Déchiffrez des lettres.... Interview de 36.15 !

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LA RESERVE MALAKOFF PRESENTE… LE GRAND 8 DE L’ART URBAIN 

UN LIEU EPHEMERE  & UN PARCOURS URBAIN


Le Grand 8, une structure monumentale la Réserve vous invite à un voyage sensoriel au cœur d’une installation collective !
Avant la destruction annoncée du hangar, sur 2000m2 ouverts au public pendant 5 mois, la Réserve Malakoff devient un espace éphémère d’exposition, de création et de jeux où tout est possible.
30 INSTALLATIONS, 40 ARTISTES URBAINS… des tempéraments artistiques bien trempés s’unissent pour former qu’une seule et même œuvre gigantesque (50m de long  x 20m de large sur 1000 m2). 
Chaque artiste dispose d'un volume de 50 à 100m3 qu'il sculpte, habille, décore. De manière continue et infinie le spectateur pourra naviguer d’un univers à l’autre ressentant l'incroyable énergie de participants et performeurs en tous genres : graffeurs, breaker, open mic, dj’s, concert, table ronde, maker, block party... y en aura pour tous les goûts ! 
Savant mix entre friche industrielle, street-art et guinguette - La Réserve Malakoff deviendra sans doute un haut lieu de l’underground francilien... Sans oublier le parcours urbain d’une trentaine de spots qui accompagnera cette aventure et qui s’étoffera au fil des années aux quatre coins de la ville Malakoff !

ARTISTES PARTICIPANTS :
Shaka, Mosko, Jana & Js, Jerôme Mesnager, Mr. Lolo, Seize Happywallmaker, No rules corp, FKDL, JBC, 36.15, ANIS, Beplus, Snez, Swar, Collectif ONOFF (Kanos, Limo, Olson), Vinie, Anti, Iza Zaro, Mademoiselle Maurice, Nosbé, Yann Muller, Corona, Pablo Lloveras, Mart-Aire, Bault, Popay, Tétar, le collectif 2AC (Djalouz, Pesca, Caligr, Doudou style, Alex Photograph), Levalet, Philippe Hérard, Les frères Coulures (Odeg, Rooble), Dem Dillon, KATRE & Seth-One, M. Chat, 9e Concept… 

LA RESERVE MALAKOFF : 7 rue Paul Bert 92240 Malakoff 
OUVERTURE AU PUBLIC du 1er JUIN au 31 OCTOBRE 2016 




Déchiffrez des lettres

A l'origine, 36.15 FUN était le nom d'un fanzine à parution irrégulière, débuté à la fin des années 90. Je réalisais tout moi-même, photos, montages, collages, mise en page, textes, interviews de divers activistes dans différentes disciplines... 36.15 code FUN étant la métaphore de mon goût et plaisir à utiliser des techniques de création à l'ancienne. Papier-stylo-ciseaux-colle et photocopie hérités de l'esthétique DIY du mouvement hardcore/punk ou "Fais-le-toi-même", qui se sont enrichies avec le temps de photographie argentique, calligraphie, linogravure, peinture… Dans mon parcours de vie, j'ai eu l'occasion de toucher à diverses disciplines du faire-savoir, écrit comme visuel, professionnel et amateur. Il fut un temps où je réalisais des montages à l'aide d'un ordinateur, mais j'ai préféré laisser de côté les techniques modernes, pour me concentrer sur celles, plus archaïques, mais aussi plus ancrées dans l'histoire et le "réel", afin de garder une certaine intégrité vis à vis des artistes qui m'ont précédé sur ce chemin. Ce côté Old-school dont tu parles, est revendiqué et assumé. Plutôt que de me retrouver dans la création contemporaine d'avant-garde, je me considère comme un militant de l'arrière-garde. Je ne m'oppose pas au progrès, faisant partie intégrante du système, mais j'avance derrière et s'il existe bel et bien une ancienne école qui se porte garante de la préservation d'un certain héritage artistique, j'en fais partie à n'en point douter! 

Au début des années 00, j'ai transposé à la rue ce que je faisais dans mon fun-zine. Le but ultime étant d'être vu/lu. En rapport avec ce fun procuré par la trinité Papier-colle-ciseaux, je me suis mis à fabriquer des autocollants pastiches des tubes de colle UHU logotypés et dont le nom était les sticks Huhuhu*, que j'écrivais aussi timidement dans la rue, à la craie dans un premier temps. Certains vestiges sont encore en place, à peine effleurés par le temps et paradoxalement, non effacés par les hommes.


 © 36.15 - Obey Bootleg 2002
© 36.15 - Affiche Montreuil 2003
© 36.15 - Affiches 2004
 

Au cours d'un stage dans une agence de communication, j'ai rencontré un graffeur qui à cette époque excellait dans les logos et autres personnages hérités de la figuration libre mais aussi du branding. Il m'a initié à ces choses dans une mesure bien plus large et productive que la mienne jusqu'à ce moment là. A l'aide des imprimantes et du matériel d'encollage sur place, j'ai pu augmenter sensiblement ma productivité. Parallèlement à mon activité de collage de sticks jaunes artisanaux, je débutai alors une autre activité collante; j'avais demandé à un ami fort en dessin de me tracer une main ailée qui m'avait tant plu que j'avais commencé à l'afficher dans les rues, armé d'un seau de colle à papier peint et d'une brosse. J'ai peu à peu décliné la main en divers visuels, tantôt elle remplaçait le papillon sur la bouche de Jodie Foster sur l'affiche du Silence des agneaux, tantôt je lui avais fait faire les oreilles d'âne derrière la tête d'Angus Young dans son costume d'écolier. J'avais choisi de ne pas avoir de nom défini pour ce projet, préférant lui conférer une aura mystérieuse, comme le sentiment que j'avais éprouvé à la base pour ces étranges marques de passage qui couraient les rues de la grise cité. J'estime à une dizaine de milliers de stickers et autres affiches le nombre d'exemplaires que j'ai pu sortir de l'agence. Mon collègue et instructeur m'a, entre autres, fait découvrir le site internet "armvr.net" qui recenssait et faisait se retrouver en ligne divers activistes de Paris et de Navarre, pour partager des photos de la rue, qu'il s'agisse de graffitis, de tags ou de collages, comme toutes les autres interventions dont on était les observateurs. A travers feu ce forum virtuel, j'ai pu faire la connaissance dans le monde réel d'intervenants avec lesquels j'avais des atomes crochus. Les accointances se créant, un petit cercle d'électrons libres se forma. Chacun avait commencé plus ou moins dans son coin mais partageant à l'époque un goût immodéré pour des maraudes de collage où nous échangions les idées, les critiques et les bières, tout en se baladant de manière méthodique dans Paris pour coller nos affiches. Nous profitions de l'effet de groupe pour faire des gros placards. Influencé moi-même par Shepard Fairey, dont la campagne Obey Giant avait encore un sens subversif (ou alors n'a-t-elle jamais été qu'absurde?), j'avais réalisé des bootlegs  de son travail que je distillais dans la rue (visibles dans les pages de garde du livre Supply & demand). A la suite de ça, l'un des membres du groupes informel que nous étions avait crée YO BE GITAN, anagramme fort bien trouvé, se décorant d'un nom tout aussi iconoclaste, Shéfer Parey. A un certain moment, l'un des activistes avec qui je partageais les heures de colle, le jeune ATMOS me proposa que l'on monte un collectif en bonne et due forme, avec un nom et une identité visuelle, afin de gagner en cohérence et en hégémonie visuelle. A cette époque, il y avait G et L'Atlas pour ne citer qu'eux qui faisaient aussi du collage en masse dans Paris et leur nom était Art Is Stick. Il nous semblait important de faire apparaître stick dans le nom et, vu que nous avions une aura assez rock'n' billy, nous trouvâmes assez logiquement les Stickopathes. Je me chargeai donc de recruter les membres parmi les camarades : Parapluie, Fly-Tox, Kasper, Kubik, Alone, Rolus, YoBeGitan, Scandal, Atmos, Amiga Funk. J'avais aussi proposé à Hao (Paix à son âme) qui n'a jamais accepté mais qui était, à mon sens, un membre à part entière de notre confrérie.  

Affiches Stickos&friends 2004
Collage derrière le Squat de Rivoli
en compagnie de Crunch, Fly-Tox, et Marie

Affiches stickos Tour Monparnasse 2004
Sticks Huhuhu* 2004
Saint George 2014
Affiche 3m X 2m, acrylique sur kraft, réalisée avec Kasper
sur le thème de Saint George et le Dragon
Crédit photo Alex Tassot
 

Faire partie des Stickopathes m'a permis de rencontrer Jean Faucheur, qui a été le premier à me donner ma chance pour exposer. Notre première réalisation fut l'expo "Les Stickopathes débarquent au combi bar" et bien que la qualité en fut tout à fait relative (all over en photocopie, sans réelle ligne artistique) cela m'a donné confiance en moi et l'envie d'en faire plus. J'ai dès lors commencé à chercher des lieux où exposer et organiser des expositions, le plus souvent collectives dans différents lieux alternatifs, squats et consorts, allant jusqu'à utiliser mon salon-cuisine-salle à manger pour faire une série d'événements avec quelques artistes, peintres, photographes et exposer leurs oeuvres sur l'un des murs de cet espace (Zosen & Mina, Above, Tvrbo (REP), Larosoire, Benzo, Jb, Gait, pour n'en citer que quelques uns…).

A un certain moment, j'en ai eu assez des photocopies en noir et blanc et je me suis mis à dessiner et peindre sur des affiches en kraft et des autocollants. le nom Huhuhu* ne me convenait plus et j'ai alors décidé de me porter sur 36.15, qui au-delà de la métaphore sus-citée, détenait une originalité liée au fait qu'usuellement (mais pas exclusivement) les noms des activistes de la scène graffiti & co étaient en lettres alors que les chiffres étaient destinés aux crews. Au contraire du Prisonnier, qui clamait haut et fort ne pas être un numéro, j'affirmai dès lors mon appartenance à la caste de ceux qu'on déchiffre plutôt qu'on ne les lit. J'étais assez productif et peut-être aussi original, alors des camarades de jeu me proposèrent de poser ZOO, un crew qui m'emmena ensuite vers le graffiti. 



Choc Esthetique panoramik 2008
Crédit photo Dubwiiiise
 

Au début de l'année 2004, j'ai fait la connaissance de RING et SPER de barcelone, dans un premier temps par fotolog.net puis dans la vraie vie. J'ai posé ma première pièce en février dans un camp de roms dans le nord de Paris accompagné de Sper HDA et de certains amis parisiens de l'époque. Il est possible que je n'ai pas peint pendant plusieurs semaines ou mois après cette première expérience, mais je pense que, quand je m'y suis mis, c'est devenu vite une obsession, une pratique compulsive, avec une envie forte d'en mettre le plus possible et partout! J'ai toujours été assez timoré alors je me suis beaucoup investi dans les autocollants, c'était un moyen facile d'avoir une empreinte relativement durable dans le paysage urbain. 

Tag craie circa 2002

Message d'amour tag 2012

Ma rencontre avec les HDA (Hartos de Arte) de Barcelone m'a emmené sur le chemin du graffiti et m'a fortement influencé mais c'était aussi un rapprochement par affinités communes. En l'occurence, à l'époque j''étais aussi proche ou partie d'autres collectifs, qui défendaient une certaine originalité et une grande dérision, face aux tenants ultra-orthodoxe du graffiti classique - citons parmi eux les Choc Esthétique, Mad Kidz, LE G.A.G., 1980, SB, et plus récemment les Bad ToyZ.



Paris 2007
Belleville 2008

Pantin 2011
  

Avec le temps, je me suis réconcilié avec le graffiti "classique"  et ne me pose plus en porte-à-faux vis-à-vis de lui. J'ai compris qu'il est nécessaire de conserver l'esprit originel d'une culture pour lui garantir une pérennité, et pour reprendre la formule consacrée, écrire son nom en lettres d'or, même si pour citer Dali, le graffiti confère à la rue  et "doit rester un mot merdeux, une insulte aux constipés de l'esprit." Le tag est un cri, muet, qui exprime l'existence manifeste d'une subsistance de  la vie dans la ville. En d'autres termes, dans ville, il y a vil, mais il y a surtout vie! 


Tag 2013

taglove 2013

stick 2013


En parallèle avec la création d'images, j'ai toujours écrit, et en plus de la casquette de plasticien, j'en porte aussi une de poète. J'ai oscillé entre la poésie des mots et de l'image et pendant toutes ces années, j'ai étudié la calligraphie de manière semi-autodidactique : j'ai suivi deux stages de quelques semaines avec des maîtres de calligraphie à dix ans d'écart, en 2001 et en 2011. Le tag m'a aussi beaucoup apporté, en matière de gestuelle, de dynamique et d'une manière générale, dans l'exploration des méandres de l'écriture. 
 

Affiche avenir radieux 2014 
Crédit photo Alex Tassot

En matière de style, je pense qu'on peut évoquer une forte dichotomie dans mon oeuvre artistique : tout ce qui relève pour moi du hobby comme le graffiti et le dessin est fortement inspiré par la figuration libre, la bande dessinée et par une certaine fantaisie/dérision. D'un autre côté, je me sens on ne peut plus sérieux et grave en évoquant la calligraphie dont je parlerais plus volontiers en terme de travail, qui plus est à long terme. A travers le prisme des années qui passent, je considère que la calligraphie me forge autant que moi-même je forge mon style calligraphique. Un sublime jeu de mikado qui confine au firmament. Per aspera ad astra. 

Il se peut aussi que les deux disciplines se croisent dans la pratique. Par exemple, quand je fais une pièce de graffiti qui peut être composée de schtroumpfs qui jouent du piano sur la 3D de mes chiffres, je peux aussi la signer avec un tag au style tranchant et agressif. Comme je le dis plus haut, le graffiti est un hobby mais au fond ce que je préfère et qui constitue la base de mon travail, c'est le tag et, in fine, l'écriture. 

skate 2012
sérigraphie artisanale par Kasper Skateboards (exemplaire unique)

En matière de calligraphie, on décrit assez souvent mon style comme gothico-orientalisant. J'imagine que c'est lié au fait que j'ai appris en écrivant mon nom d'artiste à répétition, sur des feuilles volantes, sur des stickers ou sur des murs et que le fait que ce soient des chiffres (inventés par les arabes) et donc au schéma de construction résolument plus rond et entrelacé que pour les lettres. Etant aussi un véritable aficionado de la gothique, mon style est la résultante de ce beau métissage! Je me nourris bien évidemment de tous les divers alphabets et graphies, l'araméen pour partir encore plus en arrière, ainsi que les runes ,  et bien d'autres écritures appartenant aux folklores ancestraux. 


© 36.15 - Non-dit 2014  
encre à dessiner sur papier noir 50 X 70 cm (détail)

Ces derniers temps, je me suis concentré sur l'écriture asémique, c'est-à-dire une écriture qui ne contient pas de sens, si ce n'est gestuel et dynamique, dont les formes reprennent des éléments de mes chiffres et lettres. J'ai à ce sujet écrit un poème pour une expo récente : 

"Je jette sur le mur les pages d'un livre que j'écris au fur et à mesure. 
L'écriture ne véhicule pas de sens, à part celui du mouvement.

Je jette sur ce mur les pages d'un roman dont l'histoire est celle
D'une énergie, combinée à une gestuelle, une obsession textuelle. 

Les personnages sont joués par ces cris muets.
Ecrits muets. L'art immédiat.

Dont le medium exprime, par son flux saccadé,
Les rimes entrelacées des pleins et des déliés.

Ductus dicté d'instinct par ma main, à dessein." 

© 36.15 - Rorschach 2014
Aquarelle et encre sur papier A5 

© 36.15 - Eclipse 2014
encre de chine sur papier à lettre A4

Parfois, il m'arrive d'inclure dans mes compositions et de l'écriture sémique et de l'asémique, car mon plaisir se partage entre les lettres qui font des mots et les formes qui elles évoquent des lettres mais aussi les éléments naturels (l'eau, les astres ou des semblants de branches ou de racines d'arbres, par exemple) et permettent de donner une plus forte valeur symbolique à mon propos, à mes oeuvres. Je fais un lien direct entre l'écriture qui représente les racines des civilisations avec les arbres et d'une manière plus générale la Nature / La Vie. A ce propos, comment ne pas voir de parallélisme entre les relations Vide-Plein, Plein et Déliés, Forme/Contreforme, blanc/noir, une certaine symétrie intrinsèque aux choses que l'on retrouve dans la perfection de l'art des plus grands calligraphes, quand les espaces entre les futs des lettres sont équivalents aux interespaces qui les séparent ? 
 

© 36.15 - Asémique numéro 12 - 2014
encre de chine et aquarelle sur papier à lettre, A4

D'autre part, j'ai un très fort attrait pour la peinture aquarelle, avec laquelle j'ai découvert la possibilité de réaliser des illustrations inspirées des tests de Rorschach, avec cette même vraie-fausse symétrie propre à la Nature. Pour moi ces illustrations sont des blasons végétaux, inspirés par les organes reproducteurs des animaux (en y incluant les hommes bien entendu) et des plantes. Il peut y avoir plusieurs niveaux de lecture, que ce soit en rapport avec l'interprétation de ce que j'ai bien voulu y insuffler comme images et concepts, ou alors avec l'interprétation des spectateurs eux mêmes, avec leurs transferts, leurs projections... 

Pour revenir sur mon parcours artistique, j'ai beaucoup fait de toiles, mais je m'y sens vraiment trop confiné et mal à l'aise pour X ou Y raisons. Je trouve vraiment délicat de terminer une toile. La complexion d'une oeuvre sur châssis est une très grande responsabilité vis-à-vis de soi-même, quand on est ultra perfectionniste mais pas aussi doué qu'on aimerait l'être, comme je me considère. J'ai surtout réussi à réaliser des toiles que j'appréciais en collaboration avec d'autres artistes, comme j'ai pu le faire entre 2011 et 2013 avec Antoine Boissier, ou plus récemment avec Snez et La Faille. Le papier demeure mon support de prédilection. Suivant le papier utilisé, je peux aussi décider de coller une oeuvre dans la rue si les matériaux le permettent. En tant que "classiciste", je me satisfais du plaisir de produire une oeuvre qui soit à la fois un texte et une image. Comme si chacune de mes pièces était l'une des pages d'un livre que je me plairais à voir posé sur la table de nuit d'un ami cher. 


Vierge 2012Pantin 2014 

Vorkuta 2014
Crédit photo Alex Tassot
mur réalisé chez Confluences à Paris en novembre 2014
pour l'exposition photo Vorkuta, Capitale du Monde
 

Je suis terriblement classique de ce point de vue mais je partage aussi un goût certain pour les murs, avec évidemment un coup de coeur pour les espaces vierges. Si j'apprécie l'aérosol pour sa praticité, il n'arrive pas à la hauteur du caractère sensuel de la peinture au pinceau, au rouleau, ou au marqueur. J'aime ressentir le support sous la douceur des poils du pinceau ou du rouleau, sous la mine plus ou moins résistante du marqueur. J'aime voir la peinture ou l'encre couler sur le support, la fluidité de l'aquarelle ou de l'encre de chine sur le papier, l'onctuosité de  l'acrylique sur un mur, admirer les coulures d'une belle encre sur une affiche du métro après que j'y ai apposé un tag, ou même être subjugué par l'éclat d'un tag chromé sur une vieille porte rouillée.  

A partir de la fin 2012, j'ai intégré un atelier avec d'autres plasticiens, ce qui m'a permis de creuser et d'expérimenter  plus avant ce que je voulais vraiment réaliser en tant qu'artiste. J'ai maintenant compris que, pour périphraser la célèbre locution latine "Ars longa, vita brevis", dans cette course de fond qu'est la vie, il est plus important de trouver son chemin que d'en savoir la destination. 

Me considérant comme un étudiant à vie, sorte de taliban, au sens originel, de l'art, je me concentre désormais sur la recherche de sens dans l'écriture que ce soit en intérieur ou en extérieur, la poésie, le symbolisme, et leur transmission, pour les autres comme pour moi-même, dans un soucis de laisser des marques de notre passé et de mon présent, pour l'à venir. 
 

© 36.15 - spectre Tag 2014


Rencontrer tous les différents artistes et vandales, de France, d'Espagne et de Catalogne, du Chili, d'Argentine, du Brésil, des Etats-Unis, du Japon, de Suisse, de Belgique, de République Tchèque, de Russie, d'Ukraine et j'en passe, a sans doute inspiré mon art en général, en lui insufflant une certaine fantaisie, une ouverture d'esprit. Je suis aussi très influencé par l'œuvre de certains écrivains classiques, comme Flaubert pour les réalistes/impressionnistes, Steinbeck,   ou Nietzsche pour la philosophie. 

Parmi ceux du chemin qui m'ont marqué, citons feu mon ami Rodolphe Hébert, dit Tvrbo (Repose en paix, bro) avec lequel, entre autres non moins fameux, j'ai eu la chance de partir en tournée plus d'une fois, en Argentine et au Chili pendant un mois durant l'hiver 2014 pour le Latino Amor Tour, ou plus courtement durant l'été 2011 pour le Frites Lovers Tour. Nous eûmes une production conjointe assez importante, nos collaborations  nous tirant vers le haut grace à une émulation incessante. Ce fut une période faste et productive en matière de rencontres, de découvertes et de création picturale, que ce soit sur papier, sur écran ou sur mur. Nous nous élevions mutuellement, et c'était aussi le cas avec la plupart de mes compagnons de jeu et de travail. Plutôt que de glorifier les gens ou leur production, il me semble judicieux de monter au pinacle les individualités que j'ai pu rencontrer. Nous étions, et peut-être sommes toujours, une bande de joyeux drilles, unis à travers le partage, des lieux, des moments.

"Tout bonheur sur la terre,
Amis, est dans la lutte !
Oui, pour devenir amis
Il faut la fumée de la poudre !
Trois fois les amis sont unis :
Frères devant la misère,
Égaux devant l’ennemi,
Libres — devant la mort !" 

(Nietzsche, le Gai Savoir, prologue en vers, 41) 

© 36.15 - Asémique numéro 21 - 2014
encre de chine et aquarelle sur papier à lettre, A4

Pour le premier semestre 2015, mes projets consistent en un événement conjoint avec les joyeux lurons de Paris Lit Up pour une Sainte Libertine artistiquement orgiaque le 14 février prochain dans un lieu encore indéterminé, une expo de Printemps exaltante à l'Atelier Fond de Cour, ainsi qu'une exposition collective chez les touche-à-tout de Confluences au mois de juin, sur le thème de l'écriture avec la fine fleur de mes pairs pratiquant le tracé de lettres et de mots sur divers supports. J'aimerais aussi publier un recueil retraçant mes écrits de 1993 à nos jours. Aurais-je le temps? Les dés en sont lancés! Paré pour 36 ans en 15 !  

Paix et amour à ceux qui comptent, ils savent qui ils sont! Et big up aux âmes de bonne volonté! Car le futur n'est pas qu'une question de fatalité, c'est aussi une décision! 

 

------- Merci à Mélissa Chemam pour la relecture ! - 36.15

 

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    • 2016-04-13 09:13:17
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