Lumineuses créations audiovisuelles de Céline Desrumaux

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Céline Desrumaux est une artiste curieuse, nourrie et influencée par ce qui l'entoure. Vidéaste, illustratrice, directrice artistique, elle cumule les casquettes et créé un univers lumineux, spontané et riche.
Le voyage est au coeur de sa démarche, lui permettant d'évoluer dans son art. A la recherche de l'échange et du partage, elle a collaboré avec de nombreux artistes et notamment dernièrement le réalisateur Mark Osborne sur le long métrage d'animation du Petit Prince.


© Céline Desrumaux - Yankee Gal


Vous êtes directrice artistique, illustratrice... Pouvez-vous nous parler de votre parcours :
Comment est né votre intérêt pour la création artistique... à quel moment, avez-vous décidé d'en faire un métier ?
Qu'est ce qui vous a amené vers l'univers de l'animation ?

J'ai baigné dans le cinéma dès mon plus jeune âge. À même pas douze ans j'avais déjà vu énormément de films et pas toujours de mon âge!  Je me rappelle très bien du "déclic". J'étais au cinéma, en 1999, pour la sortie du premier Astérix et Obélix. Avant le film, le cinéma avait projeté un des tout premiers court métrage d'animation 3D de l’école Supinfocom : "Migration". Le lundi matin, au collège, je faisais déjà chauffer le BDE avec des recherches sur l'animation. C'était parfait : ça alliait le cinéma et la technologie. Je voulais faire ça. 
J'ai ensuite commencé à fréquenter un atelier de bandes dessinés et la dernière année du BAC (S) je l'ai consacrée à dessiner dans ma chambre pour me fabriquer un portfolio pour passer le concours de prépa à l'école de Emile Cohl, a Lyon. Je voulais une année d'ouverture d'esprit, de découverte, de pratique du dessin et de rupture du cordon familial avant de tenter Supinfocom et de m'enfermer dans le dessin par ordinateur et la technologie. J'ai profité de mon année de prépa pour vraiment essayer les choses, et c'est là que j'ai commencé à découvrir des choses qui me plaisaient plus que d'autres. Je me souviens du cours de modèle vivant, c’était une véritable torture... 
J'ai passé un an à Emile Cohl, puis quatre à Supinfocom. Une fois diplômée, je suis partie m'installer à Londres où j'ai alterné différents postes (compositing, modeling, DA, réalisatrice) dans différents studios, pour différents formats. C’était vraiment important de découvrir une autre manière de faire les choses. Le système anglo-saxon est pour le coup bien plus similaire au système américain qu'au système français. La manière d’appréhender un show, de gérer les gens, la manière de former les équipes : c’était vraiment une chouette expérience. 
Et puis y'a eu la réalisation de Countdown, qui a joué un rôle majeur dans mon évolution. Après le court je suis vite arrivée sur du long métrage, avec l'adaptation du Petit Prince, réalisé par Mark Osborne.

© Céline Desrumaux - Countdown

De quelle manière jouez-vous avec vos différentes compétences ?
Je pense que ton développement personnel et ton développement artistique se font en même temps. Tu regardes, t'essayes et tu vois si c'est quelque chose que tu aimes ou pas. Soit tu continues, soit tu persévères soit tu arrêtes.
Au fil du temps tu découvres que tu as plus d’intérêts ou de facilités pour certaines choses. Tu explores en art comme tu t'explores toi-même. J'adore me donner des petits défis dans la vie comme dans ma démarche artistique. Celle-ci est surtout basée sur la couleur, le sens que je peux lui donner ou lui retirer, comment je peux m'en servir pour m'aider à véhiculer un message. Par exemple, je choisis un sujet et j'essaye de faire des couleurs que je ne fais pas d'habitude.  On représente souvent l'amour par la couleur rouge, que se passe-t-il si je décide que dans telle image le bleu sera LA couleur de l'amour ? Être original, bousculer les aprioris, tester, se dépasser... Je pense que c’était l'une des premières choses que j'ai apprise à Emile Cohl, "connais les règles pour mieux les détourner". De même, j'adore la photo, ça fait partie de mon quotidien, c'est un jeu infini.

© Céline Desrumaux

Vous avez réalisé de nombreux courts métrages d'animation...
Quelles sont les étapes de votre processus créatif ?
Je pense que je peux dissocier l’idée et la création. L’idée vient généralement d'un déclic, quelque chose qui m'inspire, me fais réfléchir ou qui me marque. C'est généralement une base très subjective et spontanée. Si je prends l'exemple de Countdown, qui est quelque chose de plus long et prenant, ce court est né d'un exercice que je m’étais donné un soir après le travail (je travaillais à l’époque à Cartoon network sur un pilote de série TV qui se passait dans l'espace) et je me suis demandée quelle serait ma représentation de cet univers. Je me suis alors donné l'exercice de faire quatre images sur le décollage d'une fusée...
Ce qui a donné ceci :

© Céline Desrumaux 

Je rentre chez moi, j'entends la musique d'Apparat et là déclic - pourquoi pas faire un film à tendance abstraite, sans personnage, sur une fusée qui décolle, le tout sur une musique électro allemande qui dure 4 minutes... Il y a des sujets qui me sont chers et qui vont déclencher plus facilement des déclics. Pour la création, tout commence toujours avec un gribouillis minuscule et illisible sur mon carnet de notes. J'essaye des compositions différentes les unes à côte des autres.
Après ces gribouillis au stylo noir, je vais ensuite faire des pâtés de couleurs sur mon ordinateur. Je vais ensuite faire des recherches je regarde énormément de choses et après je les digère. Ça me permet de rester ouverte, et sur des gros projets cela permet d'avoir une meilleure vue d'ensemble et une cohérence.
Je me refais souvent le film en entier dans ma tête et j'essaye de visualiser les rythmes - un peu comme une portée musicale. Ensuite, ou en parallèle, je choisis un plan que je vais pousser au niveau du rendu, trouver le style du film. Cela me permet d’être sûre de la cohérence artistique du projet. Je pense que c'est la chose la plus dure, les premières images sont souvent fortes et sans compromis, il faut parfois les retravailler et les accommoder pour qu'elles servent au mieux le message du film. C'est faire en sorte que tout soit cohérent.


Quelles sont vos influences et inspirations artistiques ?
Sans hésitation, Koyaanisqatsi : Minimaliste, pur, fort, beau ! Le temps a beau passer, j'y reviens toujours ! 
Werner Herzog : Pour tout ! L'homme, les films, son écriture, sa réflexion...
La photographie. Tout le medium est une source d'inspiration infinie pour moi, les couleurs de Steve Mc Curry, la démarche d'Edward S. Curtis, le N&B de SalgadoJeanloup Sieff ou Man Ray. J'adore Raymond Depardon, pour l'humain, son histoire, son parcours, son regard. 
Je suis beaucoup le travail de Tom Gauld, Blexbolex, John KlassenNeil Campbell Ross. J'aime les choses minimalistes, elles sont souvent brutes de décoffrage, sans compromis. Je suis une grande fan de Manu Larcenet, c'est un artiste en perpétuelle évolution... ​
J'aime beaucoup le cinéma de Jacques Tati  l’âge d'or du cinéma japonais, Wong Kar-wai.​ J'ai aussi énormément de choses qui m'inspirent qui ne sont pas visuelles, comme l'écrivain John Steinbeck, le musicien Philip Glass. Tout est une source d'inspiration, même ton quotidien.

© Céline Desrumaux - tortilla flat
“Then I will go out to The One who can fight. I will find The Enemy who is worthy of Danny!” […]  J. Steinbeck
 


Yankee Gal from Desrumaux Celine on Vimeo.


Vous voyagez beaucoup... de quelle manière ces voyages, influencent-t-ils votre manière de travailler ?
​C'est une super question, car c'est une partie importante de mon évolution et de mon art. Voyager, c'est partir à la fois vers l'inconnu et revenir aux bases. Quand j’étais petite, je ne voyageais pas beaucoup. J'ai pris l'avion pour la première fois à la fin de mes études Supinfocom pour aller au Maroc pendant deux semaines. Je me suis ensuite installée à Londres pour plusieurs années, et je me suis rendu compte que j'aimais être baignée dans une autre culture/communauté.
J'ai mentionné à la question précédente mon intérêt pour la photographie, je la pratique moi-même tous les jours. Mon appareil est tout le temps dans mon sac. Je vois la photo comme une extension de mon art, de mes yeux. J'aime la photo parce que ça me fait regarder les choses différemment. Capra disait : "si la photo est pas bonne, c'est que t'es pas assez près". Je suis intéressée par l'instant 't', la photo de rue, le voyage, l’itinérance du voyage. Est-ce que la photo justifie mes voyages ou mes voyages justifient mes photos... je ne sais pas vraiment mais c'est complémentaire.  
Mon contrat du Petit Prince s'est terminé le 27 février 2015. J'étais essoufflée et fatiguée j'avais besoin de changer d'air. Le 5 mars j’étais dans un avion en partance pour El Calafate, pour prendre un bus qui m’emmènerait à Ushuaïa, point de départ de mon projet de remonter tout l’hémisphère Sud a pied et en bus. Ça m'a prix 4 mois pour remonter de Ushuaïa à Quito, en passant par les Andes et les Iles de Pâques" : 15 000 km, dont 1 600 km parcourus a pieds. Au début du voyage je ne faisais que de la photo, j'ai pas tenu un seul crayon, c’était mon moyen d'expression du moment. Ça m'oblige à être proche des gens ou de la scène pour pouvoir les capter.

© Céline Desrumaux 
© Céline Desrumaux 

A la fin du voyage, l'Equateur c’était pas la destination la plus safe pour une fille seule, il était plus difficilé de sortir l'appareil, du coup j'ai ressorti le stylo et le carnet et je me suis remise à dessiner. La photo et les voyages, ça a pris une telle importance que j'ai vite remarqué que ca gênait les gens qui suivaient mon blog de dessin quand je postais trop de photos, et inversement les gens qui suivent mais photos en ont généralement rien a faire de mes illustrations. Alors je me suis créé un alter ego : Maurice Poisson. Maurice poisson vit Montréal et est photographe, il voyage beaucoup. Il a un tumblr, un peu comme son journal intime et un facebook.
 
© Céline Desrumaux 

Vous avez travaillé sur le long métrage d'animation "Le Petit Prince"...
Pouvez-vous nous parler de cette expérience ?
Comment s'inscrit-t-elle dans votre parcours artistique ?
C'était une super opportunité. Ça s'est inscrit assez naturellement dans mon parcours. J’étais à Londres depuis 4 ans, je faisais une pause du milieu publicitaire, j'avais pris six mois off pour finir Countdown. J’étais en transition. J'allais partir au Canada pour un an, je voulais traverser le pays d'Est en Ouest pour faire de la photo. La veille de prendre mon billet d'avion, on m'a propose du travail sur Le Petit Prince... Alors forcément, Le Petit Prince en long métrage, la première fois que t'en entends parler, tu te dis (en tout honnêteté) WHAT THE FUCK?! Et puis je suis allée en France. J'ai rencontré Mark (Osborne) le réalisateur du film. Le courant est tout de suite bien passé. Il m'avait vraiment donné envie de travailler avec lui. On était animé par la même volonté d’être respectueux du livre originel et de Saint-Exupéry mais en même temps essayer d'avoir une patte propre et originale.
C’était un beau challenge et ma première vraie opportunité de participer a la création d'un long métrage. Je savais que c’était une opportunité fabuleuse. Je me suis dit "ok c'est pareil qu'avant mais en plus grand". J'ai énormément appris de Mark, de Lou, mais j'ai aussi beaucoup appris sur la gestion d’équipe, la gestion d'un projet à plus grande échelle, les réalités culturelles (pré-produit en France, réalisé par un américain et fabriqué au Québec...) c'est pas tous les jours facile de compréhension! Travailler sur un film aussi fort ça ne se présente pas tous les jours!




Autres rencontres, collaborations qui ont marqué votre parcours ?
L'animation m'a permis de rencontrer des gens vraiment formidables et de tous horizons. Outre leur talent qui est vraiment une émulation il se trouve que ce sont des personnes très bonnes. Quand j'étais à l’école, j'étais complètement fan du travail de Lou Romano, son colorscript de "The incredibles" était ma référence pour mon film d'étude. Je n’aurai jamais pensé un jour pouvoir le rencontrer, discuter, travailler avec, ou même boire des mojitos! 
A Londres j'ai eu l'occasion de rencontrer Polyminthe (aka Sylvain Marc) et Véronique qui sont devenus des amis vraiment chers depuis! Je pourrai citer vraiment beaucoup d'autres noms, mais les rencontres/collaborations qui m'ont le plus marquées sont celles qui ont abouti à une véritable amitié.
Je pense que c'est important aussi de mentionner que j'ai fait des rencontres vraiment formidables pendant mes voyages, les personnes que j'ai pu rencontrer m'ont fait vivre des histoires complètement folles. Une fois en Gaspésie, j'ai dormi chez une vieille femme qui était la mère biologique d'une personne que j’avais rencontré 300 km plus tôt dans la journée. Sa fille me l'avait présentée comme "tu vas voir, Odette elle va te plaire! Elle habite dans une maison en bois qu'elle construit de ses propres mains depuis 30 ans! Sa maison est entourée d’une cathédrale d'arbres". Comment veux-tu ne pas être sous le charme ?!
C'est comme ce que je disais au dessus, tu évolues en même temps que ton art, toutes les rencontres, même celles qui n'ont pas lieu dans le cadre de l'animation ou du travail peuvent influer sur ta démarche artistique ou ton travail. 

© Céline Desrumaux
Mark et moi (dessin de Aurélie Blard-Quintard)

Quels sont vos projets et/ou actualités à venir ?
J'aimerais beaucoup faire une exposition de mes photos, que ce soit sur mon dernier voyage, ou une expo plus large de mon travail. J'essaye de me renseigner pour trouver une salle pour exposer ou faire une exposition sauvage quelque part ici à Montréal! :) 
En animation, j'avais commencé à développer un projet de court métrage avant Le Petit Prince. J'y ai travaillé en parallèle, jusqu’à ce que ca soit vraiment impossible de cumuler les deux. Maintenant que le film est fini, je peux m'y reconsacrer. C'est ce sur quoi je travaille en ce moment. Le bon côté de laisser reposer un projet c'est qu'on peut avoir un œil neuf dessus.
D'ailleurs, petit cadeau de fin d'interview! Une image du rendu :

© Céline Desrumaux 


 
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  • Elina Tarade
    (hôte)
    • 2015-11-27 16:41:55
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  • Tags - #video #animation #videaste #illustratrice #directrice artistique #Céline Desrumaux #petit prince #Long métrage d'animation #Mark Osborne
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