Théâtre de l'Uchronie, petite maison théâtrale

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Le collectif Mac Guffin a été créé en 2001. Après bien des évolutions, les membres du collectif - porteurs de projets en théâtre, danse, musique et cinéma - ont eu envie d’ancrer dans un lieu tout ce qu’ils partageaient ensemble. C’était aussi un moyen d'exister et de faire exister des projets d’autrui : "avoir une maison c’est quand même super bien !". Depuis, il y a eu beaucoup de projets, une quinzaine de courts métrages, presque 20 productions spectacles vivants - danse, théâtre et musique. 
Entrez dans la petite maision théâtrale par la grande porte... propos recueillis de Barbara Loison.

Theatre de l'uchronie

© Mac Guffin Kollectif

 

Peux-tu nous parler de ton parcours ?

J’ai un parcours un peu bicéphale, c’est-à-dire que j’ai fait à la fois une formation artistique en danse, en interprète, plutôt classique au début. J’ai été formée au Pays Basque (français et Espagnol). Ensuite j’ai commencé à travailler dans des compagnies bordelaises et parisiennes en danse contemporaine et en même temps je continuais mes études de communication. J’ai déménagé sur Lyon pour aller à l’ENS de Lyon en communication, j’ai rencontré plusieurs compagnies et en 2008 j’ai rencontré le collectif Mac Guffin qui cherchait des danseurs sur des productions théâtrales. C’est à partir de cette rencontre que j’ai vraiment intégrée le collectif qui s’est enrichi d’une section purement chorégraphique. Avant ce n’était que théâtre et cinéma et quand je suis arrivée, j’avais envie de monter une compagnie avec des productions chorégraphiques. Comme nous nous sommes rencontrés sur des valeurs esthétiques, philosophiques et envies communes, on s’est dit qu’on devait continuer ensemble et on a donc créé la section danse dans Mac Guffin en 2008-2009.

 

theatre de l'uchronie

 © Mac Guffin Kollectif

 

Vous avez donc décidé ensemble d’ouvrir ce théâtre?

Le collectif existe depuis 2001. Il a été d’abord un collectif qui regroupait des artistes du cinéma et de la Bande Dessinée, il n’y avait pas de théâtre à la base. L’édition et le cinéma sont des disciplines assez compliquées pour trouver des moyens donc en 2003, Manuel Liminiana (auteur, réalisateur et metteur en scène) a initié un projet. La BD est à ce moment un peu partie aux oubliettes pour des raisons un peu conjoncturelles, et Manuel Liminiana s’est concentré sur le cinéma et s’est mis également à écrire des pièces de théâtre. Il avait envie de développer la partie spectacle vivant – théâtre. Il y a eu pas mal de représentations théâtrales à partir de ce moment là.

Moi je suis arrivée en 2008 au théâtre. Quand la partie spectacle vivant s’est bien développée, on a eu envie d’ancrer dans un lieu tout ce qu’on partageait ensemble, dans cet esprit de collectif (porteurs de projets de théâtre, de danse, de musique, de cinéma). On s’est vite rendu compte qu’un lieu pour porter tout ça, c’était vraiment important. D’un point de vue technique, avoir un lieu c’est plus pratique et plus confortable. C’est aussi un moyen pour nous d'exister et de faire exister des projets d’autrui, avoir une maison c’est quand même super bien ! Depuis, il y a eu beaucoup de projets, une quinzaine de courts métrages, presque 20 productions spectacles vivants - danse, théâtre et musique. 

 

theatre de l'uchronie

© Mac Guffin Kollectif - Anita
 

Quel est ton rôle dans ce théâtre ?

C’est une organisation complètement horizontale, il n’y a pas de hiérarchie, on est dans un collectif. Ca s’organise en forme de cercles. Il y a trois personnes dans le premier cercle, donc c’est les vieux de la vieille comme on dit, le noyau. Manuel Liminiana un des fondateur du collectif, Tiffanie Deschamps qui est arrivée en 2008, elle travaille sur la partie cinéma, elle fait beaucoup de montages, assiste le réalisateur et s’occupe de la régie lumière également. On fait tous beaucoup de choses de toute façon, tout le monde fait de l’administration et de l’artistique. Et moi, et bien je suis danseuse donc je m’occupe des productions chorégraphiques et au niveau de l’administratif, je fais principalement de la communication. Donc on est les trois porteurs de projet et du théâtre. Après, il y a un deuxième cercle qui s’appelle on va dire les artistes associés. Ce sont les gens qui reviennent souvent, dans le but de créer une famille, une communauté d’artistes, d’interprètes, de comédiens, de danseurs… Ce sont des gens qui oeuvrent aussi pour le théâtre, et qui nous aident en apportant leurs idées, en diffusant la comm’ et les appels à projets, mais ils sont moins sur le décisionnel. Ensuite il y a le troisième cercle, ce sont les gens qui passent de manière ponctuelle et qui sont là de temps en temps. Voilà, ça s’organise plutôt comme ça.

 

theatre de l'uchronie

© Mac Guffin Kollectif

 

Pourquoi avoir choisi ce nom de théâtre ?

Sur le site web il y a une présentation de notre ligne artistique. C’est très lié à ce qu’on fait nous dans le collectif Mac Guffin. Il est donc question de narration. On raconte des histoires, que ce soit en danse, au cinéma, au théâtre ou en musique. Il y a vraiment cette dimension d’emmener les gens dans une histoire, de faire voyager par l’imaginaire. Non pas pour s’extirper de la réalité, bien au contraire, c’est pour la faire exister d’une autre façon car on parle de choses que les humains vivent en racontant des histoires. C’est quelque chose pour nous qui permet d’explorer des questionnements philosophique et sociétal, tout en restant dans un certain univers. L’uchronie, c’est le non temps. C’est-à-dire que quand on veut réinjecter dans un processus narratif, l’uchronie c’est ce que pourrait être une société si on changeait quelque chose dans le présent ou dans le passé. Je te donne un exemple parce que ça aide vraiment : Qu’aurait été la société si Hitler aurait fait les Beaux Arts ? Ca c’est une uchronie, c’est le principe d’anticipation. Que sera la société dans 100 ans si on change quelque chose maintenant ? C’est vraiment se projeter dans la société avec notre imaginaire. L’uchronie c’est une façon de parler de l’humain aussi. On est très attaché à ces questions d’humanité, de relation entre les gens et entre les temps (le passé, le présent, le futur). Dans nos pièces, il y a souvent cette question là : Qu’est-ce qu’on fait des souvenirs, des traces du passé ? Comment on fait pour l’avenir ? Il y a beaucoup de lien avec le temps.

 

theatre de l'uchronie

© Mac Guffin Kollectif - Quatre 

 

Tu en as déjà parlé, il y a plusieurs disciplines artistiques qui sont présentes dans ton théâtre (musique, cinéma, danse, théâtre). Comment parvenez-vous à les croiser au sein de la programmation ?

Dans la ligne artistique de l’uchronie, il y a ce rapport à la narrativité, à l’imaginaire.. Il y a en effet cet attachement qu’on a, d’avoir la possibilité dans un même spectacle, d’avoir du texte, de la danse et de la musique par exemple. Il y a des spectacles qui sont purement théâtraux, d’autres purement dansés… Mais on aime bien croiser aller vers la pluridisciplinarité. C’est-à-dire qu’il peut y avoir par exemple de la danse dans une pièce de théâtre mais il y aura toujours une histoire liée à un processus narratif. Quand on écoute la musique sans voir les images on pourrait se faire le film.

 

theatre de l'uchronie

 © Mac Guffin Kollectif - Sol Violon

 

Vous faites des ciné-concerts ?

Exactement. Sur la petite programmation de deux mois qu’on a faite (comme on a ouvert en mars), on a fait des ciné-concerts. Il y a un des artistes associés qui est pianiste compositeur, qui a choisi deux films muets et qui a créé la musique sur le film.

Quels sont l'univers et l'ambiance du théâtre ?

C’est un théâtre qui est une miniature d’un grand théâtre. Les gens nous disent qu’il est confortable avec de super sièges, les artistes sont bien accueillis, ils ont de belles loges et le matériel technique est très développé. C’est un théâtre de proximité, de quartier. C’est comme ça qu’on l’a voulu. On voulait être au pied de chez les gens. Les passants sont surpris de voir le théâtre ici. On voulait pas du tout être loin dans un grand hangar. Le théâtre a le pignon sur rue et quand on répète, on laisse les rideaux ouverts et les gens voient ce qui se passe, s’arrêtent, rentrent, posent des questions, s’intéressent car c’est ouvert sur la rue et c’est très rare de voir ce qui se passe à l’intérieur. C’est très convivial et très intime car c’est un petit théâtre, il y a 32 places. On est comme dans un petit écrin. Comme une boîte de bague, où il y a des histoires dedans, quand on l’ouvre. C’est une petite maison avec trois niveaux : la salle de spectacle avec la scène, en bas il y a une salle de répétition, en haut les bureaux et les loges. Voilà c’est une petite maison de théâtre en fait… C’est ça l’esprit !

 

theatre de l'uchronie
© Mac Guffin Kollectif

 

Peux-tu citer quelques artistes qui ont influencé et inspiré ton travail ?

Je suis assez fascinée par tous les artistes qui ont travaillé dans les années '40-'50. Ce sont des années qui m’inspirent beaucoup, pendant et l’après guerre. Je m’intéresse beaucoup aux artistes expressionnistes allemands dans toutes les disciplines. J’aime bien faire des croisements dans les époques et les géographies différentes… On retrouve ces thèmes en danse dans mes chorés. C’est encore un rapport à la trace et au souvenir de ce qu’il s’est passé à cette époque là, qu’est-ce que ça devient aujourd’hui.. à la fois esthétiquement et aussi personnellement car on a tous une histoire à cette période. C’est quelque chose qui est assez important.

Je suis assez influencée par la littérature comme Gorliada Sapienza, Nancy Houston. Ce sont des auteures qui parlent de l’ambiguïté humaine. Il y a aussi Carole Martinez, des choses à la fois fantastiques et qui en même temps parle des vérités qui se confrontent au côté sociétal.

Dans le collectif, avec ce rapport à l’uchronie et à la transversalité des temporalités, Manuel a beaucoup travaillé sur Terry Gilliam, qui bosse pas mal sur cette question d’uchronie, par exemple dans le film Brazil.

 

theatre de l'uchronie

© Mac Guffin Kollectif 

 

Quels sont les projets en cours et à venir ? Les objectifs futurs de la structure ?

On a fait une toute petite saison pour occuper le théâtre depuis son ouverture en mars. Il y a eu 6 spectacles programmés en deux mois. A venir, il y a des créations qui sont liées au collectif donc il y a une trilogie d’un des personnages que Manuel a créé. Il a fait 3 pièces avec ce personnage. On a « Les Trois Mousquetaires » d’une autre compagnie qui va jouer en Décembre, la compagnie Broutille menée par Nicolas Guepin, un des artistes associés du Théâtre. On a un projet qui va être monté par un de nos artistes associés aussi sur le thème d’un savant fou, ce sera la musique en lien avec le cinéma, c’est le même qui avait fait les ciné-concerts. Il y aura également de la danse, la Compagnie Lily Kamikaz, la Cie Philioscope. En théâtre : la Cie Broutille et la Cie Andara Leo, qui rentre bien dans notre ligne artistique et esthétique, il y a toujours de la danse et du chant dans leurs pièces. Donc il y aura deux pièces d’Andara Leo en Octobre et en Mars. Voilà les temps forts de la programmation.

 

theatre de l'uchronie

© Mac Guffin Kollectif  

 

Mot de la fin : une anecdote, un souvenir…

On a construit le théâtre nous mêmes, avec nos mains, pendant neuf mois donc il nous est arrivé plein de choses… Un moment marquant, c’est quand on a ouvert le théâtre. On a fait plusieurs soirées d’inauguration dont une avec ceux qui nous ont aidés à construire le théâtre et les voisins car ils sont très importants ! A plusieurs endroits on s’est fait jeter et là ils nous ont bien acceptés. Donc on commence la soirée, on prend la parole tous les trois, on montre les photos avant/après, et on a vu les gens s’asseoir sur les sièges qu’on a donc nous même installés… le théâtre commençait à vivre… et on s’est mit à pleurer de joie ! Donc là c’était vraiment le début… Après il y a eu aussi le premier spectacle et bien d’autres souvenirs... et ce n’est pas fini !

Pour dire, pour le mot de fin, c’est vraiment notre petit théâtre qu’on veut partager avec tout le monde, on a construit une maison, notre maison, mais c’est aussi la maison du public et des artistes. 

 

theatre de l'uchronie

© Mac Guffin Kollectif

 

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- Propos recueillis de Barbara Loison -

    • 2014-09-17 14:33:23
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  • Tags - #musique #Lyon #cinema #danse #théâtre #mac guffin #theatre de l'uchronie #uchronie
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