Les aventures urbaines du photographe Arthur Crestani

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Lors d’un voyage à Delhi, c’est le déclic pour Arthur Crestani. Après des études de sciences politiques et d’urbanisme, il s’éprend de la photographie. Par ce médium, il s’interroge sur les influences de la ville sur ses habitants et questionne la manière dont la ville amène ses citadins à percevoir les autres et leur environnement...
Pour lui, la ville est bien plus qu’un lieu de vie : c’est un système social. Un regard observateur, sur une ville qui marque également son univers créatif : « L’architecture est une projection, mais également l’instrument du contrôle social. Sa capacité à aiguiller les aspirations et les comportements me passionne (...) ». Portrait d’un artiste et de ses séries Bad City Dreams, City Limits et Isolation....
Retrouvez Arthur Crestani au Festival Circulation(s) 2018 au Centquatre-Paris du 17 Mars au 6 Mai.




Festival Circulation(s) 2018 
au Centquatre-Paris du 17 Mars au 6 Mai 
EN SAVOIR+



Bad City Dreams © Arthur Crestani


Pensez-vous avoir été (pré)destiné à l’art de la photographie ? Avez-vous déjà essayé ou été attiré par d’autres médiums, pratiques artistiques ?

Je suis venu à la photographie sur le tard, après des études en sciences politiques et en urbanisme. Je n’y ai certainement pas été prédestiné, mais j’ai toujours eu un rapport au monde très visuel, d’abord influencé par les bandes dessinées et la peinture. Le tournant s’est produit au cours d’une année d’échange universitaire à Delhi.
J’ai soudainement eu beaucoup de temps, et après avoir hésité avec le dessin, c’est finalement la photographie qui a pris le pas et qui m’a accompagné dans mes aventures urbaines.



Bad City Dreams © Arthur Crestani


Vos photographies mettent en lumière de paysages et des sujets résolument urbains...
Pourquoi cet intérêt pour la ville et ses paysages ? Selon-vous, qu'est ce que l'architecture reflète-elle ?

Les villes m’intéressent car ce sont des lieux de vie, mais aussi des systèmes sociaux. Les organisations et les formes urbaines rendent tangibles les rapports aux temps et à l’espace des sociétés humaines. L’architecture me fascine en ce qu’elle traduit et perpétue des modes de pensée, de représentation et de projection de soi, à l’échelle individuelle comme à l’échelle d’une société entière.
L’architecture est aujourd’hui partagée entre la manifestation d’un pouvoir autoritaire, financier ou politique, et une expression démocratique portée aux aspirations individuelles. L’architecture est une projection, mais également l’instrument du contrôle social. Sa capacité à aiguiller les aspirations et les comportements me passionne.



Bad City Dreams © Arthur Crestani


A travers les chantiers et ouvriers à l’œuvre, voyez-vous une certaine idée de progrès, de régression et/ou d’autre phénomène social ?

Plutôt que de m’interroger sur la question du progrès, ou de la régression, mon travail cherche à interroger les représentations produites par ce qu’on pourrait appeler un « régime urbain » : comment le type de ville dans lequel nous habitons influence-t-il la façon dont nous percevons les autres et notre environnement ? Comment influence-t-il nos rêves et nos angoisses ?  Les chantiers et les ouvriers sont des figures tutélaires. Ils représentent le changement, consubstantiel aux sociétés humaines.
Ce qui m’intéresse, c’est de questionner ce changement. Une chose est sûre, c’est que les ouvriers et les chantiers témoignent de flux financiers. Reste à voir à quelles fins sont utilisées ces ressources.



Bad City Dreams © Arthur Crestani


Bad City Dreams, Isolation, City Limits... vous avez réalisé de nombreuses séries sur l’Inde.
Pourquoi le choix de photographier ce pays en particulier ?

J’ai eu la chance à 19 ans d’étudier pendant un an dans une université de Delhi. Cette année riche en rencontres et en découvertes a été déterminante et je suis retourné régulièrement en Inde par la suite. J’ai également approfondi ma connaissance de l’Inde au cours de mes études, aussi bien dans le champ de l’urbanisme que dans la photographie.



Bad City Dreams © Arthur Crestani


Qu’en est-il de vos choix des titres à caractère assez pessimiste (« Bad », « Limits », « Isolation ») ?

Les villes indiennes sont en plein bouleversement depuis les années 1990 : de plus en plus « intégrées » à la mondialisation, elles se rêvent en villes « world class » et « smart » dans les brochures flamboyantes des gouvernements locaux. Il s’y déploie une modernisation qui est une occidentalisation de façade, fruit d’une idéologie très consumériste.
A cette utopie du progrès, on peut pourtant opposer la réalité, plus dystopique, de villes surpeuplées, polluées et inégalitaires. Une ville comme Delhi est ainsi très brutale. Les inégalités sociales y sont exacerbées. A l’heure où elle connaît un développement phénoménal en tache d’huile, ces inégalités s’ancrent dans le tissu urbain de façon très affirmée.

 

Quel ressenti, message souhaitez-vous transmettre par vos photographies ?

Le regard que je porte sur cette ville est imprégné par le dénuement et la violence qui s’en dégage. Cette violence diffuse sous-tend les rapports sociaux, mais elle peut éclater de façon imprévisible. Le Delhi d’aujourd’hui (et de demain) relève selon moi d’un urbanisme de la peur.


Bad City Dreams © Arthur Crestani


Vos sujets sont très différents, mais on ressent une certaine précarité qui émane de tous… tandis que les bâtiments en construction font écho à l’architecture occidentale moderne.
Pouvez-vous nous en dire plus sur votre choix de sujets ?
Comment percevez-vous le contraste entre ces buildings et la pauvreté de la population indienne ?

Les personnes que j’ai photographiées ont été choisies car elles exprimaient, par leur attitude, une défiance à l’égard des discours et images lénifiantes offertes par les publicités immobilières. Cependant, cette résistance apparente est ambivalente : c’est la présence de ces images séduisantes qui les a convaincus de poser pour moi dans des paysages qu’ils trouvaient laids et quelconques. Il se joue ainsi chez eux quelque chose de l’ordre de l’attirance et de la répulsion, entre résistance et séduction, qui souligne le trouble créé à la rencontre de la fiction publicitaire et de la réalité.


Bad City Dreams © Arthur Crestani


Que voulez-vous mettre en lumière par le contraste qui émane entre les affiches publicitaires, les paysages de chantier et les personnages dans Bad City Dreams ?

Pour Bad City Dreams, j’ai installé des images issues de brochures immobilières dans les espaces en transition à la périphérie de Gurgaon, une ville en banlieue de Delhi qui, plus que toute autre, incarne le projet urbain de l’Inde contemporaine. J’ai ensuite invité quiconque passait par là à poser pour moi devant ces images. Je voulais photographier les « autres » habitants de Gurgaon, ceux qui sont exclus des discours de progrès, de consommation et de prospérité.
Ces travailleurs migrants, qui habitent dans des logements informels auto-construits, forment la majorité de la population d’une ville qu’ils bâtissent de leurs mains. Et ce sont les seules personnes que l’on croise quand on s’y promène, car les habitants plus aisés restent chez eux ou circulent en voiture.


Bad City Dreams © Arthur Crestani


Vous avez été sélectinné pour participer au Festival Circulation(s) 2018 au CENTQUATRE (Paris)Comment avez-vous accueilli la nouvelle ?

Je suis très attaché au Festival Circulation(s) car j’ai travaillé pour le festival par le passé, en réalisant des interviews d’artistes pour l’édition 2016. C’est un festival intelligent et drôle organisé par une équipe dynamique et pleine d’humour. C’est donc avec une joie toute particulière que j’ai accueilli cette nouvelle. J’habite à dix minutes du 104, où a lieu le festival, ce qui ajoute à mon plaisir.

 

Avez-vous des attentes, ou des perspectives en lien avec cette sélection ?

Circulation(s) sera un moment privilégié de rencontres, en particulier avec les autres photographes exposés, et j’ai donc particulièrement hâte d’y être.


Bad City Dreams © Arthur Crestani


Avez-vous déjà participé à des festivals ou exposions collectives auparavant ?

En 2017, mon travail a été exposé aux Promenades photographiques de Vendôme, à Strasbourg pour le prix Archifoto et en Chine pour le Lishui Photography Festival. C’est donc la première fois que j’exposerai à Paris.

 

Avez-vous d’autres projets, idées, envies créatives pour la suite ?

Je continue à travailler sur l’Inde et sur la culture indienne. Les espaces de l’utopie propres à ce monde m’intéressent particulièrement et mes projets travaux seront certainement moins pessimistes. L’architecture et l’urbanisme y auront encore une place, mais d’autres thématiques seront abordées, comme le rapport aux images et les motifs de la vie en communauté.


 
Bad City Dreams © Arthur Crestani


Pour en (sa)voir plus sur ARTHUR CRESTANI : 

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LE FESTIVAL CIRCULATION(S)

  • Alice Nicolas
    (hôte)
    • 2018-02-20 10:17:52
    • 1 363 views
  • Tags - #photographie #architecture #indé #Voyage #urbanisme #Arthur Crestani #Delhi #festival Circulation(s)
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