Le hip-hop revisité de WAX TAILOR : "By any Beats Necessary" !

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Le "metteur en son" Wax Tailor revient avec un nouvel album inspiré, percutant et aux sonorités toujours plus vintages. "By Any Beats Necessary" est dans la continuité de ses anciennes productions tout en offrant une réelle évolution. Friand de collaborations, Wax Tailor reçoit des artistes comme IDIL, Lee Fields, ou encore Charlotte Savary avec qui il travaille depuis ses débuts. Cet enfant de la culture hip hop des années '80 et des films des années '50 nous expose son point de vue passionné sur son activité de producteur et sa vision indépendante de la musique. 

Rencontre avec un artiste incontournable de sa génération…!
 


By Any Beats Necessary disponible sur iTunes

 

Ton point de départ dans la musique c'est la culture hip de la fin des années '80… Qu'est-ce qui te reste de cette période ?

Déjà au niveau de la méthode de travail, c'est une époque bercée par la culture du sampling et moi je travaille toujours à base de sampling. Pas forcément comme on le faisait il y a 25 ans, mais c'est l'idée qu'on va chercher des sons et des matières, qu'on s'inspire de plein de choses. Le problème souvent c'est qu'on arrive à un moment donné dans cette culture où on oublie un peu les racines et la façon de faire. Souvent, certaines personnes (souvent celles qui n'écoutent pas de rap) me disent que ce que je fais c'est plus riche, plus ouvert, alors qu'en fait, moi je ne pense pas. C'est juste que c'est la texture du hip hop en 2016 qui est restreinte.
Je pense que je fais encore du hip hop aujourd'hui, par contre je ne suis pas certain que ce que j'entends en rap aujourd'hui soit du hip hop. On pourrait renverser la vapeur et poser la question comme ça. Quand j'entends certaines prods un peu plus mainstream, ce n'est d'ailleurs pas un reproche, c'est juste qu'il y a toute une scène aujourd'hui qui a une culture qui était alternative il y a 25 ans et qui est complètement mainstream aujourd'hui. Les super vedettes d'aujourd'hui viennent de là, donc forcément ce sont des gens qui sont plus près d'une culture de pop, surtout dans le format. Dans les 60's, on avait les yé-yé, aujourd'hui on a le rap français en France.

 

Tu te définis d'ailleurs comme « metteur en son » et non beatmaker, qu'est-ce qui te gêne dans cette expression ?

Il y a deux choses. « beatmaker » ça m'allait quand on était entre nous. Quand je parle à des gens qui comprennent complètement et qui appréhendent cette culture, ça me va à peu près. Après dans le rapport aux gens qui viennent un peu plus de l'extérieur et qui n'ont pas tous les codes de cette culture, ça me dérange un peu plus parce que j'ai l'impression qu'on est une espèce de bidouilleurs. On m'a proposé plusieurs fois de travailler pour des chanteuses ou chanteurs un peu mainstream, bien connus, je me rappelle notamment d'une chanteuse qui m'avait contacté via son entourage, et qui m'avait demandé « est-ce que tu peux nous faire tes bricolages autour du morceau ? ». Evidemment, je l'ai repoussée royalement, mais je trouvais qu'il y avait quelque chose de très révélateur sur la lecture. Au final, ce n'est pas quelqu'un qui méprisait mon travail mais qui ne comprenait pas du tout.
Il y a un autre problème dans cette culture, c'est que parfois on produit trop dans la quantité et non dans la qualité. Même des producteurs que j'adore et que je mets au Panthéon, ils gagneraient parfois à pas faire 5 ou 6 albums mais 2 bien soignés et choisir ce qui sort. Il y a toujours l'idée « tiens, je te mets 20 tracks, et il y en a bien 3 ou 4 que tu vas aimer ». J'ai toujours eu du mal avec ce truc là. Un groupe comme Portishead par exemple, c'est un groupe qui arrive à être culte en plus de 20 ans de carrière avec 3 albums. Même si dans ce cas, ce serait bien d'en faire un peu plus…
C'est pour ça que "metteur en son" pour moi, c'est une expression qui dit beaucoup de choses. Quand je fais un disque, je me sens réalisateur, je mets en place, je suis compositeur, arrangeur, je cherche des textures, des sons, des musiciens quand j'en ai besoin etc… L'idée c'est d'être le garant de la réalisation, le fil conducteur de tout ça.

 

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Tu cherches une sorte de cohérence dans ce que tu fais avant tout… ?

Oui, moi je suis le gardien de ça. Moi je fais beaucoup de différence entre faire de la musique et faire un disque, ce n'est pas du tout la même chose. Le studio c'est comme un entrainement, comme un sportif qui va à l'entraînement tous les jours, et à un moment donné, il y a la compétition. C'est un peu pareil, il y a un côté où on est focus à un moment donné, on rentre dans un tunnel, sur quelque chose où on garde un fil conducteur et ça devient complètement différent.
J'ai besoin de ça, les périodes de studio quand je suis sur un album, ce sont des moments où je vais complètement focaliser sur l'idée, je travaille pendant des mois et des mois sur une quinzaine de titres et je n'arrête pas d'y revenir. Dans une même journée, je peux passer en revue 6 ou 7 titres parce que j'y reviens, parce que je suis en train de travailler sur un morceau et d'un coup j'ai un son dans les mains et je me dis que finalement c'est super pour un autre morceau. Je me sens un peu comme un plasticien, j'ai l'impression de passer devant ma toile tous les jours. J'ai besoin d'avoir une cartographie de ce que je suis en train de faire. J'ai besoin d'avoir une connaissance pointue de ce que j'ai envie de faire.

 


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Tu as travaillé avec beaucoup d'artistes sur cet album, y a-t-il une collaboration dont tu es particulièrement fier ?

Je dirai la collaboration avec Lee Fields. Déjà, le titre faisait sens, il racontait quelque chose d'important pour moi dans cet album. C'était lui ou Charles Bradley, pour moi il n'y avait que ces deux personnes, je n'avais pas 3 options, c'était l'un ou l'autre. Je me suis retrouvé en studio avec lui à New York, c'était une belle rencontre, c'est vraiment un chouette bonhomme. Il est en cohérence complète. On s'est retrouvé en studio et moi j'ai eu une alerte sur mon téléphone qui m'annonçait la mort de Prince. C'était un peu troublant… Etre dans un studio à NYC avec un chanteur de soul, tu apprends ça, tu fais un titre qui s'appelle « The Road is Ruff », ça donne un contexte. Je peux pas te dire que ça a changé le morceau, c'est pas vrai mais ça donne un contexte un peu particulier oui…

 

 

Tu as aussi une activité de producteur, que penses-tu de la scène électro actuelle ? 

Je trouve que depuis 15 ans, l'évolution de cette scène est énorme. Je parle vraiment dans l'approche de cette scène. Ce que je trouve intéressant, c'est qu'il y a eu un switch complet en 15 ans. Moi sur mes premières dates il y a 12 ou 13, que j'arrivais sur scène avec un violoncelle, des platines et un écran dans le dos, les gens se demandaient vraiment ce que c'était. Aujourd'hui j'ai presque envie de dire que c'est affligeant de banalité. Je suis pas en train de te dire que c'est moi qui ai amené tout, c'est un contexte, à l'époque disons… C'est le regard qui a changé, on n'est plus sur le format guitare / basse / batterie. Ce qui est rigolo d'ailleurs c'est qu'au final, 15 ans après, on est sorti de ce schéma, moi c'est la tournée où j'ai décidé de partir avec batterie et guitare ! (rires).
Aujourd'hui il y a le rapport à internet qui fait que les artistes n'ont plus du tout de barrières de pays. A l'époque, le simple fait de partir aux Etats Unis par exemple c'était un truc de ouf. Aujourd'hui on voit beaucoup d'artistes français qui s'exportent et ça c'est nouveau. On disait « la french touch » mais c'est pas vrai, la « french touch », c'était 3 groupes, Daft Punk, Air ou Cassius, 3 ou 4 projets qui avaient des grosses structures internationales pour les pousser. Aujourd'hui c'est plus une structuration de gens indépendants, des réseaux, internet… c'est ce qui fait que la scène française a cette couleur là, qu'on soit en phase avec la musique ou non d'ailleurs, c'est intéressant.

 


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Tu as toujours revendiqué le fait d'être indépendant, après toutes ces années de carrière, quel regard pose tu sur ce choix, y a-t-il des regrets ?

Des regrets, je n'en ai aucun. Je ne vois pas comment je pourrai faire autrement et puis ce n'est pas par dépit. Dès mon deuxième album, je crois que j'ai eu des propositions de toutes les majors, il n'y en a pas une qui ne m'a pas proposé une propal… Mais ce n'est pas dans mon ADN, je n'avais pas envie. Je savais trop comment ça marche etc… Si j'avais signé sur une major, ça aurait pu être un accélérateur, j'ai même eu une proposition d'Universal aux Etats Unis. C'était un peu tentant c'est sûr, il y a un bout de toi qui dit oui, et l'autre qui dit non, ce n'est pas moi…
Moi, je suis un artisan - je fais mon truc dans mon coin. Après l'indépendant ce n'est pas une carte postale idylique, il y a des moments où tu pètes les plombs, c'est trop de boulot. Ce matin j'avais des interviews, j'étais obligé d'en arrêter une parce que j'avais un semi-remorque devant chez moi qui amenait 2 palettes de disques. On gère tout quoi. Mais en même temps, c'est un rapport au réel. Ça donne du sens à tout ce que tu fais. C'est vrai, c'est pas déconnecté. C'est mon projet, je veux le contrôler de A à Z. donc c'est un choix avec des plus et des moins mais je n'ai aucun regret.
Il y un truc que je trouve hyper satisfaisant, quand les gens me disent que ma démarche d'indé les a inspirés. Je trouve qu'il y a un truc politique derrière tout ça. De voir que les jeunes artistes aujourd'hui qui ne répondent pas aux sirènes de certaines majors et s'en sortent, ça je trouve ça classe. Je ne suis pas sûr que j'aurai été capable de faire ça à 20 ans. Aujourd'hui les artistes se structurent et ont compris qu'ils pouvaient faire autrement que de passer par des majors et ils le font.

 

 

Tu as autant de succès aux Etats Unis qu'en France. Est-ce que ton approche pour le public est la même là-bas qu'ici ?

Mon approche est exactement la même. La différence c'est la réception. Il y a des choses en commun. Aujourd'hui on a un public alternatif mondialisé. Ce sont des gens qui vont écouter autant des trucs de hip hop indé que du Jack White, du Radiohead etc… c'est un public qui est curieux. La différence avec la France, notamment sur mon dernier album ("Phonovisions symphony Orchestra" ndlr), comme c'était un album avec une histoire, le côté narratif et tout, je pense qu'ils ont été plus sensibles à cette album parce qu'ils ont compris plus de nuances. Là pour le coup, il y avait peut être une barrière de langue en France. En France les gens parlaient plus du son que de la mise en scène de l'histoire.

 

Tu prends souvent des extraits de film pour tes morceaux et j'ai lu que tu ne commençais jamais un film sans un bloc note... Est-ce toujours le cas ? Qu'est-ce qui t'interpelle généralement dans ces extraits ?
Y-a-t-il une époque particulière ou un genre particulier qui t'attire le plus ?

Pour être honnête avec toi, je ne le fais plus trop, je suis devenu flemmard, j'en ai tellement que je le fais un peu moins. Ça m'arrive encore mais maintenant quand je suis en train de regarder un film, bah je le note sur mon portable en fait…
Ce qui m'interpelle c'est la musicalité. J'ai toujours pensé qu'il y avait une rythmique dans le phrasé. Des fois évidemment c'est le sens de la phrase qui m'interpelle aussi mais c'est souvent la rythmique. Sur mon deuxième album par exemple, sur le titre « the tune », il y avait une actrice sur un film d'Hitchcock qui disait « I can't get a tune off my head » et la façon dont elle le disait pour moi, il y avait déjà une rythmique autour. Je me disais qu'il fallait un son bossa derrière, et tout le morceau a été construit à partir de ça, je ne suis parti que de ça. Des fois il y a vraiment cette idée de mettre en rythme ces phrases, un peu comme du rap en fait.
Après il y a des périodes qui me touchent plus que d'autres. Je trouve que dans le cinéma des années '50 il y a une vraie puissance dans le rapport à la diction. Il y a un côté surrané des voix, un peu comme en français, les gens ne parlent plus comme ça aujourd'hui. C'est une sorte de dialogue qui vient d'ailleurs, c'est un truc un peu sophistiqué. Quand tu entends une voix masculine des années '50, tu le vois direct avec un costume 3 pièces… Il y a la patine du son, le fait que le son a vieilli, il y a du caractère.

 

 

Quels sont tes projets après cette album ?

Partir en vacances ! Plus sérieusement, j'ai déjà une grosse tournée pour cet album, j'ai en projet de travailler sur l'album de IDIL, la jeune chanteuse qui est sur mon album.


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WAX TAILOR EN CONCERT EN FRANCE :

03.11 • La Laiterie Strasbourg
04.11 • La Rodia Besançon
05.11 • Radiant Bellevue Lyon
08.11 • La Belle Electrique Grenoble
09.11 • Paloma Nîmes
10.11 • Metropop Festival Lausanne (Suisse)
11.11 • Espace George Sand Checy
12.11 • Festival les Z'eclectiques Chemillé en Anjou
15.11 • Le Temps Machine Joue les Tours
16.11 • Stereolux Nantes
17.11 • Florida Agen
18.11 • Atabal Biarritz
19.11 • Le Rocher de Palmer Cenon
22.11 • Le Cargo Caen
23.11 • La Carene Brest
24.11 • Le Trianon Paris
25.11 • La Luciole Alençon
26.11 • La Cartonnerie Reims
29.11 • Théâtre Lino Ventura Nice
30.11 • Le Silo Marseille
01.12 • Le Bikini Ramonville St Agne
02.12 • La Coopérative de Mai Clermont-Ferrand
03.12 • Le Boeuf sur le Toit Lons le Saunier
09.12 • L'autre Canal Nancy
10.12 • Le 106 Rouen

 

  • Saam WB
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    • 2016-10-26 09:53:00
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  • Tags - #musique #music #electronic #rap #Hip-Hop #INTERVIEW #sortie #nouvel album #tournée #wax tailor #by any beats necessary
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