Exploration des lieux abandonnés en compagnie de Romain Veillon...

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Réunissant ses deux passions que sont la photographie et le voyage, Romain Veillon qui s'est spécialisé dans l'exploration de lieux abandonnés dans le monde entier, leur redonne vie. "J’ai toujours aimé visiter des lieux abandonnés. On se prend vite au jeu du voyage dans le temps. On a l’impression de contempler les vestiges d’une autre époque." 
La dimension artistique de son travail permet de garder une trace, d'immortaliser le temps qui s'est figé et les histoires que détiennent les murs de ces lieux. L'artiste questionne le spectateur sur les liens entre l'homme et l'environnement dans une société en perpétuelle évolution... car ce qu
'il aime le plus, c'est "le fait d’enflammer notre imaginaire en essayant de reconstituer le passé."


D'où vient votre intérêt pour le médium photographique et que vous permet-t-il d'exprimer ? 
Au départ, la photo avait davantage pour moi un côté reportage, c’était un moyen de garder une trace de mes voyages ou de mes balades. Petit à petit, j’ai évolué et j’ai accordé une part croissante de temps à la photographie.
Aujourd’hui, je fais des images beaucoup plus esthétiques et c’est devenu mon objectif principal. Je travaille beaucoup sur la lumière et j’essaie de rendre ces endroits plus vivants, d’insuffler une présence, comme si le temps reprenait son cours. Ce qui m’intéresse, c’est plutôt quand la nature reprend ses droits, quand les éléments prennent le dessus sur les constructions. Cela rappelle à l’homme sa nature éphémère et l’importance qu’il faut accorder à l’environnement nous entourant. 


© Romain Veillon


Quel matériel photo utilisez-vous ?
Un appareil Nikon D800, objectif grand angle pour prendre la mesure de l’immensité des lieux visités, 50mm, trépied, cartes mémoires et batteries de secours, lampe torche, bouteille d’eau, gants, etc.… A l’occasion, j’essaie de tester du nouveau matériel, mais le manque de temps et les conditions un peu délicates parfois poussent à me tourner vers le numérique. Que du très classique donc !


© Romain Veillon
© Romain Veillon


Vous êtes spécialisé dans la photographie "urbex" et le patrimoine abandonné... 
Pourquoi en avoir fait vos thèmes de prédilection ? 
C’est un seul et même thème pour moi. Je n’aime pas le mot urbex ; et je préfère dire que je photographie des lieux délaissés par l’homme. Je ne l’ai pas choisi, il s’est imposé à moi naturellement vu que j’ai toujours été fasciné par ces endroits abandonnés depuis tout petit. Je pense que l’on a tous dans notre enfance des souvenirs où avec ses amis, on passe une soirée dans la maison hantée du quartier... On est marqué à vie par ces moments où pour la première fois on pénètre une sorte de musée imaginaire dont l’atmosphère est toujours étrange et qui reste souvent une expérience inoubliable. A chaque nouvelle visite, nous pouvons nous imaginer quelle devait être la vie des gens habitant les lieux il y a longtemps et quel était leur quotidien. Et c’est ce que j’aime le plus, le fait d’enflammer notre imaginaire en essayant de reconstituer le passé.


© Romain Veillon


Quelles sont vos influences artistiques... vos sources d'inspiration ?
A vrai dire, je ne les utilise pas lorsque je photographie un lieu. Je n’essaie pas de penser à d’autres travaux pendant que je photographie quelque chose car je pense qu’après cela il est impossible de ne pas être au moins un peu influencé et de pouvoir tirer le maximum de ces prises de vue. Bien entendu, il y a de nombreux artistes dont j’admire le travail et que je retourne voir régulièrement avec assiduité Sebastiao Salgado, Robert Capa, Richard Avedon, Andreas Gursky, Dorothea Lange, Helmut Newton, Diane Arbus, Martin Parr, René Burri Polidori…. Il y en a tellement. Et Yves Marchand & Romain Meffre bien sur dont le livre sur Détroit a été une véritable claque.


© Romain Veillon 


Passionné par les voyages, vous n'hésitez pas à parcourir le monde à la recherche de lieux abandonnés. 
Comment s'effectue le choix d'un lieu ?
Cela dépend, parfois j’ai planifié un voyage dans un pays et je me mets à rechercher quels lieux abandonnés existent là-bas. Ou alors un lieu m’attire tellement que je décide m’y rendre et d’articuler le voyage autour de cet endroit. Cela va dépendre de l’esthétisme du lieu, de son histoire, voire du hasard.


© Romain Veillon


Jusqu'où êtes-vous allé pour visiter ou découvrir un lieu ?
Dans beaucoup de pays! Plus sérieusement, au début, je me déplaçais en région parisienne puis peu à peu je suis allé un peu plus loin en France. Puis je suis allé en Belgique et progressivement je suis allé de plus en plus en loin (Allemagne, Angleterre, Irlande, Portugal, Italie, Pologne, Espagne, Roumanie, Hongrie, etc.…). J’essaie quand les finances me le permettent d’aller dans des pays plus exotiques aussi.


© Romain Veillon
© Romain Veillon


Qu'est-ce qui vous attire dans un espace plutôt qu'un autre ?
J’aime quand l’on ressent réellement le passage du temps et le poids de l’histoire dans les endroits que je visite. Le mieux étant quand on a vraiment l’impression d’être remonté dans le temps et qu’il reste de nombreux vestiges du passé. On peut alors errer à travers les pièces à imaginer quelles anecdotes ou aventures ont pu s’y dérouler et quelles sont les raisons qui ont poussé le lieu à être abandonné.
Enfin, j’aime bien varier les plaisirs, donc c’est important pour moi de visiter des lieux vraiment différents qui font changer d’univers. Que ce soit une caserne soviétique, une vieille église romane ou un palais italien.


© Romain Veillon


Votre série "Sands of Time" réalisée en Namibie nous a vraiment impressionnée... 
Comment avez-vous découvert cet extraordinaire lieu de création ?
Le village de Kolmanskop  est une ancienne ville minière de Namibie qui fut abandonnée en 1954 et qui est devenue depuis une véritable ville fantôme. Elle avait été immortalisée dans un reportage du National Geographic ; puis dans le film « Baraka » (qui est un documentaire extraordinaire que je conseille) qui l’avait remis à l’honneur. Depuis la découverte du reportage, je rêvais de pouvoir m’y promener et d’essayer de capturer ma vision de cet incroyable endroit. Et en 2013, ce fut chose faite !


© Romain Veillon


Pouvez-vous nous en dire plus sur cette expérience et sur votre mode opératoire ?
Ce voyage me tenait vraiment à cœur comme je viens de le dire car c’est un lieu unique : le sable envahissant chaque recoin du village depuis une cinquantaine d’années en fait un lieu magique à l’atmosphère irréelle. On a vraiment l’impression que le temps ne s’écoule pas normalement là-bas et que l’on a été transporté dans un futur post-apocalyptique où l’homme aurait disparu de la planète.
Je n’ai pas eu de mode opératoire à proprement parler. Je m’y suis rendu une semaine pendant laquelle je me suis promené à travers la ville pour m’y perdre et essayer de la capturer de façon naturelle en prenant mon temps. Je suis retourné plusieurs fois dans chaque endroit pour pouvoir bénéficier de la meilleure lumière possible et jouer avec quand cela était possible. J’aimerais d’ailleurs y retourner dans quelques années pour constater l’évolution ; le sable se déplaçant très lentement, certaines pièces seront complètement envahies quand d’autres auront été libérées.


© Romain Veillon


Vos photographies interrogent la relation entre l'humain et son environnement, ainsi que les mutations sociétales... 
Avez-vous un message à partager ?
Venant de moi, je ne pense pas qu’il faille parler de « message à partager » mais plus d’une opinion ou d’un sentiment que j’aimerais que les gens se fassent et ressentent en regardant mes photographies. J’aimerais qu’ils puissent réfléchir à l’environnement et à la façon dont on interagit avec lui. La médiatisation de la COP21 ces jours-ci et les nombreuses manifestations montrent bien que ce sujet touche de plus en plus de gens. C’est d’ailleurs pourquoi je dis souvent que mes photographies représentent un peu des « Memento Mori » modernes ; censés nous rappeler ce qui pourrait se passer dans un futur pas si lointain. Je pense d’ailleurs que c’est déjà un peu le cas, et c’est pourquoi les gens sont tellement fascinés par les endroits abandonnés en général, que ce soit dans la photo, les séries, films ou dans la littérature.


© Romain Veillon


Actuellement de plus en plus de photographes s'intéressent au thème des lieux abandonnés. Comment percevez-vous cela ?  
De la même façon que j’ai découvert cette communauté grâce à internet, il était évident que le développement des médias sociaux comme Facebook et Instagram n’allait faire que grossir le nombre de photographes s’intéressant aux lieux abandonnés. D’un côté, cela fait plaisir de voir autant de gens partager la même passion et s’intéresser à la sauvegarde de notre patrimoine à travers la photographie. D’un autre côté, cela attire aussi des gens qui ont moins de scrupules et qui ne sont là que pour voler, dégrader ou vandaliser les lieux. Ce sont toujours les deux faces d’une même pièce.


© Romain Veillon


Quels sont vos projets, envies et/ou actualités à venir ?
Beaucoup de voyages j’espère, et toujours plus d’exploration, de rencontres et de découvertes. Une de mes photographies a été sélectionnée pour la COP21 la semaine dernière. Si tout se passe bien, une très belle exposition à venir courant 2016, plusieurs concours auxquels j’ai participé ainsi que la sortie d’un livre. Je ne peux pas trop en parler pour le moment mais ça devrait arriver très vite !



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  • Elina Tarade
    (hôte)
    • 2016-01-21 09:39:36
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  • Tags - #photographe #photographie #photography #patrimoine #Voyage #imaginaire #monde #Romain Veillon #lieux #abandonnés #globe photo
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