L'imagerie picturale du photographe Guillaume Hebert...!

PARTENAIRES

Vous désirez communiquer
sur Artist Up ?

Etablir un partenariat
pour votre évènement ?

Contactez nous !

Chercher une news

Publicité

 
« Pour moi, la photographie est simplement le prolongement de la peinture. Je photographie avec les yeux d'un peintre. » Après s’être essayé à la peinture à l’école des Beaux-Arts de Caen, Guillaume Hebert aka 季勇, se penche sur la photographie et s’installe en 2012 à Taiwan.
Ses clichés représentent des paysages hybrides, mi- photo, mi- peinture, mi- naturels, mi- urbains. Un croisement harmonieux entre peintures d’antan et l'art contemporain.
Le travail de Guillaume Hebert est parfois réalisé sur le vif - comme avec sa série Trees at Nightfall - et toujours très minutieux, construit à partir de muliplies recherches et expérimentations : « Je passe beaucoup de temps sur l’écran de mon ordinateur à expérimenter mes photographies. Mon poste de travail est comme un laboratoire d'images... »
Retrouvez Guillaume Hebert au Festival Circulation(s)  au Centquatre-Paris du 17 Mars au 6 Mai !

 

ROCK OF LINSHAN © Guillaume Hebert


Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie et quel a été votre parcours ? 
Vous avez passé plusieurs années à Taiwan. Quelle expérience retenez-vous de ce séjour et de quelle manière a-t-il marqué votre travail ?
J'ai été initié à la photographie quand j’étais étudiant à l’école des Beaux-Arts de Caen. Je l'ai pratiqué pendant deux années avant de la délaisser au détriment de la peinture qui allait se digitaliser rapidement. C’était au début des années 90.
Je suis revenu à la photographie timidement lorsque j'ai commencé à voyager en Asie en 2008. Puis c'est lorsque je me suis installé à Taiwan en 2012, que je me suis vraiment engagé à travailler avec ce medium, avec des projets comme Taipei Window Displays ou Taipei Riverside.
Puis, au fil des ans les projets se sont enchainés à une cadence soutenue. Aujourd'hui, je compte une trentaine de séries. Donc, cette longue escale à Taiwan fut évidement un moment décisif dans ma vie puisqu'elle m'a permis de m'exprimer de nouveau à travers l'art que j'avais délaissé depuis fort longtemps. Ce fut un nouveau commencement, mais à présent je crois qu'il est temps pour moi de poursuivre mon voyage dans d'autres contrées. L'aventure n'est pas terminée.



Taipei Riverside © Guillaume Hebert


Self-Portrait as a Drowned Man est une « autofiction » basée sur le travail d’Hippolyte Bayard (Autoportrait en noyé de 1840). Pourquoi cette référence et comment a-t-elle influencé votre processus créatif ?
Je me suis beaucoup amusé dans ce projet. Cette petite série qui comporte cinq photographies et une vidéo témoigne d'une anecdote de mon séjour à Taiwan.
Je remarque, au passage, comment d'un moment inconfortable et quelque peu décourageant, j'en ai tiré profit dans ma créativité. Je me suis donc inspiré du Noyé de H. Bayard, et tout comme ce dernier j'ai fait de cette historiette un drame. Notez que cet autoportrait de Bayard est, dit-on, la première fiction photographique.
Qu'on soit photographe, artiste utilisant ce medium ou simple amateur, il me semble important de posséder une culture photographique entre autres. Pour ma part, dans mon travail, je m'en sers. Ces références historiques font sens, collaborent à ma vision et donnent du poids à mes projets. Elles sont comme une valeur ajoutée.
Auparavant, j'avais réalisé une série d’autoportraits m'inspirant des portraits de Victor Hugo alors exilé dans les îles de Guernesey et de Jersey. Cette autre série s'intitule Le Rocher des Exilés.
Je me suis également référé aux travaux de Gustave le Gray pour Les Rochers de Lanyu par exemple. Donc pour en revenir à Hippolyte Bayard, c'est une référence comme une autre. Elle participe à l’élaboration d'une œuvre mais n'intervient pas vraiment dans le processus créatif.


Self Portrait as a Drowned Man © Guillaume Hebert


Vous utilisez l’imagerie et l’humour noir pour dénoncer le paradoxe : à la fois la reconnaissance et l’absence de soutien par les politiques institutionnels… qui aboutit au suicide de l’artiste.
Pensez-vous que le "désespoir" et la difficulté de vivre de son art soit monnaie courante que ce soit à Taiwan, ou en Europe ?
Le désespoir... Non, pas vraiment. Je ne me suis jamais senti désespéré à Taiwan ou ailleurs, et si cela avait été le cas je serais déjà au Ciel. Comme je l'avais dit, pour moi la photographie est salvatrice. Quant à la difficulté de vivre de son art... c'est partout je crois. Il y a beaucoup de facteurs qui rentrent en compte, certains dépendent de nous et d'autres non. Il faut évidemment faire preuve de persévérance et garder la foi. C'est avant tout un choix de vie qu'il faut assumer, et sans tomber dans un fatalisme ou un pessimisme quelconque.
Mais artiste ou pas, je pense que la vie n'est pas facile de toute manière. Certains vont gagner leur vie, d'autres vont la créer mais tous sont exposés à des difficultés à un moment donné, et tôt ou tard on finit toujours par la perdre. 


Self Portrait as a Drowned Man © Guillaume Hebert


Vous avez également réalisé une vidéo… Qu’est-ce que l’alliance des deux médiums vous permet de mettre en lumière ?
La vidéo me permet de poser ma voix sur l'image. Par conséquent le message et les sentiments qu'elle véhicule sont plus forts. L’ouïe et la vue se complètent. L'artiste n'est pas simplement regardé, il est écouté, ce qui impose un temps et un sens de lecture avec son début et sa fin. Cela fait toute la différence.
Aujourd'hui les photographies et les peintures sont trop souvent balayées par les smartphones. Les gens ne prennent plus le temps de regarder.


Updated Landscapes © Guillaume Hebert


Updated Landscape… Quelle est la genèse de cette série photographique ?
Je passe beaucoup de temps sur l’écran de mon ordinateur à expérimenter mes photographies. Mon poste de travail est comme un laboratoire d'images. J'effectue un tas de tests. Cette étape s'apparente à une pré-production. Mais pour Updated Landscape le procédé était déjà là. Je l'avais appliqué sur les séries des Rochers de Taiwan.
J'ai donc suivi le même protocole avec une photographie de paysage urbain toujours associée à une toile de maître. La combinaison des deux images m'a immédiatement séduite et très vite, j'ai démarré la série qui compte à ce jour une cinquantaine de tableaux photographiques.


Updated Landscapes © Guillaume Hebert


Vos œuvres ont un rendu qui croise à la fois la photographie à la peinture… Pouvez-vous nous en dire plus sur cette alliance ?
Oui... Cette alliance comme vous dites est un peu comme ma marque de fabrique. Elle caractérise l'ensemble de mon œuvre. L'aspect pictural est quasiment omniprésent dans mon travail. La raison en est que j'ai été sensibilisé à la peinture dès mon enfance et que je l'ai pratiqué jusqu'aux Beaux-Arts. Donc, si je puis dire, ma vision a été formatée par la peinture. Et pour moi, la photographie est simplement le prolongement de la peinture. Je photographie avec les yeux d'un peintre.


Updated Landscapes © Guillaume Hebert


On peut observer que le rendu « peinture » concerne davantage le paysage naturel, tandis que le rendu « photographique » concerne les éléments du paysage urbain…
Notre perception est-elle exacte ? Qu’avez-vous souhaité mettre en lumière dans ce travail ?
Dire que notre perception est exacte, je ne sais pas. On ne voit que ce l'on croit ou ce qu'on veut bien voir.
Updated Landscape est une vision dichotomique du paysage formant une image d'un genre hybride.  Plus exactement, c'est la perception des peintres d'antan associée à celle d'un photographe contemporain. Elle témoigne de la temporalité du paysage que l'homme a façonné au fil des siècles.
Ce n'est pas tant notre perception qui a changé mais plutôt notre rapport à la nature. Quant aux critères esthétiques, ils ont toujours évolué selon les cultures auxquelles ils appartiennent. Si un peintre de la Renaissance regardait un de mes tableaux photographiques, il serait certainement indigné.


De Trees at Nightfall se dégage une atmosphère à la fois douce et énigmatique, voire inquiétante d'un paysage nocturne... Dans quel contexte avez-vos réalisé ces clichés ?
Ces clichés ont été réalisés lors d'une simple promenade dans un parc de Taipei à la lumière tombante. J’étais là avec une tablette Android et j'ai saisis les arbres sous la lumière des réverbères sachant que j'allais obtenir des images de « mauvaises » qualités en raison des performances de la caméra interne.
Et cet artefact fut très intéressant à exploiter, c'est comme cela que j’obtins une matière ou texture qui encore une fois rappelle la peinture, et que le rendu de la lumière atmosphérique est si particulier.


Trees at Nightfall © Guillaume Hebert


Avez-vous déjà travaillé avec la vision scotopique ? Qu’appréciez-vous dans ce contexte de prise de vue et quelles en sont les difficultés ?
Oui, on peut dire que c'est une vision scotopique qui se rapporte à la caméra car entre ce que je voyais à ce moment précis, et ce que la caméra a capturé, il y avait une différence notable hors de contrôle. Ce n’était donc pas une difficulté mais une opportunité de découvrir ce que cette caméra allait saisir de ces conditions difficiles de prise de vue. Cette promenade était presque une partie de jeu de hasard finalement.


Qu’avez-vous ressenti et quelles impressions souhaitez-vous transmettre ?
Mon ressenti fut un peu celui d'un enfant qui s'aventure dans la nuit et qui est intrigué par toutes ces formes qui se révèlent devant lui. Et, à cet instant, l'imagination est en effervescence. Je pense que nous avons tous vécu ce genre d’expérience dans notre enfance. Cela étant, dans cette série je n'ai pas eu l'intention de transmettre une émotion particulière et encore moins un message. Chacun est libre de l'interpréter à sa convenance.



Under the Stars © Guillaume Hebert 


Comment ce projet photographique Under the Stars a-t-il vu le jour ?
Un ami m'avait prêté son studio durant l'hiver 2016, dans un quartier populaire de Taipei. Non loin du studio, il y a un petit parc ouvert où séjournent des gens. Le soir, ces mêmes gens s'entassent dans les allées du parc pour y dormir avec leur paquetage. Je ne peux pas dire que ces personnes soient des SDF ou des démunis. Ils ont fait de ce lieu leur résidence. Je les ai photographiés sans leur consentement avec la même tablette Android que j'ai utilisé pour Trees at Nightfall
Durant ce projet, je me suis défendu de manifester tout préjugé sur ces gens, même si j'ai pu recueillir quelques informations les concernant. Mais ce que je peux dire, c'est qu'ils sont là certainement pas pour les raisons qu'on pourrait imaginer.
Pour la plupart d'entre eux c'est un mode de vie qu'ils ont adopté, certains par choix, d'autres par nécessité. Et si l’idée de pauvreté vous effleure en regardant ces clichés, il serait bon de la bannir immédiatement de votre esprit ou, du moins, de revisiter le terme de pauvreté utilisé dans nos sociétés marchandes.
Cette série m'a fait beaucoup réfléchir...


Pouvez-vous nous en dire plus sur la légende qui accompagne cette série « Freedom rather than comfort » (La liberté plutôt que le confort) ?
Ce n'est certainement pas la meilleure légende pour introduire ce travail. En réalité, je n'ai pas vraiment pris le temps de trouver mieux mais je vais m'y pencher.
Simplement, ces deux termes qui semblent ici s'opposer, devraient nous interroger non pas sur la condition de vie de ces gens, mais plutôt sur la nôtre, de comment nous occupons notre temps...



Under the Stars © Guillaume Hebert


Pourquoi ce choix de couleurs dans les NB ?
La tonalité bleue adoucit l’austérité du sujet, mais c'est surtout que je voulais avoir un égard à la période bleue de Picasso.
Au passage, cette série renvoie, entre autres, à la peinture espagnole du XVIème siècle qui commença à aborder le thème de la pauvreté. Le Jeune Mendiant du peintre Murillo en est un parfait exemple.

 
La position des sujets a-t-elle une symbolique, ou a-t-elle été saisie sur le vif ?
Non, ces gens ont été pris sur le vif à leur insu. Déjà endormis ou somnolents, ils n'ont jamais remarqué ma présence. Je passais à leurs côtéscomme une ombre.


SEA © Guillaume Hebert


Le thème de l’eau, de la mer est assez présent, notamment dans des séries The Sea ou encore Etudes, The Sea... Vous semblez faire le parallèle entre la mer, le ciel et l’âme…
Pouvez-vous nous en dire plus sur cette imagerie et votre perception en tant qu’artiste visuel ?
Oui, la mer est un sujet récurrent dans mon œuvre. Elle est mon havre de paix. Elle est mon asile. Je lui fais ma révérence.
Bien qu'elle soit à l'origine de la Vie, elle possède ce côté irrationnel et fascinant qui en fait certainement son mystère et qu'elle garde secrètement dans ses abysses.
Par ailleurs photographier la mer est un exercice difficile. Il n'y a point de composition, tout au plus une horizontalité. C'est un défi que je relève chaque fois que je la photographie. Mais toujours elle ne fait que refléter mon âme. C'est peut-être ma maison. Je m'y retrouve et m'y ressource.


Vous avez été sélectionné pour participer au Festival Circulation(s) 2018 au CENTQUATRE (Paris)Comment avez-vous reçu la nouvelle ?
Avec réjouissance naturellement, d'autant plus que c'est la première fois que je participe à un festival en France. Pour sûr, c'est une très belle opportunité qui s'offre à moi. D'ailleurs cette nouvelle année commence très fort puisqu'à une semaine d'intervalle du festival Circulation(s), j'ai une exposition personnelle dans une somptueuse galerie de Shanghai  sera exposée la série Rocks of Ludao.
 


ROCK OF LUDAO © Guillaume Hebert


Avez-vous déjà participé à ce genre d’événements ?
Oui, j'ai déjà participé à des événements de ce genre : Fotofestiwal à Lodz en Pologne, le Singapore International Photography Festival et le festival de Lishui en Chine.
 
Quels sont vos projets et que peut-on vous souhaiter pour la suite ?
Je viens de remplir un appel à candidature pour être en résidence à Reykjavík en Islande cette année. Mais peut-être que d'autres territoires m'attendent. Je ne sais jamais vraiment.
Mais puisque tout porte à croire que j'ai le vent en poupe, vous pouvez simplement me souhaiter bon vent ! Merci.


Pour en (sa)voir plus sur GUILLAUME HEBERT :

  • Alice Nicolas
    (Owner)
    • 2018-01-30 09:22:25
    • 1,715 views
  • Tags - #photographe #photographie #peinture #Voyage #festival Circulation(s) #Guillaume Hebert #Taipei
  • Ajouter aux favoris

Photos

PLUS D'ARTICLES ICI