj and the new Theatre in Kosovo from marco quonda on Vimeo.

"Theatre in Place of War - Jeton Neziraj and the new Theatre in Kosovo"
Documentaire indépendant italien sur les coulisses du spectacle "L'Effondrement de la Tour Eiffel"
produit par le Qendra Multimedia de Pristina.


© Clément Peretjatko
  


Vous êtes parti barouder à la rencontre d'autres formes théâtrales directement après l'école ?

Tout de suite après l'école j'ai créé ma compagnie en Bretagne. J'ai monté Vané, mais j'ai été très déstabilisé par les retours institutionnels : on m'a dit que l'auteur n'avait de toute façon pas pu être censuré par les Oustachis. Je ne m'attendais vraiment pas à une position aussi révisionniste, même si le spectacle pose question puisqu'on ne voit pas immédiatement ce qui a pu être censuré. C'est allé très loin : on m'a retiré les financements, j'ai perdu la licence d'entrepreneur du spectacle, et j'ai donc décidé de m'écarter de ces institutions... J'étais face à un choix : soit rentrer dans le moule, soit défendre mon travail et mon engagement en dehors des institutions (tout en étant soutenu par quelques théâtres). Mais tout n'est pas tout noir ! Par exemple l'année dernière j'ai pu jouer au Centre d'Histoire de la Résistance et de la Déportation à Lyon un spectacle sur le côté "résistant de la langue" d'Ivšić. Et toute l'équipe du musée était très impliquée, je me suis senti soutenu et c'était très agréable. En plus je pense que le théâtre a vraiment sa place dans les musées.

 


© Clément Peretjatko

 

C'est donc difficile de faire des Arts Traditionnels en France...

En France on a cet a priori sur la marionnette... Parfois quand je démarche certains théâtres on me dit « la marionnette, JAMAIS ». Quand je leur parle des auteurs ils sont intéressés, mais ça s'arrête là. En fait on les confond avec du folklore, et on oublie complètement que le traditionnel évolue avec le temps ! Et ce qui m'intéresse dans la tradition c'est de m'emparer de choses actuelles.
 

Poète et auteur dramatique, Radovan Ivšić
 

Parlez-nous de l'auteur des deux pièces que vous allez présenter au festival cette année...

J'ai eu la chance de rencontrer Radovan Ivšić et de sympathiser avec lui avant sa mort en 2009. Il Faut savoir qu'il a été censuré à la fois par les nazis et les titistes ! Il a écrit pour le théâtre de marionnettes. Il a initialement été promu directeur du théâtre national de marionnettes de Zagreb, parce qu'on pensait qu'en lui faisant faire des spectacles pour enfants il ne serait pas fauteur de trouble... Il a été limogé un peu plus tard évidemment, et il a cessé toute activité avec la marionnette pour se concentrer sur la poésie et les textes de théâtre. Il formule des idées que j'ai envie de défendre, et son écriture est formidable : elle est si poétique et accessible qu'elle permet d'apprécier la pièce sans avoir connaissance du contexte auquel elle renvoie. Ses pièces ont plusieurs niveaux de lecture, et la prise de connaissance du contexte a posteriori ne fait que donner plus de profondeur à la réflexion, mais n'est pas indispensable à celle-ci.Lorsque je joue ses pièces je sens bien que les barrières du théâtre classique et de la littérature tombent : les gens se disent « je comprends ».
 

© Clément Peretjatko - Vané

 

Parlons des pièces "Aquarium" et "Vané" justement !

Aquarium fait référence au camp de l'île nue, mais le contexte n'est pas directement cité. L'histoire est celle d'un journaliste (incompétent, car dépêché par le pouvoir en place) visitant le camp en vue d'un reportage. Il rencontre toute la hiérarchie, du simple bidasse jusqu'au général et s'aperçoit que chaque échelon possède son propre langage et sa propre langue de bois. Ça interroge donc la question des niveaux de langue. Et la situation est assez absurde car chacun doit se référer à son supérieur ce qui fait qu'il n'y a jamais aucune décision de prise ! Il ne défend pas une thèse politique, mais déconstruit un certain théâtre politique. 

Vané est assez proche du Petit Prince : les thématiques sont semblables (liberté, merveilleux...) et c'est le même contexte d'écriture. Ce désir de merveilleux, c'est déjà beaucoup pour un pouvoir totalitaire... Toute sa vie, Ivšić s'est demandé pourquoi il était censuré, et moi-même je me demande si ses censeurs étaient des idiots finis qui ne comprenaient rien, ou des « génies » (dans le sens obscur du terme bien sûr) qui avaient saisi le caractère subversif de ses écrits. C'est une pièce très poétique, où tous les mots ont leur place. C'est ce que je recherchais quand je travaillais sur la poésie, cette richesse de l'écriture théâtrale et l'amour de la langue. Le pouvoir totalitaire cherchant à déstructurer la langue pour déstructurer l'humain, ça ne passait éidemment pas pour les fascistes...

C Clément Peretjatko© Clément Peretjatko - Aquarium 

© Clément Peretjatko - Aquarium

Clément Peretjatko jouera "Aquarium" précédé de "Vané"
les 17 (20h) et 18 (16h30) mai au TNG

© Europe et Cies - Fesival Printemps d'Europe© Europe et Cies - Fesival Printemps d'Europe
 

Le Festival Printemps d'Europe est organisé chaque année par Europe et Compagnies depuis 2008 autour d'un maître mot : la rencontre. Rencontre entre artistes venus de toute l'Europe, rencontre entre artistes et public, rencontre entre langues et cultures...
Plus encore, le festival se veut déclencheur d'une réflexion sur l'Europe, son évolution et ses bases, en mettant en valeur les ingrédients du dialogue : les langues et la culture.


Le site de Collapse, la compagnie fondée par Clément Peretjatko

Le programme du Festival Printemps d'Europe

La page facebook du festival

  • Artist UP
    (hôte)
    • 2015-01-06 20:24:34
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  • Tags - #festival #collapse #metteur en scène #Printemps d'Europe #Clément Peretjatko #arts traditionnels #marionnettiste
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