Nicolas Favre : la peinture est un miroir sans tain

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"J'essaie tant bien que mal à travers mon travail, d'exprimer les émotions qui me traversent, et, si par la suite elles entrent en résonance avec le spectateur, je suis heureux du partage."
Le travail de Nicolas Favre propose à chacun un point de vue différent sur lui-même. Son oeuvre laisse une place essentielle au champ des possibles, à l'interprétation et à la perception personnelles : "C'est bien la réalité de chacun, consciente ou inconsciente, qui entre ici en scène, la toile n'étant qu'un reflet de soi, qu'un prétexte."
Les oeuvres de Nicolas Favre révèlent la dualité de son approche et de sa vision de la peinture. Derrière chaque peinture s'expriment les angoisses et les sentiments profonds de l'artiste, devant se reflètent les projections des spectateurs : "Une peinture n'existe pas en tant que telle, elle n'est qu'un miroir sans tain, une part de soi offerte et une part de chacun révélée."

Les peintures de Nicolas Favre seront présentées à l'occasion de l'exposition à la galerie Catherine Mainguy à Lyon, du 08 janvier au 28 février 2015.



Parlez-nous de votre parcours, de vos débuts … 

C'est à l'aube de mes vingt ans que je devais découvrir l'existence de la peinture, au milieu du chaos de l'atelier parisien d'une amie, parmi les entêtantes effluves de térébenthine.

Nichée dans des cartons à dessins, répandue au milieu de tubes de couleur éventrés et des pinceaux durcis, offerte ça et là en lavis, encres ou pastels, c'est au sein de cette romantique atmosphère que s'offrit à moi celle qui allait définir – j'étais loin de le soupçonner encore – le sens profond de mon existence.
Et comme envouté par cette charmante perspective aux courbes et couleurs engageantes, devenir peintre s'imposa comme la première vraie certitude que j'eus jusqu'alors dans mon existence. 

S'ensuivirent trois années d'écoles d'Art, que j'appris rapidement à fuir, afin de conserver mon indépendance créatrice et persévérer dans ma quête de peinture, jugée rétrograde dans ces lieux d'enseignement artistique.
Savoir garder mon libre arbitre pour ne pas finir jeune concepteur diplômé, ne pas me faire dévorer, valider par le système, et, entrer en résistance, le pinceau à la main, voilà ce que m'ont appris ces quelques années.

Quinze ans maintenant que je chemine, fouille, bifurque, quinze ans que je me perds, que je me trompe, puis quinze ans enfin que je trouve pour mieux me reperdre, et me reperdre encore, inexorablement, à la folie...

Je suis entré en peinture comme on rentre dans les ordres, ou tel le pèlerin, je voue mon existence à la recherche de l'expression fantasmée d'un idéal de peinture.
Je sais que tant que je chercherai ardemment à exprimer ce que je ressens en moi, ma peinture sera vivante, et moi de même.

Autoportrait - 92 x 73 cm Autoportrait - 92 x 73 cmAutoportrait - 170 x 137 cm

Quelles sont vos sources d'inspirations (artistes, époques, cultures… ? )

Mes inspirations évoluent au fil de mon propre travail, et les artistes dont j'ai rêvé à vingt ans ne sont plus les mêmes que ceux qui, aujourd'hui, accompagnent mes errances.

Alors que Klimt et Schiele ont longtemps laissé planer leur ombre sur mon travail, la maturité faisant, ma main s'est ouverte à d'autres horizons esthétiques, et a caressé Baselitz, Rebeyrolle ou Rustin.

Aujourd'hui, je suis durement bercé et agréablement malmené par les peintures de Soutine, de Rembrandt ou de Vermeer. Ceux là même qui, il y a quelques années encore, ne provoquaient en moi aucune émotion particulière, me bouleversent aujourd'hui et révolutionnent mon approche picturale.
Sont-ce ces peintures qui m'ouvrent à un regard neuf sur moi-même et mon œuvre, ou es-ce mon évolution, parallèlement à celle de mon travail, qui me font aujourd'hui voir ce à quoi j'étais hier aveugle ?

Comme réponse à ce redondant questionnement, je me contente de penser avec délice à toutes les rencontres à venir, quand je m'ouvrirais alors à Gauguin, Velasquez, Cézanne,...

Mon travail est aussi nourri de mes rencontres au sein de la peinture actuelle, et j'admire sans réserve les œuvres de mon ami Nicolas Gasiorowski, celles de Dominique Gentreau, de Sandra Detourbet, de Laurence Garnesson, et en général de ceux qui travaillent, vivent et offrent une peinture sensible, franche, honnête, farouche et puissante.

La musique aussi influence directement mon travail, et c'est éclaboussées des mots de Brel, de ceux de Renaud et de Reggiani que mes toiles se mettent en œuvre. J'écoute en boucle l'oeuvre d'un artiste, chaque jour, et plus je me laisse pénétrer par l'atmosphère musicale, plus je descends jusqu'aux intimes recoins de ses rimes y puiser matière à peindre.
J'utilise la musique comme accélérateur, révélateur, comme un outil à part entière dans l'élaboration de ma peinture... combien de fois la musique m'a sortie d'une impasse graphique !

  © Nicolas FAVRE - 3 / 2 - Le patient - 130 x 97 cm

Votre oeuvre évolue dans un paradoxe entre douceur et chaos, la nostalgie au milieu d'une écriture dure et explosive… avec des coulures telles des larmes (de l'artiste?…).           

Je crois que, tout comme en psychanalyse, à laquelle elle s'apparente, la peinture se nourrit du matériel psychique apporté par l'artiste et s'enrichit de son vécu, de son histoire et de sa culture.
Elle cristallise les angoisses du créateur, devient le support où se matérialisent les émotions qui l'habite, entre conscient et inconscient.
L'homme et la peinture ont cela en commun d'être paradoxaux, tenus en équilibre par une multitude de contradictions qu'ils tentent d'harmoniser pour vivre debout.

Au fil de mes toiles, je rééquilibre mes contraires, je répare, je panse et soigne mes blessures, et la peinture reconnaissante sèche mes larmes.

Je chemine en funambule entre la toile d'hier et celle de demain, sur ce fil ténu où se joue le présent de mon œuvre, j'avance.

© Nicolas FAVRE - L'Ostendais 

La gamme chromatique de vos oeuvres est limitée. Pouvez-vous nous parler de vos choix de couleurs et de leur impact sur votre oeuvre ?

Je resserre volontairement la gamme de mes couleurs, ne voulant pas diluer mon propos dans un épanchement coloré, pour toucher à l'essentiel, directement, sans détours.
Puis il y a l'affect, il y a des couleurs qui sont miennes, elles coulent de source, sont partie de mon langage, sont mon accent déposé du pinceau.
Dans l'absolu, je trouve que j'utilise trop de teintes et j'aspire à limiter encore plus leur utilisation, pour débusquer au fond de chaque couleur leur intime fragilité.

La gamme colorée utilisée dans mon travail est celle qui m'accompagne dans la vie au quotidien ; il n'y a pas de fracture entre mon œuvre et moi-même, le tout s'impose en totale cohérence.
Ainsi les couleurs de mes toiles sont celles de mes vêtements, de mes meubles, elles ont la teinte de mes musiques et de mes lectures, jusqu'à celles de mes pensées, de mes joies et de mes peines, de mes amours et de mes haines.
 

© Nicolas FAVRE - Le philosophe - 200 x 160 cm

La violence ressentie à travers vos oeuvres, est-elle la votre ?

Une relative violence effectivement sourd dans mon travail et vient équilibrer la douceur qui s'en dégage. Elle est mienne puisque je la ressens passer dans ma peinture, mais je ne suis pas certain qu'elle m'appartienne toujours.

C'est encore et surtout une violence transgénérationnelle et comme s'il m'était donné de soigner les plaies non cicatrisées de mes aïeux, je porte en moi cette chaotique énergie transmise en héritage.

D'autre part, je pense qu'il s'agit aussi d'une violence de civilisation, que nous possédons tous en nous, enfants de la vieille Europe, élevés depuis des millénaires dans la guerre, la religion et le pouvoir.

C'est enfin une violence animale, qui nous vient de notre part primaire, nécessaire pour la défense du territoire, la recherche de nourriture, de partenaire et l'instinct de survie.

© Nicolas FAVRE - Le Diacre - 162 x 130 cm
 

La peinture est-elle votre exutoire ?

Tout mon être se joue dans cet instant à chaque fois recommencé qu'est l'acte de peinture. Inlassablement, je prends le risque de vivre à chaque toile, fidèle au principe d'imprudence qui est le mien, et je mets en scène chaque jour une nouvelle réalité.

Je ressens la peinture pareille à un combat où chaque toile réussie est une bataille de gagnée, et dont la grande guerre reste l'oeuvre d'une vie où l'issue n'a de pertinence que son incertitude.

© Nicolas FAVRE - Nathalie - 140 x 97 cm 

La force dramatique et lyrique ressentie dans vos oeuvres, est-elle un moteur de création pour vous ?

Le moteur est la force qui me pousse à créer, la force dramatique et lyrique n'en est que l'expression. J'aime ces termes empruntés au monde du théâtre, car la mise en scène et la composition d'une toile sont les éléments nécessaires à la dimension cathartique d'une œuvre aboutie, sur les planches comme aux cimaises.

© Nicolas FAVRE - La Flamande - 145 x 116

Qui se cache derrière vos portraits ?

Derrière s'expriment, se révèlent et se transforment mes angoisses existentielles, devant se reflètent les projections des spectateurs.
C'est la combinaisons des deux qui fait l'oeuvre, à chaque nouveau regard, une nouvelle réalité apparaît, et par là même un nouveau tableau.
Une peinture n'existe pas en tant que telle, elle n'est qu'un miroir sans tain, une part de soi offerte et une part de chacun révélée.
Je suis toujours amusé quand deux personnes projettent deux ressentis totalement opposés face à une même œuvre ! C'est bien la réalité de chacun, consciente ou inconsciente, qui entre ici en scène, la toile n'étant qu'un reflet de soi, qu'un prétexte.

© Nicolas FAVRE - Pauline - 145 x 120 cm 

 

Quels message - histoire - émotion - réflexion souhaitez-vous transmettre à travers vos peintures ?

Je ne cherche à transmettre aucun message, ma peinture n'est pas revendicatrice, elle cherche juste à témoigner de l'homme et de son empreinte laissée sur terre, de ce qu'il reste de nous après le trépas.
J'essaie tant bien que mal à travers mon travail, d'exprimer les émotions qui me traversent, et, si par la suite elles entrent en résonance avec le spectateur, je suis heureux du partage.
  

Quels médias-techniques utilisez-vous ? 

Je travaille à l'acrylique, en essayant dans la mesure du possible de la traiter à la manière de l'huile.
Je peins sur toile, uniquement, j'ai besoin de la tension du tissu, de son grain et de sa résistance souple pour travailler.
J'utilise pinceaux, brosses et spalters, mais aussi doigts, éponges et chiffons.
Je joue avec le rythme de séchage de la peinture, avec sa texture, sa matière, sa masse, j'observe la peinture travailler, ma main ne faisant parfois que suivre le mouvement qu'elle impose sur la toile.

 


Quels sont vos projets - actualités en cours / à venir ?

Pour cette fin 2014, j’ai présenté mon travail lors du salon « Comparaisons » dans le groupe expressionniste de Jörg Hermle (du 25 au 30 novembre au Grand Palais). 
J’ai participé aussi au salon « RDV d'Art », crée par Gregor Podgorski (Artcité), du 12 au 30 novembre à l'espace Christiane Peugeot, 62 avenue de la grande armée, 75017 PARIS

Je débute l'année 2015 par une exposition à la galerie Catherine Mainguy à Lyon, du 08 janvier au 28 février :
130 montée de la grande côte - 69001 LYON.

Les dossiers pour les salons et expos sont envoyés et, comme tous les ans, on attend les délibérations des jurys.


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Exposition à la galerie Catherine Mainguy à Lyon
du 08 janvier au 28 février 2015

  • Artist UP
    (hôte)
    • 2015-01-12 18:29:36
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