Elsa Leydier : une image peut en cacher une autre...

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« J’ai souhaité évoquer par ce travail le caractère extrêmement fantasmé et construit par les images de ce territoire qu’est l’Amazonie. »
Suite aux études en langues étrangères qui la feront voyager, Elsa Leydier découvre de nouvelles cultures ainsi que la photographie. A l'aide de ce médium, elle met en exergue l’écart entre les images véhiculées par les médias et la réalité du territoire amazonien. Par un travail réalisé à l'aide de divers supports (journaux, cartes postales…), la jeune artiste pointe du doigt l'aspect réducteur, alertant le public sur la manipulation des images "rêvées"de l'Amazonie... Pour en savoir plus, découvrez l'interview de Elsa ci-dessous !




Retrouvez Elsa Leydier au Festival Circulation(s) 2018
au Centquatre-Paris du 17 Mars au 6 Mai
EN SAVOIR+




Platanos con Platino © Elsa Leydier


Quel a été votre parcours ? Vous souvenez-vous de votre premier cliché ? 
Depuis vos débuts, avez-vous photographié des paysages le sujet s’est-il imposé à vous progressivement ?
Avant de faire de la photographie, j’ai étudié les langues étrangères. J’ai eu l’opportunité de beaucoup voyager pendant mes études et de vivre un temps dans des pays aux cultures très différentes de la mienne.
C’est à ce moment-là que j’ai pris conscience de la multiplicité des points de vue et de perceptions sur le monde, mais également du caractère limitatif et réducteur des images lorsqu’il s’agit de porter des discours sur des territoires donnés : le quotidien des endroits que je découvrais (en Amérique Centrale, au Japon…), était bien loin de l’image étriquée et stéréotypée que j’avais pu avoir du territoire depuis l’extérieur, avant de le connaître et de pouvoir l’expérimenter.
C’est là que ces questionnements autour des images sont devenus importants pour moi, et que j’ai décidé de m’orienter vers la photographie. Le thème du territoire, et les questionnements liés aux décalages entre l’image superficielle des lieux (comme celles véhiculées par les cartes postales) et l’expérimentation du territoire se sont donc très logiquement imposés à moi dans mon travail photographique.


Platanos con Platino © Elsa Leydier


Vous avez collaboré avec l’Alliance Française et de l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles. Cela marque la reconnaissance de votre travail par les professionnels. Comment avez-vous perçu cette étape dans votre parcours ?
En effet, le fait de pouvoir être soutenue par ces entités importantes qui ont su me faire confiance a marqué un point important dans mon parcours. Il est très gratifiant pour un artiste de pouvoir bénéficier de cette confiance-là, mais également de pouvoir avoir les moyens matériels et financiers de réaliser des projets.

 
Platanos con Platino © Elsa Leydier

 
Dans "Platanos con Platino", pourquoi se tourner vers le sujet délicat qu’est la région colombienne de Chocó ? 
J’ai choisi de m’intéresser au sujet « délicat » du Chocó, car ce sont justement les images, les histoires en marge des cartes postales qui m’intéressent, et que je souhaite révéler par les images. Le Chocó avait cela de particulier que son image à l’extérieur (dans le reste de la Colombie) était très stéréotypée et limitée. Ce sont ces lieux qui me touchent et m’intéressent, car si leur image est limitée, les vérités venant contredire à ces images limitatrices sont  souvent nombreuses, et méritent à mon sens d’être révélées.


Platanos con Platino © Elsa Leydier


Quel ressenti avez-vous eu du contexte sur le terrain, par rapport au regard transmis des médias occidentaux?
Les médias occidentaux n’abordent que très peu le Chocó, le reste de la Colombie ne l’évoque que très rarement, et quand la région est mentionnée dans les média, c’est souvent pour en parler de manière négative (pour évoquer son taux de pauvreté — qui est le plus élevé du pays — ou pour relater des nouvelles liées à la violence).
L’image négative de la région (mais également l’indifférence dont font preuve les média à son égard), que j’ai également pu percevoir dans le discours de plusieurs personnes avant de découvrir la région ont pu quelque peu m’alarmer… Ce que j’ai pourtant pu ressentir dès mon arrivée dans le Chocó, et pendant toute la durée de mon séjour, a été complètement à l’opposé de cette perception négative. J’ai tout de suite senti une grande générosité et un optimisme, tant de la part de la nature extrêmement variée et luxuriante de la région, que de la part des habitants du Chocó.


Platanos con Platino © Elsa Leydier

 
On remarque l’omniprésence de la feuille de bananier sur les clichés de cette série. A-t-elle une symbolique particulière ? 
La feuille de bananier est un motif très présent de la biodiversité du Chocó, et la plante fait également référence au titre du travail « Plátanos con platino » (bananes de platine).
C’est une expression qui provient d’une citation de Gabriel García Marquéz après qu’il se soit rendu dans le Chocó en 1954, et que, frappé par la beauté et la fertilité du territoire chocoano, mais également par le manque d’infrastructures de la région, il ait déclaré : « Il est entièrement sensé de penser que si quelqu’un avait eu l’idée de semer [sur les terres du Chocó] un bananier, les fruits auraient poussé chargés de pépites de platine. Cependant, la réalité montre que ces fruits fabuleux n’auraient même pas pu être amenés au marché le plus proche qu’ils auraient déjà commencé à pourrir».
 
Que pensez-vous du propos de Garcia Marquez ?
Cette phrase montrait le paradoxe entre deux aspects, deux tendances propres au territoire du Chocó, et c’est de là que provient le titre de mon travail, suite à mon choix de me focaliser sur la richesse du territoire — sur les « bananes de platine », et non pas sur la pauvreté des infrastructures ou voies de communication.


Platanos con Platino © Elsa Leydier


Dans la série "Braços Verdes e olhos cheios de asas", quelles sont les étapes-clés de votre processus de création ?
Pour ce travail, mon processus de création s’est divisé en plusieurs étapes pour réaliser les images : j’ai réalisé des photographies sur le territoire lors d’un séjour en Amazonie brésilienne, j’ai également collecté des cartes postales sur place, puis à mon retour j’ai réuni des documents représentant l’Amazonie (magazines de voyage, etc), que j’ai scanners, découpés…
J’ai ensuite retouché numériquement ou plastiquemment ces images, en composant des diptyques et des collages, ou en modifiant de manière évidente leurs couleurs…

 
 Braços Verdes © Elsa Leydier


Quelle sensation, message souhaitez-vous transmettre aux spectateurs à travers cette série ?
Je souhaitais rappeler au spectateur qu’il se trouvait bien face à des images, manipulées et manipulables — et non pas face à la retranscription d’une expérience sur un territoire ou à l’essence même de ce territoire, qui à mon avis n’est pas retranscriptible par les images.
J’ai souhaité évoquer par ce travail le caractère extrêmement fantasmé et construit par les images de ce territoire qu’est l’Amazonie. En présentant des images retouchées et manipulées de manière très évidente , j’ai souhaité faire comme un clin d’œil au spectateur pour lui rappeler de ne pas faire confiance aux images.



 Braços Verdes © Elsa Leydier


Dans le contexte actuel d’une Amazonie rongée par l’exploitation agricole et divers trafics, pensez-vous continuer à travailler sur l’imagerie luxuriante de cette forêt, ou envisagez-vous un jour élargir votre travail sur la photographie documentaire ?
Parce que j’ai cette méfiance, cette non-croyance face aux images et à leur capacité à retranscrire le « réel », je ne pense pas un jour m’orienter vers la photographie documentaire.
Mais le contexte alarmant actuellement vécu par l’Amazonie, face à sa destruction par diverses activités humaines (et pas seulement la destruction de la forêt elle-même mais également celle des populations qui l’habitent depuis des millénaires ainsi que leurs savoirs), sont des sujets qui me touchent beaucoup, et je souhaiterais un jour les aborder par la photographie, tout simplement en utilisant des propositions visuelles en marge du documentaire.

 
 Braços Verdes © Elsa Leydier


Dans la série La Couleur de la Baie de Rio, le choix des couleurs est très important...
L’omniprésence de la couleur indigo sur vos photos est-elle révélatrice du contexte actuel de Rio de Janeiro ?
En présentant une image « carte postale » de Rio de Janeiro, une image vue maintes et maintes fois, mais dans une tonalité inhabituelle, il s’agissait de proposer de regarder une image que tout le monde a l’habitude de voir, mais avec un élément intrigant qui donne envie d’en savoir plus, et donc de découvrir l’histoire parallèle à celle qui est sous le feu des projecteurs.
Le fait que des histoires parallèles qui vont à contre-courant de ce que la carte postale voudrait nous faire croire est propre à tous les territoires dont l’image est particulièrement iconique, tous les territoires dont l’image touristique est très forte à l’extérieur. Rio de Janeiro fait partie de ces lieux  iconiques, dont l’image stéréotypée est extrêmement forte, et comporte par conséquent une multitude d’histoires et images en marge de cette représentation et qui viennent la contredire.


La Couleur de la Baie de Rio © Elsa Leydier 


Vous avez été séléctionnée pour participer au Festival Circulation(s) 2018 du Centquatre-Paris... Comment avez-vous reçu la nouvelle ?
L’une des membres du comité artistique de Circulation(s) avait eu connaissance de mon travail, et m’a contactée pour me proposer de le présenter au jury. Il fallait donc encore passer cette étape du jury, et j’ai donc été très agréablement surprise et ravie lorsque j’ai appris que le jury l’avait apprécié et sélectionné pour l’exposer!
 
Avez-vous déjà participé à ce type d’événements ?
J’ai déjà eu l’opportunité d’être exposée au sein de festivals, notamment des Rencontres Internationales de la Photographie, mais Circulation(s) est unique en son genre et je suis ravie de pouvoir faire partie de cette aventure!


 
La Couleur de la Baie de Rio © Elsa Leydier 


Pour en (sa)voir plus sur ELSA LEYDIER :
 

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LE FESTIVAL CIRCULATION(S)

  • Alice Nicolas
    (hôte)
    • 2018-01-26 14:47:44
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  • Tags - #photographie #Voyage #Paysage #clichés #Lisa Leydier #Amazonie #Chocó #festival Circulation(s)
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