Kader Attou : "la danse, langage universel"

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Kader Attou, danseur, chorégraphe et directeur du Centre Chorégraphique National de la Rochelle est porté par la danse hip-hop depuis les années '80. C'est en regardant une émission de télévision étant enfant, qu'il a été fasciné et bouversé par cette danse, devenue depuis son projet de vie.
Attentif au langage des danseurs, Kader Attou croise les esthétiques et les genres, tout en apportant une touche de poésie. Il porte un regard sur le monde à travers ses créations et pose ainsi sa signature - subtile et incontestablement tournée vers l'humain : "A chaque création, c'est comme si c’était la première fois. C’est des sentiments extraordinaires, (...), parce que cela montre un langage des danseurs et cette générosité partagée à travers les spectacles et le public..." 

 

Pouvez-vous nous parler de votre parcours, de ce qui vous a donné envie de vous tourner vers la danse ?

Je fais partie de la première génération dite de danseurs hip-hop. J’ai découvert cela en 1984 par le biais de cette fameuse émission « Sidney H.I.P H.O.P ». L’arrivée du hip-hop en France s’est faite en '84 par le biais de cette émission animée par un animateur qui s’appelle Sidney.
Pour rappeler le contexte, c’était en '84, une émission qui avait lieu tous les dimanches après-midis et je découvre ça comme beaucoup d’autres gens et on trouve ça extraordinaire. On décèle une façon de danser. C’était vraiment une émission axée sur la danse hip-hop, pas sur la musique, pas sur le graff, seulement la danse hip-hop. C’est un peu comme Obélix, on tombe dans la marmite et on n'en sort plus. Ce qu’il faut savoir c’est que l’émission se clôturait par une leçon de danse qui était donnée par les protagonistes pendant deux/trois minutes, ce qui nous permettait avec les copains de descendre en bas du quartier, en bas de nos maisons et d'essayer de reproduire le mouvement. Il y avait donc cette émission qu’on a découvert ensemble et il y avait aussi cette leçon qu’on essayait de reproduire en bas de nos immeubles, qui à mon sens, a fédéré une sorte d’énergie commune avec les copains. On peut dire que c’étaient les premiers battles : on s’entrainait dehors et on essayait de reproduire ce qu’on faisait. C’était une passion pour moi, mais à cette époque j’étais loin d’imaginer que ça allait devenir un projet de vie. C’est devenu un projet de vie en '92, lorsque j’ai découvert que, plus je dansais, plus j’aimais ça et que la danse était un langage universel et qu’elle n’avait pas besoin de frontières. 

 

Kader Attou

© Kader Attou - Crédit CCN La Rochelle

 

Pouvez-vous nous décrire votre univers, l’esprit artistique de vos chorégraphies ?

Je pense que tout chorégraphe cherche une forme de singularité dans son travail, c’est-à-dire une signature. Moi ce qui m’intéresse aujourd’hui c’est lorsqu’on découvre le travail de Josef Nadj par exemple, c’est de la danse contemporaine mais il a une signature, il a un univers très particulier. Si on m’emmenait voir un spectacle sans me dire que c’est du Josef Nadj je saurai reconnaitre. Il en va de même pour d’autres chorégraphes et j’essaye de poser une sorte de signature, une sorte d’univers singulier à travers mes créations. C’est un premier point.
Le deuxième point, tous mes spectacles et mes créations ne se ressemblent pas. Ce que je pourrais dire de mon travail : ce sont des propositions artistiques hip-hop avec un croisement d’esthétiques. C’est-à-dire que depuis le départ, j’essaie d’être dans le croisement d’esthétiques parce que j’ai toujours considéré qu'afin de mieux comprendre ce qu’il en est, il faut comprendre les autres ou mieux comprendre sa danse et comprendre les autres danses. Cela fait 20 ans que je m’interroge et que je m’intéresse à toutes les formes de danses, évidemment la danse contemporaine en premier chef mais ensuite il m’est arrivé de faire des projets avec l’Inde, avec le Brésil, l’Afrique…
J’essaie vraiment de faire croiser les esthétiques dans mon travail, tout en ayant ma signature et en apportant une forme de poésie... parce que j’aime beaucoup la poésie tout simplement.
 

Quelle place laissez-vous à la danse hip-hop dans vos œuvres ? Essayez-vous de crioser avec d’autres styles de danse ?

Comme expliqué précédemment, toutes mes créations sont des créations hip-hop avec une diversité à la fois d’esthétique et de genre. J’essaie aussi de poser un regard sur le monde qui est le mien, à travers des créations comme The Roots, comme Symfonia, autour de la musique de Gorecki. Comme la prochaine que je suis en train de créer qui s’appelle Opus 14 : une pièce pour 16 danseurs qui sera présentée en septembre dans le cadre de la Biennale (ndlr : Biennale de la Danse à Lyon). La place du hip-hop dans mes œuvres est forte. Je suis danseur et chorégraphe issu de cette esthétique, je ne peux pas être autre chose et mes créations non plus, tout simplement.
 

Vous êtes dans l'univers du hip-hop depuis longtemps. Comment cette pratique a-t-elle évoluée selon vous ?

Selon moi elle a évoluée de manière très positive dans un premier temps. Aujourd’hui c’est une danse qui est d’actualité, elle résonne partout dans le monde. On peut être à Caracas, à Calcutta, à Bamako ou dans les îles Polynésiennes, vous trouverez et vous rencontrerez des danseurs hip-hop. En France il y a une spécificité française en matière de création artistique. Les danseurs hip-hop, les chorégraphes issus de cette esthétique comme moi et d’autres... par exemple Mourad Merzouki, nous nous sommes enrichis du patrimoine chorégraphique existant en France comme celui de la danse contemporaine, la danse classique, qui est un patrimoine extrêmement riche. On a dans un premier temps œuvré à ce que cette danse soit reconnue comme une danse à part entière pendant de nombreuses années, depuis son arrivée en France jusqu’aux années '95 et une fois que cette danse a été reconnue comme une danse à part entière pour les institutions, il y a de manière naturelle l’émergence des chorégraphes issus de ce mouvement. Au départ c’était souvent un travail collectif d’ailleurs Accrorap est né d’une rencontre collective et il y a beaucoup de compagnies qui sont nées de cette manière-là.
En 1996-97-98, il y a eu l’émergence des chorégraphes de ces collectifs, qui ont commencé à œuvrer sur une signature singulière. La danse hip-hop est une danse qui se nourrit de ce patrimoine-là et propose des créations qui portent la culture française à travers le monde. Lorsque je vais à Budapest ou ailleurs, je représente la culture française - c’est quelque chose d’extraordinaire. Les œuvres et les créations artistiques des chorégraphes hip-hop ont une place importante pour moi dans la création d’aujourd’hui.

 

RETROUVEZ L 'INTERVIEW DE MOURAD MERZOUKI SUR ARTIST'UP

 

Kader Attou

© Kader Attou - The Roots - Crédit Joao Garcia

 

Pouvez-vous nous parler d’une collaboration qui vous a marquée ?

Dans mes interviews j’oublie souvent une personne et aujourd’hui je voudrais ne pas l’oublier, j’aimerais saluer Maryse Delente qui a été - pour le collectif d’Accrorap que nous étions en '92-'93 - l’une des premières chorégraphes contemporaines à nous avoir amenés dans cet univers que l’on ne connaissait pas. Maryse Delente est une chorégraphe importante dans l’histoire de la danse contemporaine en France. Elle a été directrice du CCN de Roubaix pendant un certain nombre d’années et est une femme extraordinaire que je respecte beaucoup. Elle n'a pas gommé notre identité mais nous a rendus plus « beaux » et plsu justes sur scène. Elle ne nous a jamais demandés d’être des danseurs contemporains, elle a pris ce que nous étions - l’énergie, l’identité de chacun - pour en faire un spectacle extraordinaire. J’en garde un très bon souvenir.
Donc je voudrais saluer Maryse Delente pour cette ouverture qu’elle a eue et qu’elle a toujours. 

 

Kader Attou

© Kader Attou - Crédit Yves Petit

 

Aujourd’hui vous êtes directeur du (CCN) Centre Chorégraphique National de La Rochelle. Pouvez-vous nous en dire plus ? Votre style et votre vision de la danse sont-ils différents de celles de Régine Chopineau - qui vous a précédée ? Pouvez-vous nous parler de la politique artistique que vous avez développée au sein du CCN ?

Les CCN il y en a à peu près un par région c’est-à-dire au nombre de 19 en France, tous régis par des artistes.
En 2008 j'ai été nomme directeur. C’était la reconnaissance qu’il manquait : la danse hip-hop qui intègre les réseaux des centres chorégraphiques nationaux. C’était vraiment un moment très très important !
Quelques mois après, Mourad Merzouki emboîte le pas en reprenant la direction du CCN de Créteil. Je pense que pour l’histoire et pour nous c’était tout à fait légitime parce que nous travaillons beaucoup et que notre travail est reconnu à la fois en France et ailleurs.
Toute la démarche de la transmission des créations artistiques est extrêmement forte. Aujourd'hui les missions d'un CCN sont : la création de chorégraphies, l’accueil de compagnies et le développement d'une politique culturelle assez forte. J’œuvre depuis 5 ans à la direction du CCN de la Rochelle avec une politique d’accompagnement extrêmement forte par rapport aux compagnies. C’est-à-dire qu’à la saison 2013 il y a eu 22 compagnies qui ont été coproduites par le CCN - c'est énorme. Je pense être le seul, en tout cas en France, à co-produire et à accueillir autant de compagnies au CCN.
Ensuite c’est d’abord et aussi un lieu de travail qui me permet de mettre en place mes créations. Il y a toute une politique d’actions culturelles sur les pratiques amateurs, les professionnels en lien avec l’enseignement, les associations, les publics…  on essaie de mettre en place des projets aussi divers et riches que variés et nombreux.
Le troisième pôle qui est pour moi important au Centre Chorégraphique National de La Rochelle c’est un pôle recherche. J’ai créé dès mon arrivée un pôle recherche qui est un collège de débats à la fois théorique et pratique avec des danseurs, des chorégraphes, des pédagogues, des critiques. Nous nous interrogeons sur des thématiques très spécifiques sur les points de la danse hip-hop. Ce sont des collèges qui durent 2-3 jours et ensuite on essaie d’éditer des carnets pour laisser une trace. Pour moi, en dirigeant un Centre Chorégraphique National tel que celui-ci, je dois m’interroger sur l’histoire même de la danse hip-hop, sur les chorégraphes, sur leur signature, sur la question du répertoire, sur la question de la transmission des œuvres…c'est une mission importante.
Avec le CCN et ce pôle recherche on met en place des actions comme celle-ci.

 

 

Pouvez-vous nous parler du festival Suresnes Cités Danse et votre le rôle dans ce projet ?

Le rôle, aussi humble qu’il soit, était ma participation à la deuxième édition ou la troisième édition en tant que danseur, ensuite je suis moi-même venu avec mes œuvres avec Accrorap. Il y a une vraie fidélité depuis de nombreuses années où Olivier Meyer est attentif à mon travail et j’ai eu l’occasion d'être présent dans le cadre de ce festival et de pouvoir présenter mes pièces. 
C’est aussi une plateforme et un rendez-vous important de la danse hip-hop. C’est là où l'on peut voir les travaux des autres compagnies. C’est un endroit de rencontres, d’échanges et de partages qui sont aussi les 3 choses que je défends au CCN de La Rochelle. C’est un lieu qui fait beaucoup pour la danse hip-hop, comme d’autres festivals - j’évoque celui de La Villette qui a existé pendant de nombreuses années, j’évoque celui de Montpellier d’Orges qui ont aussi participés à l’émergence des chorégraphes, je parle de la Biennale de la Danse aussi....
Il y a des festivals qui sont des points importants de visibilité pour les chorégraphes issus de l’esthétique.

 

Kader Attou

© Kader Attou - The Roots - Crédit Julien Chauvet
 

Pouvez-vous nous parler de votre nouvelle création : Opus 14 ?

C’est un peu trop tôt pour moi (rires) mais je peux vous en dire deux mots. J’ai envie de m’intéresser d’avantage à la notion d’écriture de ballet. J’ai pris 16 danseurs pour avoir un nombre conséquent de danseurs sur scène et de « malaxer » la matière à la fois dansée et chorégraphique. C’est une pièce qui sera une image dans une image mais je ne peux pas en dire d’avantage !
 

Pourquoi Opus 14, s'il y a 16 danseurs... ?

Alors Opus 14 non pas parce que je célèbre le centenaire du débarquement, ce n’est pas parce que nous sommes en 2014, ce n’est pas parce qu’il y a 14 danseurs... C'est parce que justement il n’y a pas d’intérêt d’appeler ça Opus 16, au contraire. Opus 14 c’est simplement la 14ème création que je fais. C’est le rendez-vous 14.

 

Kader Attou

© Kader Attou - Symfonia - Crédit Xavier Leoty


Cette création sera présentée lors de la Biennale de la Danse à Lyon. Comment percevez-vous ces dates de temps forts, avant de venir ?

Oui, le 12 septembre prochain. C’est toujours un moment extrêmement fort, en devenir, avec évidemment son lot de stress et d’angoisses parce que la création c’est jamais quelque chose de facile. On recommence toujours à zéro, c’est toujours un naissance.
Créer un spectacle, c’est à chaque fois une sorte de recommencement sur les choses qu’on essaie de façonner, de mettre en œuvre. On est un petit peu comme des sculpteurs en face d’un gros bloc. On a des images, on a des émotions, on a une idée mais il faut prendre du temps avec le marteau et le burin pour taper sur cette pierre et finalement voir la forme. Cette forme là, c’est la forme qui existait dans la tête du sculpteur. Nous, chorégraphes, on est un peu comme ça. On a des danseurs qui représentent un bloc et on essaie de sculpter avec eux une écriture, un spectacle.

 

Kader Attou

© Kader Attou - The Roots - Crédit

 

Le mot de la fin... pouvez-vous partager un souvenir marquant d'une répétition ou d'un spectacle ?

Il y en a tellement ! (rires). C’est ça aussi qui est extraordinaire : il y a tellement de choses marquantes dans notre métier. C'est ce qui m’intéresse : lorsque je suis sur scène et pour chaque création, c'est comme si c’était la première fois. C’est des sentiments extraordinaires, marquants pour moi, parce que cela montre un langage des danseurs et cette générosité partagée à travers les spectacles et le public... C'est ce qui me marque à chaque fois.

 

RENDEZ-VOUS à La Biennale de Lyon avec Cie Accrorap - Opus 14
du 12 au 17 septembre à Le Toboggan (Décines)

RESERVEZ VOS PLACES SUR LE SITE OFFICIEL BIENNALE DE LA DANSE

 

 

 

 

RETROUVEZ KADER ATTOU SUR

Le site CCN de la Rochelle

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    • 2014-09-08 13:37:29
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