Sincérité, émotion : langage photographique de Pauline Ballet

Mis en avant

NOUVEAU !

un espace pour chaque discipline
MusiquePhotoVidéoArts GraphiquesSpectacle Vivant

Chercher une news

Publicité

Après des études en art et littérature, Pauline Ballet a obtenu le diplôme de l'Ecole Nationale Supérieure de la Photographie d'Arles en 2012.
Son premier travail est autobiographique, parlant de sa grand-mère « Madeleine » : "Cette série est née d'un besoin d'identité. Sur son passé qui est aussi le mien."
Parallèlement elle réalise « Solstice Living », une série de paysages nébuleux associée à des portraits, qui sera exposée aux Rencontres d'Arles en 2012 : "Décors brumeux, des corps flottants, encore ensommeillées et comme piégés entre deux mondes."  
Après plusieurs projets personnels dont une collaboration sur « Hopeless Romantic » avec le photographe Julien Mauve, elle part 4 mois en Argentine réaliser un projet ésotérique sur les manifestations religieuses, « Fantasias Argentinas », exposée à l'Alliance Française de Buenos-Aires durant deux mois fin 2013. 

 

Concernant vos débuts de la pratique photographique et votre 1ère série « Madeleine »…
Vous dites que la série « Madeleine » dédiée à votre grand-mère, est née dans un « sentiment d’urgence », « (…) d’un besoin d’identité. Sur son passé qui est aussi le mien. » Pouvez-vous nous en dire plus… ?

Après la mort de mon grand-père j'ai commencé à envisager les années inquiétantes à venir pour ma grand-mère. Mes instants enfantins passés avec elle ont alors frappés violemment la mémoire, d'autant plus qu'en devenant une jeune femme avec ma vie active je ne la voyais plus qu'une seule fois par an. Elle commençait a être très fatiguée par le temps, et moi trop occupée à courir partout derrière lui. Instinctivement j'ai alors commencé à faire des photos de sa maison, de ses objets le peu de fois où je venais chez elle, comme un désir de garder les choses, une sorte d'inventaire émotionnel proche du processus d'écriture d'un carnet de note; et je me suis très vite rendue compte que c'était elle que je cherchais à retrouver par le biais de ces images d'objets révélateurs de sa présence. 

© Pauline Ballet - Madeleine (2010-2012)

© Pauline Ballet - Madeleine (2010-2012) 


Avez-vous rencontrée des difficultés… mais aussi des facilités, dans le fait de travailler avec et sur un sujet aussi personnel ?

Les deux oui. Quelques difficultés liées à une certaine pudeur dans notre relation ; en effet quand bien même j'ai partagée beaucoup de moments enfantins avec elle, une fois adulte nous nous sommes éloignées. Au delà de ça, faire des photos d'elle et de son environnement me permettait de créer une nouvelle complicité. Une difficulté aussi liée au rapport avec l'appareil photo : finalement elle n'acceptait de se faire photographier que lorsqu'elle posait, après un coup de peigne et de rouge à lèvres. Enfin, des facilités oui car je travaillais qu'avec mes propres souvenirs et émotions dans un univers qui m'était familier. Je pense pour conclure que la complexité concerne plutôt la bonne distance à prendre sur un sujet aussi personnel : en effet, j'ai passé beaucoup de temps à me demander si ce que moi me touchait aller finir par intéresser quelqu'un ? 


Pauline Ballet - Madeleine (2010-2012) 
Pauline Ballet - Madeleine (2010-2012) 

Selon vous, le médium photographique permettrait-t-il de « fixer » les souvenirs, d’affronter le temps et la fugacité de la vie ?

Je pense qu'envisager l'appareil photo comme un outil pouvant fixer les souvenirs est un leurre. Je nuancerai en soulignant que la photographie peut renvoyer à la mémoire des sensations de souvenirs qui seront toujours éphémères et en mobilité. J'aime me poser la question : « que garde-t-on finalement d'une photo souvenir ? ». Je pense que la forme de l'image fixe trahit notre souvenir en conservant le temps figé. Et il y a quelque chose de terriblement cruel à cela puisqu'au regard du temps qui passe, de nos esprits noyés de stress et de projets, nous devenons peu à peu impuissants à la réactivation du souvenir. Je vous invite fortement, pour ceux que la question intéresse, de vous plonger dans les magnifiques  écrits de Roland Barthes  La Chambre Claire ou encore Matière et Mémoire d'Henri Bergson

Hopeless Romantic (2012)
Art direction : Pauline Ballet & Julien Mauve 

Pouvez-vous nous parler de votre travail collaboratif avec Julien Mauve sur la série « Hopeless Romantic ».
Dans quel contexte vous êtes-vous rencontrés et comment le projet de cette série est-t-il né ?

En tout cas je n'ai pas rencontré Julien dans une bibliothèque, peut-être aurons nous un peu plus d'espoir que dans notre roman photo :). On s'est rencontré il y a quatre ans, j'étais étudiante en photo à l'école d'Arles et lui un passionné par la photographie, alors très vite nous avons partagés nos passions jusqu'à ce que l'envie de faire un travail ensemble vienne assez naturellement. Nous voulions tous les deux réaliser un roman-photo et l'idée de raconter une histoire amoureuse était unanime. J'ai le souvenir de longues soirées passées à écrire des scénarios, penser et composer les différents tableaux... On s'est tout de suite rappelé les fantasmes et clichés que nous avions plus jeunes devant certains films, livres, ou à l'écoute de musiques dans notre walkman à la sortie des cours. Nous avons alors opté pour une esthétique assez léchée, lisse qui fasse transparaitre le côté un peu enchanteurs des premiers moments et des clichés dans lesquels nous baignons finalement tous. On a alors entreprit un énorme travail d'écriture et de repérage de lieux. 
 


Hopeless Romantic (2012)
Art direction : Pauline Ballet & Julien Mauve 

Qu’est ce que ce travail en duo a-t-il apporté au projet et à vous en tant qu’artiste ?

J'aurais du mal à dire explicitement ce que notre travail en duo à apporté à ce projet précisément étant donné que je ne sais pas ce qu'il aurait rendu en étant réalisé que par l'un ou l'autre. En tout cas la rencontre de nos univers et influences a été très enrichissante dans cette démarche. Moi en tant qu'artiste ce projet m'a permis de réaliser une envie que j'avais depuis longtemps, celle de travailler en lumière artificielle. Avec Hopeless Romantic j'ai pris le temps et le soin de peaufiner nos éclairages et de faire un vrai travail sur la mise en scène que je n'avais jamais fait de manière aussi poussée dans mes travaux précédent. Pour Madeleine et d'autres travaux je réfléchissais aux « pauses » mais pas sous forme de tableaux aussi détaillés à l'avance avec choix des positions, expressions, lumière, vêtements, lieux etc...

Hopeless Romantic (2012)
Art direction : Pauline Ballet & Julien Mauve 
 

Selon vous, est-ce la recherche de « l’âme soeur » qui est sans espoir, ou le postulat « big love » = bonheur qui est infondé ? Peut-être les deux… ?

Non je ne pense pas que ni l'un ni l'autre soit infondé; d'autant plus que le postulat « big love » existe vraiment mais est propre à chacun avec une définition différente selon les individualités et les relations. Le tout est de ne pas chercher à calquer son histoire sur des idées préconçues de l'idée du « couple parfait » mais de vivre en sincérité avec soi-même et avec l'autre.  

Hopeless Romantic (2012)
Art direction : Pauline Ballet & Julien Mauve  

Pouvez-vous nous parler de l’histoire du couple que vous mettez en scène dans ce projet… de la rupture qui semble être la seule issue possible d’une relation amoureuse ?

Nous avons mis en scène les schémas classiques de la vie d'un couple, le premier regard, le premier rendez-vous, premiers rapprochements etc... Mais en jouant sur les clichés tant ceux romantiques des débuts que ceux lié à l'emprise de la routine. Si nous avons volontairement appuyés sur ces clichés c'est justement pour poser la question de ce qu'il peut arriver quand la magie des premiers moments passe, qu'on se retrouve face aux qualités mais aussi défauts de l'autre. Sans vouloir être moralisatrice, il arrive que des personnes refoulent indéniablement la routine alors même que celle-ci se travaille et peut apporter du bien. Certains calquent leurs idéaux sur leur couple et cherchent avant tout à vivre une histoire hors du commun égoïstement plutôt que de chercher à rencontrer une personne authentique. Enfin la rupture n'est pas la seule issue possible, tout dépend qu'elle photo de la série vous choisissez comme fin ;).

INTERVIEW de JULIEN MAUVE sur Artist'UP

 

© Pauline Ballet - Fantasias Argentinas / Fantasmes Argentins (2013) 

Vous êtes partie en Amérique Latine pour réaliser votre série « Fantasias Argentinas ». Dans quel cadre avez-vous été amenée à réaliser ce travail photographique ?

J'ai réalisé cette résidence grâce à un post diplôme proposé par mon école. Tous les ans, l'Ecole Nationale Supérieure de la Photographie d'Arles offre aux étudiants diplômés environ 4 échanges internationaux avec un(e) étudiant(e) d'une autre école de photo sur une durée minimum de 3 mois. J'ai eu la chance d'être sélectionnée et soutenue par mes professeurs pour partir à Buenos Aires.

 
© Pauline Ballet - Fantasias Argentinas / Fantasmes Argentins (2013) 


Pouvez-vous nous parler de la genèse de cette série… de la place de la religion en Argentine, de votre démarche/recherche.

La première photo de la série que j'ai prise c'est celle du cheval blanc durant un voyage dans la Pampa. Cette photo a retenue mon attention pour son atmosphère énigmatique ; plus tard  je me suis plus précisément posée la question sur ce qui venait attirer mon regard d'occidentale dans ce pays. J'ai très vite senti l'importance de la notion de rituel qui se manifeste de manière ambivalente et quotidienne par une certaine ferveur religieuse toute particulière à la culture du peuple Argentin. Finalement en France nous avons l'habitude de voir la religion s'exprimer de manière privilégiée dans les Eglises, les prières... En Argentine, je voyais les gens faire des signes de croix en montant dans le bus, les tagueurs écrire des prières sur les murs, des sortes de petits mausolées représentant la Vierge dans les rues... Par conséquent j'ai voulu photographier ce qui attirait mon regard avec cette attention lumineuse.

 © Pauline Ballet - Fantasias Argentinas / Fantasmes Argentins (2013) 

Vos photographies nous plongent ans une ambiance fantastique et très énigmatique… quel ressenti/message souhaitez-vous transmettre à travers les photographies de cette série… ?

Tout comme je l'ai vécu, je souhaiterais que le spectateur parcourt à son tour les villes et régions Argentines par lesquelles je suis passée en s'attardant sur des objets au départ familiers mais qui peuvent nous apparaître aussi comme des joyaux dans une vitrine fantaisiste et magique que propose l'Argentine. Je souhaite donner une vision poétique de ce pays, proposer une atmosphère dans laquelle le spectateur peut se laisser emporter et appréhender ce pays d'un nouveau point de vue. 
 

Des artistes qui sont/ont été une source d'inspiration pour vous ?

Il yen a énormément, mais je citerai Todd Hido, Rinko Kawauchi, Olivier Metzger, Bill Henson, Summer Nights Walking de Robert Adams, les paysages nocturnes de Julien Mauve etc... 


© Pauline Ballet - Fantasias Argentinas / Fantasmes Argentins (2013)  


Des projets à venir que vous souhaitez partager avec nous ?

Je commence à travailler sur les ferry comme lieu de transition et l'ambiance qui s'en dégage. Enfin, je ne suis jamais retournée chez ma grand-mère depuis sa disparition il y a 1 an, j'ai alors pour projet d'y revenir et de continuer le travail sous un nouvel angle.

 

RETROUVEZ PAULINE BALLET sur :

PAGE ARTIST'UP

SITE OFFICIEL

BLOG

  • Artist UP
    (hôte)
    • 2015-01-12 18:30:58
    • 1 909 vues
  • Tags - #photo #paris #photographie #sport #fantastique #Arles #JULIEN MAUVE #Argentine #Pauline Ballet #autobiographie #Buenos Aires #enigmatique
  • Ajouter aux favoris

Photos

PLUS D'ARTICLES ICI