La société contemporaine dans l'objectif de Pierre Leblanc...

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Dépassant le regard superficiel et fuyant de la société, Pierre Leblanc met en scène des images à la fois poignantes, drôles et théâtrales - faisant réagir tout en déstabilisant le spectateur.
Dans ses scénettes aux ambiances recherchées et élaborées, le photographe perfectionne l’esthétisme de l’image pas seulement pour séduire, mais incontestablement pour transmettre des signes, des messages de « tendresse et de solidarité ».
Selon ses propres mots : « L’art n’a pas pour vocation unique de distraire, au sens de l’amusement, mais il peut aussi distraire en contraignant à détourner le regard de ce à quoi il s’est accoutumé et nous amener quelques fois par le rire vers ce qu’il n’ose plus questionner ».
La photographie est pour Pierre Leblanc un moyen de parler de ces « maux » que la société n’accepte pas de voir.
C’est une histoire humaine qu’il raconte au travers son art. Une réflexion qu’il souhaite partager, pour réintroduire le plaisir des actions quotidiennes.
Toujours à la recherche de nouveaux lieux, Pierre Leblanc laisse libre cours à sa créativité. Ses séries « Le banc » et « Intérieurs » font et feront encore parler d’elles et du talent de leur créateur… !
 

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours … 
Comment votre intérêt pour la photographie est-il né ?
C’est lors d’un voyage au Sénégal que j’ai pris conscience, que la photographie serait mon médium d’expression. Je ne suis pas très à l’aise avec les « maux », l’image me permet de prendre le recul nécessaire… pour en parler.


© Pierre Leblanc - Le banc

Comment s’est-t-il développé ?
Pendant 10ans, c’est avec mon Nikon FM2 que j’ai fait de la photographie dite de rue, en noir et blanc, de part la propagation des images et du manque de contrôle de diffusion de ces dernières, les sujets commençaient à être méfiants, le photographe dérangerait-il ? C’est donc tout naturellement que je me suis petit à petit tourné vers la mise en scène…


© Pierre Leblanc - Le banc
© Pierre Leblanc - Le banc 

Qu’est-ce que le médium photographique vous permet-t-il d’exprimer ? 
J’aime les gens et les rencontres, le médium photographique me permet de mettre en scène des projets d’art sociaux, pour dire la société, pour dénoncer, mais aussi pour rêver. 
Comme l’a très bien expliqué Denis Louis Colaux dans un article qu’il a publié sur mon travail: « Le but ici n’est pas (seulement) de séduire mais d’impacter, secouer, déstabiliser, troubler, affecter. Le but est de trouer la membrane du regard superficiel et fuyant. Les photographies sont  des occasions de duel, ou d’étreinte,  d’affrontement ou de complicité, des images qui engendrent des tensions, des réactions, qui sortent le regardeur de cette espèce de placidité flottante qui caractérise trop souvent le regard du touriste culturel… »


© Pierre Leblanc - Le banc 

Vous avez travaillé 10 ans dans le cinéma et vos photographies semblent être habitées par le cinéma qui « raconte des histoires »…
Comment le monde cinématographique influence-t-il vos travaux d’un point de vue technique et artistique ?
D’un point de vue technique, je n’utilise que des projecteurs de cinéma, ce qui me permet de travailler en lumière continue. Je mets en place les comédiens dans le décor et ce n’est qu’ensuite, que je réfléchis avec le chef opérateur sur la mise en place de la lumière, je suis très sensible aux atmosphères de nuit…
D’un point de vue artistique, j’attache de plus en en plus d’importance à l’esthétique de l’image (l’accessoirisassions du décor, le choix des couleurs en ce qui concerne les costumes, le maquillage et la coiffure…). 

© Pierre Leblanc - Intérieurs
 © Pierre Leblanc - Intérieurs 

Quelle est la place du décor dans vos clichés, dignes de scénettes du 7ème art ? 
Le décor tient une place primordiale dans mon travail, j’espère un jour pouvoir entièrement aménager un espace afin de pouvoir créer un décor (salon, cuisine, chambre …) avec différentes perspectives de prises de vue, parfois très difficiles à obtenir dans un décor existant et habité. Je suis parfois confronté à des difficultés techniques, dues à un manque de recul, des plafonds trop bas ou tout simplement un lieu esthétiquement très beau et qui correspond à l’atmosphère que j’ai envie de créer, mais trop petit pour pouvoir l’exploiter à 100%. 


© Pierre Leblanc - Le banc

A la question « que disent vos images », que répondriez-vous ?
Dans une société d’individus, chacun est de plus en plus condamné à être séparé des autres, acte politique volontaire ?
J’essaie de concilier une dimension sociale et artistique. Loin de moi une volonté moraliste, mais je tente de transmettre des signes de solidarité, des messages de tendresse. J’essaie de porter par l’image, parfois de façon brutale et incisive des idées nobles. 
A travers ces  séries de scènes fugitives, notre théâtre humain se joue, du sordide au drôle, en passant par l’ignoble ou le poignant. Elles sont comme les images qui s’imprimeraient sur la rétine, entre deux clignements de l’œil, dans un monde que nous refuserions de voir. Si proche, si palpable.
Je pense que l’art n’a pas pour vocation unique de distraire, au sens de l’amusement, mais qu’il peut aussi distraire en contraignant à détourner le regard de ce à quoi il s’est accoutumé et nous amener quelques fois par le rire vers ce qu’il n’ose plus questionner.  
Je photographie frontalement la réalité telle que je la vois et dénonce les travers de nos modes de vie.  Par-delà toute censure, en projetant sur chaque photographie une image mentale très dessinée, à la lisière de l’illustration, je cartographie une société où des hommes et des femmes immobiles apparaissent prisonniers de leur propre représentation.
 
© Pierre Leblanc - Le banc
© Pierre Leblanc - Le banc 

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre processus créatif …
Comment vos mises en situation/scène voient-t-elles le jour ?
Tout commence par l’écriture, j’ai un carnet dans lequel je note toutes sortes d’idées. Petit à petit une histoire prend forme. Je cherche ensuite le décor dans lequel je pourrai mettre en scène cette histoire et finalement je recherche les modèles ou comédiens qui correspondront le mieux aux différents personnages. L’essentiel se joue donc pendant toute cette phase préparatoire.     
Quel matériel/technique utilisez-vous ?
En numérique j’utilise un boitier Canon 5D Mark2 avec différentes optiques fixes.
En argentique je travaille avec un boitier Mamiya RB67 Pros SD (moyen format).


 © Pierre Leblanc - Intérieurs 

Après avoir suivi une formation d’éducateur spécialisé vous n’avez cessé de vous impliquer sur des projets engagés… Lors de l’exposition organisée au bénéfice de la Recherche pour le cancer du sein… vous avez également réalisé un atelier photographique à l’Institut National des Jeunes Sourds de Paris…
De quelle manière vos engagements personnel et artistique influencent-t-ils vos créations et votre perception de l’art ?
Notre pensée policée par les médias est soumise par les catégories dominantes. Il faut alors faire des efforts surhumains pour différer, rester singulier, exister…Certains réussiront à  faire reconnaître leur valeur sociale, voire leur humanité. Certains passeront l’épreuve de la construction de soi avec brio et montreront leur puissance et leur capacité à tirer les ficelles de leur propre histoire.  
D’autres individus résidant dans les marges, plus négatifs, plus fragiles, transpercées par des histoires abîmées seront menés tels des nomades dans une recherche hasardeuse d’un minimum de confiance en soi et de respect. 
Certains bénéficieront des réseaux et des chaînes d’interdépendance existantes qu’ils renforceront par leurs actions, tandis que les autres resteront à l’écart ou seront écartés d’un grand nombre de ressources car leur présence n’est pas profitable.
Le photographe est l’individu à la recherche de lui-même, insatisfait d’un monde dont il veut témoigner. Mais c’est aussi celui qui réussit  grâce à son objectif à mettre en relation les êtres séparés. Dans mon travail, je vous invite à prendre la mesure de mon déboussolement. Tous les sujets sont bons, toutes les mises en scènes sont possibles, avec pour seule limite l’imaginaire...


 © Pierre Leblanc - Intérieurs 
 
Selon vous, le médium photographique permet-t-il d’agir et d’être « acteur » au sein de notre société ?
En tous cas, il permet de proposer au regard un « arrêt sur image », une respiration, un moment de plaisir et j’espère un début de piste de réflexion, de prise de recul, dans ce monde que nous semblons ne plus trop maîtriser, tout va trop vite. 
Cette notion de plaisir au quotidien se rarifie, il faut la réintroduire, redonner aux gens le plaisir de se lever le matin pour aller travailler, de rentrer le soir et de s’occuper de ceux qu’on aime, calmement, en prenant le temps… 
Alors oui, j’espère que le médium photographique permet d’agir en proposant des alternatives, en proposant une réflexion, en autorisant le doute et la remise en question.


 © Pierre Leblanc - Intérieurs 

… Amènerait-t-il le public à s’interroger sur son environnement, sa vie, son quotidien ?
L'art est-il nécessairement militant ? Les œuvres portent-elles toujours quelque part une parole politique ? Projettent-elles une conscience particulière du monde ? Produisent-elles des discours, en somme ? Et même, par pure provocation direz-vous, l'art doit-il être militant ? L'art est souvent, dans les sociétés opprimées,  le dernier bastion de la révolte, du refus, de l'alternative, du rêve. Mais alors qu'en est-il dans nos sacro-saintes démocraties ? L'art s'endormirait-il ? Est-ce que ce n'est pas précisément dans nos belles sociétés libérales, dirigées par des individus qui nous apprennent à penser la liberté (mais la liberté s'enseigne-t-elle donc??), qui la choie en lui offrant de jolis cadres, des couleurs attirantes, des reflets mordorés mais trompeurs, est-ce que ce n'est pas précisément ici que l'art doit veiller ? Veiller à ne pas s'endormir sur de trop excitantes promesses, à ne pas se laisser aveugler par de folles, mais toujours trop sages lumières, veiller à faire survivre l'utopie dans nos fragiles consciences... ?

"Le banc" from www.pierreleblanc.be on Vimeo.

Une grande partie de vos clichés sont pris dans un milieu urbain.
Quelles sont vos influences et autres sources d’inspirations ?
Mes influences sont G.Crewdson, Nan Goldin, Hiroji Kubota, Harry Gruyaert, Diane Arbus, Jen Davis, Erwin Olaf, Guy Bourdin, Alex Majoli, McCurry, Koudelka, Garcia Rodero, Antoine d’Agata, Rio Branco
Mes autres sources d’inspirations sont le cinéma, j’affectionne tout particulièrement le cinéma de Tarkovski, Haneke, Audiard, Ozon, Fellini, Tati, Bresson, Desplechin
Et Jacques Brel

Quelle est l’origine de votre énergie créatrice ?
Mes filles, Romane et Manon Leblanc.

© Pierre Leblanc - Le banc  

© Pierre Leblanc - Le banc  

Sur quels projets travaillez-vous actuellement ? 
Je prépare actuellement une nouvelle série de 15 photographies intitulées « Pulsions », une vidéo sous la forme d’un court-métrage accompagnera chaque photographie. 
Quelles sont vos actualités en cours et à venir ? 
Publications de la série « Intérieurs » pour des magazines d’art contemporain en Chine et en Italie programmées pour les mois de Juin et Juillet.
En Septembre, je débute une résidence de 4 mois dans un lycée d’Ivry afin de réaliser un travail sur « L’égalité hommes-femmes » avec des lycéens.
En Octobre, « Le banc » sera exposé au 4ème Salon de l’art photographique de Dieppe.
Et je suis toujours à la recherche de nouveaux lieux pour exposer mon travail…


© Pierre Leblanc - Intérieurs  

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VIMEO
    • 2015-05-20 08:41:36
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  • Tags - #photographe #photographie #scene #société #narration #Pierre Leblanc
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