Voyage dans l'univers enchanteur de Vincent Bourilhon...

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Maniant l’art de la photographie depuis ses seize ans, Vincent Bourilhon, s’intéresse à son quotidien comme « objet esthétique ». Soucieux de bien s’imprégner de ses histoires, Vincent Bourilhon interprète lui-même les personnages présents dans ses œuvres, tout en conjuguant  un travail avec des modèles professionnels.
Entre le rêve et réalité, par ses clichés malicieux et oniriques, cet artiste partage avec générosité son univers enchanteur... Rencontre !



© Vincent Bourilhon


Comment avez-vous été amené à créer ces images... entre rêve et réalité ?
C'est difficile à expliquer. Comme beaucoup d'entre nous, je suis tombé dans l'art petit à petit, voyant l'industrie du cinéma se développer et proposer des films de plus en plus aboutis, et en plus grand nombre ! Les années passent et les grandes affiches se succèdent, et animent une grande part de notre imaginaire.
J'avais besoin de trouver moi aussi le moyen de créer des images, de trouver le moyen d'exprimer mon ressenti, et de me construire. J'ai eu la chance de trouver dans ce médium qu'est la photographie une réponse à mes doutes, et dans cette période de transition dans laquelle je me cherchais, la photographie m'a permis d'illustrer mes questions et mes peurs. Certains parviennent à formuler leurs angoisses par les mots, moi c'était par la photographie.


© Vincent Bourilhon


Vous abordez votre quotidien comme un objet esthétique… Pouvez-vous nous en dire plus ?
La première inspiration est ce que nous percevons tous les jours. Les objets du quotidien sont nécessairement des proies artistiques, c'est un peu du ready-made. Les objets autour de nous sont tous dotés d'une vocation esthétique, malgré eux, car nous projetons sur eux notre représentation du monde, dans laquelle nous puisons du sens, des valeurs, et des images mentales. Les objets alimentent la création, sans eux il n'y a pas de matière.

Quelle place le graphisme et la retouche numérique ont-ils dans votre travail ?
Énorme, comme mes créations en attestent. Le graphisme est le procédé final de la création, après la prise de vue. Sans ce procédé, au moins quatre-vingt pour cent de mes images n'existerait pas sous la forme que j'ai au préalable imaginé. Et c'est parfaitement assumé. Que le public refuse de me considérer comme un photographe, pourquoi pas ; il peut m'appeler comme il le souhaite ! J'opte pour le terme de « créatif », qui permet d'éviter les litiges.


© Vincent Bourilhon


Où trouvez-vous l'inspiration ?
Partout ! Tout ce qui nous entoure est source d'inspiration. Tout ce que la nature nous offre, ce que l'homme créé, que ce soit positif ou non ; de l'immatériel au matériel. Plus le temps passe, plus je me sens lié à la nature. Je l'utilise en permanence pour structurer mes compositions, et donc pour raconter. Quatre de mes cinq dernières images traitent de la collaboration entre l'homme et la nature. « Growing with your difference » par exemple, symbolise le fait d'évoluer avec ses différences en représentant un arbre bleu au milieu de tous les autres. « The ocean symphony » dans laquelle j'exécute une partition de piano, porté par la mélodie des vagues… Je pourrai en citer beaucoup d'autres en fait.
Aussi, vous avez sûrement remarqué que l'invention humaine et l'allégorie sont omniprésentes dans mon travail. De temps à autres, je fouine dans les foires, les vides-greniers pour débusquer un nouvel objet à placer au centre de mes images.


© Vincent Bourilhon


Comment le septième art est-il entré dans votre vie ?
C'est à la fin de mon adolescence que j'ai commencé à travailler ce style. Je venais de commencer des études de photographie et, au fur et à mesure, j'ai commencé à m'auto-portraitiser en recherchant des inspirations, des artistes auxquels me référer, et surtout avec l'envie de parler de moi en images car j'étais quelqu'un de très introverti. En découvrant des outils comme Photoshop, j'ai appris à finaliser autrement mes images et à me construire une autre méthodologie qui tient beaucoup du photomontage. En quelques clics, on peut créer un univers onirique, et c'est avec cette vision que mon travail s'est affiné. Il m'arrive de penser à des scénarios en m'imaginant dans un film.
Le cinéma contemporain propose aujourd'hui énormément de films nous invitant à imaginer la suite, ou à prendre la place de l'acteur, faisant travailler notre créativité. Plus simplement, il nous est déjà arrivé de nous imaginer vivre à la place d'un personnage et de vouloir créer notre propre histoire. La différence est que je ne fais pas qu'imaginer, je suis un créateur d'image. J'utilise donc ce que m'apportent mes réflexions issues de mes films préférés, pour les réinterpréter dans mon travail. Et quand je ne joue pas moi-même le rôle du sujet, je prends soin de diriger mon modèle avec la même exigence qu'un réalisateur.


© Vincent Bourilhon


Comment cette discipline se refête-t-elle dans votre travail photographique ?
La plupart de mes images traitent de mes rêves, mes craintes, mes fantasmes ou des scènes de films que j'imagine. C'est d'ailleurs pour cela qu'on retrouve énormément de contrastes entre les images comme « A magic feeling », qui met en scène un personnage apaisé, isolé et suspendu devant cette magnifique carte postale parisienne, et « Superficial », qui fait plus écho à la superficialité. Je peux partir de n'importe quelle thématique qui me tient à cœur ou d'une émotion que j'éprouve à tel moment, pour faire naitre une image. C'est en cela que je catégorise mon travail comme biographique, considérant mon quotidien comme objet esthétique. Un peu comme un réalisateur de film, finalement.
Le cinéma et la photographie sont intimement liés, puisque les deux disciplines visent un processus créateur plutôt similaire, mettant en scène un ou plusieurs personnages, comme au théâtre. Ce sont des disciplines visuelles ; la seule différence et que la première possède plusieurs heures pour exprimer des tas d'idées, alors que la seconde ne dispose que d'un instant.


© Vincent Bourilhon


Des réalisateurs qui vous inspirent ?
Je pense d'emblée à Christopher Nolan, pour ce formidable film qu'est Interstellar. J'aime aussi beaucoup Scorsese, notamment pour Shutter Island, qui m'a totalement subjugué. Je suis très fan de l'univers des Frères Wachowsky, et de Stanley Kubrick, particulièrement pour Orange Mécanique. Plus globalement, les questions temporelles et métaphysiques m'obsèdent. C’est pourquoi ce sont plutôt des films traitant de la notion du temps, de l'espace et de notre rapport au monde qui parviennent à me captiver.

De quelle manière composez-vous vos mises en scène ?
Je commence par tout conceptualiser ; c'est-à-dire que je note des mots clefs, qui constitueront le socle de mon sujet, puis le nom de certains objets, qui m'aideront à mettre en scène ce sujet, à le placer au centre d'une histoire.
Ensuite, je me ballade seule avec mon appareil photo et deux trépieds. L'un des trépieds est placé pour constituer un repère, sur lequel je devrais me placer, et l'autre sert de support à mon appareil. J'effectue manuellement le mise au point sur le trépied qui sert de repère (je n'ai pas de télécommande). J'enclenche le retardateur, et je cours. Je prends toujours soin de cadrer proche du sol, et non en plongée, pour que mon corps donne l'impression de sortir de l'horizon, ce qui attire le regard sur moi, qui ne suis alors pas étouffé.


© Vincent Bourilhon


Pouvons-nous faire un parallèle entre le travail d'un metteur en scène et votre façon de diriger vos modèles ?
Évidemment. La seule différence, c'est qu'au départ, c'est moi que je mets en scène. Je ne suis pas capable d'imaginer une scène avec un autre visage que le mien. Le metteur en scène n'est pas toujours l'auteur du texte dont il a la charge ; ce texte nomme précisément des personnages, qui sont différents de lui. Ce qui n'est pas mon cas. Je ne dispose pas d'un tel outil, je n'ai que mon imaginaire, et la représentation que j'aie du monde, avec moi comme personnage central. Du coup, quand je décide d'utiliser un modèle, qui n'est pas moi, je dois tout faire pour transférer mon imaginaire sur ce modèle, afin de lui permettre de comprendre ma volonté et le sens de l'image. À ce stade, je rejoins le travail du metteur en scène, qui a imaginé un moyen de faire vivre un texte, et qui doit œuvrer pour que les comédiens comprennent son imaginaire.

Pourquoi avoir choisi d'interpréter vous-même les personnages de vos œuvres ?
Probablement pour encore mieux m'imprégner de mes images, et parce que c'est parfois beaucoup plus simple de concrétiser soi-même ses propres images mentales.


© Vincent Bourilhon


Vous avez réalisé Poetic Impact en 2016 à l'occasion d'une exposition à la Maison Familiale d'Henri Matisse…
Quels étaient les thèmes abordés dans cette série ?
Il ne s'agit pas forcément d'une série à proprement parler, mais plutôt un recueil de mes meilleures images réalisées depuis le début de ma démarche artistique. J'ai du mal à fonctionner par série, car les thématiques que je souhaite explorer sont trop différentes. Je ne m'organise pas encore de cette manière, pour le moment je fais confiance à mes instincts et à mes envies. Mais je réfléchis à une autre manière de structurer mon travail. Je proposerai peut-être prochainement quelque chose ressemblant à une série, sur les instruments de musique…

On retrouve à nouveau des objets comme le chapeau, l'horloge, le cintre etc… Quel rapport établissez-vous entre ces objets du quotidien et l'univers onirique de vos photos ?
Ce sont des objets choisis soigneusement pour leur force allégorique. Ce sont des thèmes qui ont déjà été explorés, avant l'ère du numérique, par des peintres comme Magritte, Matisse, Dali, puis Rodney Smith, célèbre photographe. Chaque objet est rempli de sens ; la porte, qui donne accès à un lieu toujours différent, une autre réalité (symbole du changement) ; les parapluies symbolisent une sorte de protection : grâce à lui on se sent en sécurité. Mais il représente également l'idée du voyage, comme dans Mary Poppins.
Ce qui est intéressant, c'est de dérober la forme physique de l'objet pour la remplacer par autre chose, par un objet dont les propriétés sont transformées par les propriétés physiques de l'objet précédent. Dans « L'allumette » par exemple ; la flamme est illustrée par un nuage et non par une flamme ; ou encore dans « Blow your idea », je souffle dans un souffle-bulle et en ressort non pas une bulle de savon, mais une ampoule distordue, qui prend la forme physique de la bulle.


© Vincent Bourilhon


Que pouvez-vous nous dire sur le choix des couleurs ? À quelle atmosphère, ambiance renvoient-elles ?
Vraie séparation entre mon travail : je suis capable d'explorer des univers de couleurs très claires, aux tons pastel, avec des contrastes assez forts, tout en prenant soin de me référer aux cercles de couleurs chromatiques, notamment celui de synthèse additive, qui indique les complémentaires de couleurs. Jouer avec ces dernières permet de créer une image plus dynamique avec des couleurs qui se marient parfaitement entre elles. C'est un procédé utilisé dans la décoration.
Dans de nombreuses images, on retrouve du bleu dégradé sous toutes ses nuances, mêlé avec de l’orange. Le fait de mêler ces deux couleurs créé une harmonie visuelle colorée qui adoucit la perception de l'image. Je suis aussi capable de visiter des univers beaucoup plus sombres, avec des contrastes beaucoup plus forts. Il y a donc une réelle différence entre mon travail de poésie joyeuse, légère et mon travail tourné vers le doute. La couleur permet de définir une ambiance.


© Vincent Bourilhon


Quels sont vos projets pour la suite ? Vos séries en cours ?
Je quitte très bientôt la capitale pour m'installer sur Lyon avec ma copine, pour me rapprocher des lieux que j'affectionne. Lyon est un réel carrefour de destinations qui me sont chères. La découverte d'une nouvelle région, proche de la nature, pas comme Paris, ce qui va me permettre de poursuivre et d'alimenter mes créations. Je reste malgré tout intimement lié à Paris, par mes contacts, notamment mes agents, qui me font beaucoup travailler depuis maintenant deux ans. En effet, ce jeudi marquera le début de ma carrière publicitaire, puisque le groupe Paris-Aéroports m'a fait commande d'une campagne qui sera enfin dévoilée au grand public. Cette campagne mêle mon travail d'artiste avec la photographie à caractère promotionnel, et c'est dans cette voie que j'aimerai me spécialiser. J'aimerais proposer d'insérer ma vision photographique dans des contextes publicitaires aux quatre coins du globe. Tout en continuant à publier des photographies personnelles de façon mensuelle, ce qui est la base de mon travail.
Pour les séries, il y a un challenge que je souhaiterai relever : celui de l'abécédaire, qui consiste à imaginer une photographie par rapport à une lettre. C'est peut-être dans cette optique que j'imaginerai mes images de 2018.



© Vincent Bourilhon


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  • Chloé Guyot
    (hôte)
    • 2017-07-04 19:33:46
    • 1 630 views
  • Tags - #graphisme #photographe #photomontage #numérique #autoportrait #Vincent Bourilhon
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