L'art du storytelling avec la photographe Angélique Stehli

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La photographie d'Angélique Stehli, une porte vers un ailleurs... 

Une enfance passée à San Francisco et un déménagement à Paris à 7 ans, auront marqué le parcours et le regard artistique d'Angélique Stehli. Photographe diplômée de l’ECALAngélique se sert de cette pratique artistique comme « moyen de contrôle sur ce qui [l’entoure] et [l’importe], comme des capsules temporelles. »
Au départ intéressée par le portrait, cette artiste est en recherche perpetuelle de nouvelles atmosphères et esthétiques. “La diversité, la polyvalence de sujets ou de formes finales, l’idée d’adapter ma pensée à différents champs de productions m’a toujours séduite. »
Interview d’une photographe talentueuse, qui sera exposée lors du Festival Circulation(s) 2018, au Centquatre de Paris.




Festival Circulation(s) 2018 au Centquatre-Paris
du 17 Mars au 6 Mai 
EN SAVOIR+



Miscellaneous © Angélique Stehli


Miscellaneous © Angélique Stehli


Le parcours d'Angélique Stehli...

Quel a été votre parcours et quelles ont été vos sources d’inspiration ?

J’ai passé mon enfance à San Francisco avant de déménager à Paris. Cela a eu un grand impact sur ma façon de voir les choses et sur ma production artistique.
Lorsque j’ai quitté les Etats-Unis pour l’Europe, je ne comprenais pas très bien ce qu’il se passait. J’ai toujours pensé que nous y retournerions et que notre déménagement n’était que provisoire.
Mon père m’a donné mon premier appareil photographique lorsque j’avais environ dix ans, à l’époque je retournais chaque été en Californie. J’ai donc commencé à tout photographier, en collectant autant d’informations que possible. C’était en quelque sorte un moyen de contrôle sur ce qui m’entourait et m’importait, comme des capsules temporelles.
Ensuite une deuxième période de recherches et d’envies photographiques se sont développées. Je travaillais sur différentes compositions, des mises en scènes, avec surtout au départ un grand intérêt pour le portrait, toujours à la recherche d’atmosphères et d’esthétique. Ensuite au fil de mes études à l’Ecal (Ecole cantonale d’art de Lausanne) je me suis lancée dans des projets plus documentaires et éditoriaux qui me permettaient de créer des narrations plus complexes.
A côté de cela j’aimais toujours réaliser d’autres projets pour mes cours, qui allaient de projets plus mode à des travaux vidéos ou d’écriture. La diversité, la polyvalence de sujets ou de formes finales, l’idée d’adapter ma pensée à différents champs de productions m’a toujours séduite.
Mon imaginaire s’est aussi beaucoup développé via le cinéma, la musique et sous l’effet d’innombrables visites d’expositions. Mais je pense que mes premières images mentales sont nées des rues de San Francisco et des contes et livres pour enfants que l’on me lisait enfant.
Je vis actuellement à Lausanne depuis quelques années où je viens de terminer mes études à la prestigieuse Ecal. J’y ai obtenu la mention « Excellence » pour mon mémoire ainsi que mon travail de diplôme « Fault Zone », un projet vidéo. Ces années d’études ont été déterminantes dans ma production et m’ont aidée à travailler sur une multitude de projets et de développer mon univers, de le faire passer à un stade supérieur, à la fois sur des projets courts comme des projets qui peuvent me prendre une année, avec toujours des collaborations d’artistes divers.


Miscellaneous © Angélique Stehli


Miscellaneous © Angélique Stehli

 

Qu’est-ce que le médium photographique vous permet d’exprimer ?

La photographie est pour moi avant tout une sorte de tremplin vers l’ailleurs, une façon de raconter quelque chose. Que ce soit dans la simplicité d’une seule image ou d’un projet plus conséquent. La notion d’atmosphère et de légèreté est ce que je cherche à transmettre.



 Observatoire © Angélique Stehli

Observatoire © Angélique Stehli

Observatoire © Angélique Stehli


Dans la série Observatoire, on remarque votre intérêt pour les planètes… Pourquoi cet attrait voire fascination ?

Ma série « Observatoire » a été réalisée dans le cadre d’un cours sur le travail  photographique documentaire. Le sujet était « un artiste », je me suis penchée sur un astronome ici en Suisse.
J’ai toujours été fascinée par les tréfonds marins et par la galaxie. Ces choses qui nous dépassent, nous échappent et produisent une grande part de mystère et de surréel. C’est drôle que vous me parliez de ça, je me suis rappelée il y a quelques semaines que mes premiers mots étaient « foot » et « moon », peut-être était-ce une première tentative d’exprimer mon désir de parcourir les étoiles et des terres inconnues.



 Observatoire © Angélique Stehli

 Observatoire © Angélique Stehli


Observatoire © Angélique Stehli


1044°C : surmonter le deuil et la mort...

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre projet 1044°C ?

Mon projet 1044°C, qui a d’abord été un projet vidéo puis une édition, a été l’un de mes premiers projets. Quand j'ai commencé mes études, ma grand-mère était dans la dernière phase de sa vie. J'étais en train de faire un projet sur elle et son métier en tant que botaniste. Je suis allée à la campagne pour passer un week-end avec elle et une nuit je lui ai posé vingt questions au hasard:  une odeur favorite, un lieu, un âge, un objet, un paysage etc… Le lendemain matin elle est décédée.
J'avais 17 ans et c'était la première fois que je faisais face à la mort d’un membre de ma famille. Après cela, l'idée de vieillir et de perdre des gens qui étaient proches de moi a beaucoup occupé mes pensées. Peu de temps après j’ai accompagné une amie à un centre funéraire. Elle s’intéressait au maquillage mortuaire. Je me suis baladée dans l’établissement et je suis arrivée au crématorium. J'ai passé quelques jours à regarder des corps brûler à travers un minuscule hublot de surveillance. C'était un moyen d'affronter la mort dans un endroit où c’était banal.
Un corps humain est brûlé à 1044°C, avec le cercueil pendant environ trois heures. La première heure on ne voit que des flammes, puis le corps apparaît, mais il est presque déjà à l’état de squelette. Après trois heures, le four est ouvert et d’un coup de bâton les résidus sont transformés en cendres.
J'ai donc d'abord réalisé un projet vidéo. J'ai filmé le processus et j'ai ensuite décidé de travailler sur un livre petit format à partir des captures d'écran de la vidéo. J'ai développé un concept de livre où j'ai exploré une technique d'impression analogique qui encre les pages avec une sorte de pression dont je décide. C'était une manière d'expérimenter de manière plus artisanale le processus et apporter une autre forme à l'histoire. L'encre disparaît lentement tout au long du livre en créant des motifs qui correspondent au concept ainsi qu'à l'esthétique des images.



1044°C © Angélique Stehli

1044°C © Angélique Stehli

 1044°C © Angélique Stehli


InDogWeTrust : l'histoire d'une relation...

La série présente des sujets tatoués… Quelle passerelle établissez-vous avec l’art de la photographie ?
Quel rapport entretenez-vous avec le tatouage ?

La série « InDogWeTrust » a été réalisée sur une longue période de temps avec comme sujet mon partenaire de l’époque et notre histoire. J’ai été pendant plusieurs années avec un tatoueur d’où le mélange de corps tatoués et d’objets en lien avec cet univers. Le sujet est d’avantage « nous » que le tatouage en lui-même, mais ils sont du coup indissociables.
Nous avons vécu une très belle histoire, j’ai souhaité l’archiver en composant des images d’objets qui lui appartiennent, d’images aléatoires de lieux où nous avons partagés des moments ainsi que des portraits ou images de notre quotidien. Je fonctionne la plupart du temps de cette façon pour mes sujets. Je les analyse et je les parcours d’un point à un autre sans rien laisser derrière, une sorte de conservation de quelque chose qui me tient à cœur.


L’imagerie, l’univers inked sont-ils une source d’inspiration pour vous?

Plus généralement, pour revenir à votre question concernant l’univers du tatouage, je trouve que c’est un très beau medium. Raconter son histoire,  marquer un moment de vie ou des esthétiques d’une façon indélébile sur son corps est tout simplement beau et fort. On transporte non plus des albums, des objets, mais on conserve une collection directement encrée sur nous-mêmes et on voyage, on vieillit avec. On laisse une trace de moments de vie.



InDogWeTrust © Angélique Stehli


InDogWeTrust © Angélique Stehli

InDogWeTrust © Angélique Stehli


InDogWeTrust © Angélique Stehli


Insectes, serpents, couteau et plus largement les armes blanches... Qu’est-ce que ces symboles évoquent dans vos photographies ?
J’ai toujours eu un attrait pour la nature via ma grand-mère qui, comme je l’ai dit, était botaniste. J’ai aussi toujours aimé les histoires de cow-boys ou de gangsters ainsi que la taxidermie et les cabinets de curiosités que j’ai toujours trouvé fascinants, alors cela s’est simplement bien mélangé.


Insectes, serpents, couteau et plus largement les armes blanches... Qu’est-ce que ces symboles évoquent dans vos photographies ?
J’ai toujours eu un attrait pour la nature via ma grand-mère qui, comme je l’ai dit, était botaniste. J’ai aussi toujours aimé les histoires de cow-boys ou de gangsters ainsi que la taxidermie et les cabinets de curiosités que j’ai toujours trouvé fascinants, alors cela s’est simplement bien mélangé.

 

InDogWeTrust © Angélique Stehli


InDogWeTrust © Angélique Stehli

InDogWeTrust © Angélique Stehli

InDogWeTrust © Angélique Stehli


Les sujets semblent assez isolés, le titre dévoile un côté animal… les paysages naturels ponctuent les portraits… Pouvez-vous nous en dire plus sur le synopsis et l’impression que vous souhaitez transmettre au public à travers cette série ?

Je ne sais pas comment les gens perçoivent ce sujet car il est difficile pour moi de m’en distancer, mais j’ai simplement voulu partager une histoire. J’ai tant aimé cette personne et ce que nous avons partagé que cela s’est transformé en un livre, en hommage à ce que l’on a vécu.
Je repense souvent à une anecdote que j’ai lue concernant Maurice Sendak (Where The Wild Things Are), un écrivain que j’affectionne particulièrement. Un jour un enfant lui a écrit une « fan letter ». Sendak lui a répondu. L’enfant été tellement content d’avoir une réponse de cette personne qu’il admirait tant qu’il a mangé la lettre. Je pense que j’aurai fait pareil. Quelle façon plus logique que d’absorber quelque chose auquel on tient ?


 InDogWeTrust © Angélique Stehli


InDogWeTrust © Angélique Stehli


InDogWeTrust © Angélique Stehli


InDogWeTrust © Angélique Stehli
 

Miscellaneous : une diversité de shootings...

Qu’est-ce que le jeu de matières, textures, reflets, voilages… plans vous permet de mettre en lumière ?

Cela dépend du sujet, ça se fait tout seul. L’album « Miscellaneous » de mon portfolio est un mélange d’une multitude de shootings que j’ai regroupés.


Quelles sont les étapes de votre processus créatif ?
Il y en a tellement. Cela dépend. Lorsque le sujet m’est imposé, je vais très vite. Je réalise un moodboard en questionnant tout et on réfléchissant à des ambiances. Je regarde pleins de documentations visuelles ou écrites qui peuvent m’inspirer. Ça va de gravures à de vieilles publicités, etc. Puis je planifie les points A et Z des projets et l’entre deux est une grande part de spontanéité qui se fait lors de la prise de vue.
C’est très important pour moi d’être à la fois en contrôle et anticiper les choses, envisager une multitude d’options pour mon travail puis « narrow down » et laisser pour finir la place à la spontanéité. La magie pour moi s’opère une fois que je connais mon sujet et mes options suffisamment bien pour laisser une marge de spontanéité dans l’action du projet. Par exemple pour une série mode, si le casting est bien fait dans les choix du modèle, des accessoires et du lieu, tout le reste peut s’opérer au fur et à mesure, en suivant son story board.
Lorsque je travaille sur un sujet libre ou plus personnel, cela me demande un long temps de réflexion. Mon diplôme ou mon mémoire, par exemple, sont deux choses qui murissaient en moi depuis des années. Je hiérarchisais beaucoup d’informations, mais ne savais ni le commencement ni tout à fait la fin de ce que j’allais raconter.  Un jour cela s’est réalisé simplement, logiquement, et avec beaucoup de passion.

Miscellaneous © Angélique Stehli
Miscellaneous © Angélique Stehli
Miscellaneous © Angélique Stehli


S’agit-il de mises en scènes ou de captures sur le vif ?
Les deux.



Miscellaneous © Angélique Stehli


Une sensualité, voire un certain érotisme se dégagent de vos photographies… Quel ressenti/impression souhaitez ou pensez-vous transmettre ?
La sensualité va de paire avec le mystère. Ce sont deux choses importantes dans la vie et dans l’art, si certaines de mes images reflètent cela alors c’est qu’elles sont réussies.

 
Peinture, maquillage, body painting… Quelles passerelles établissez-vous avec la pratique photographique ?

La série que vous évoquez était un cas assez isolé. Il s’agissait d’une collaboration avec Novembre magazine. Nous avons d’abord eu (avec Florence Tetier (DA) et Nicolas Coulomb (Photographe)) un cours axé sur  la mode, puis nous avons dû réaliser une deuxième série, une série « beauté ».
J’ai décidé de jouer avec un Aérographe et des textures, ça changeait de d’habitude, c’était original et amusant. Je me suis inspirée, comme point de départ, des couleurs, patterns et textures d’insectes et de caméléons, puis je me suis amusée avec mes outils et mon modèle au fur et à mesure du workshop.



Miscellaneous © Angélique Stehli

Miscellaneous © Angélique Stehli

Miscellaneous © Angélique Stehli

Miscellaneous © Angélique Stehli


La série Pink Cells...


Comment l’idée de réaliser une série photographique sur les cellules de prison roses vous est-elle venue ?Dans quel contexte avez-vous été amenée à étudier l'enfermement et l'incarcération ?
Lors de l’une de mes classes à l’Ecal dont le thème était « destruction », j’ai commencé à enquêter sur l’enfermement et l’incarcération et sur les liens à travers cette théorie entre l’Amérique, où j’ai grandi, et la Suisse, où je vis actuellement. Lors de mes recherches, j’ai trouvé un article sur les cellules de prison roses qui existent entre autre dans ces deux pays.


Quelles sont les particularités de la couleur rose ?
Alexander G. Schauss (Allemagne) était un adepte de la théorie selon laquelle la couleur que l’on choisit peut aider à comprendre l’état mental d’une personne. Il a voulu renverser cette théorie pour voir si en choisissant différentes couleurs on pouvait affecter l’état d’esprit des gens. En 1979, il a découvert l’effet tranquillisant d’une certaine nuance de rose qui réduisait l’agressivité, qu’il a ensuite nommée « Baker-Miller Pink », aussi appelée « Drunk Tank Pink ».
Si cette couleur était utilisée de manière correcte, les comportements hostiles ou agressifs pouvaient être calmés en l’espace de 15 minutes. A la suite de cette découverte, au début des années 1990 on commença à appliquer cette teinte dans des centres pénitentiaires et des prisons aux Etats-Unis.
En 2007, la psychologue suisse Daniela Späth a développé «Cool Down Pink» et, dans une étude scientifique, a pu démontrer la suppression de la pression sanguine et l’effet anticorrosif de la couleur. Depuis, des cellules ont commencé à se développer en Suisse.



Pink Cells © Angélique Stehli 

Pink Cells © Angélique Stehli 

Pink Cells © Angélique Stehli 

Pink Cells © Angélique Stehli 


Quelle relation établissez-vous et/ou souhaitez-vous mettre en avant... entre la couleur rose et la dureté des prisons ?
En travaillant dans ces prisons j’ai trouvé que c’était original d’investir dans une nouvelle méthodologie pour les personnes incarcérées ayant des problèmes d’agressivité. Je ne pourrais pas me prononcer sur ces effets car j’étais extérieure à cela mais c’était en effet agréable, la thérapie par la couleur est une idée singulière.

 
Pensez-vous que l’effet que procure le rose sur le prisonnier peut-être le même pour le spectateur ?
Je ne sais pas. La dernière prison où je me suis rendue était loin et c’était une semaine éprouvante pour moi, je n’avais presque pas dormi depuis plusieurs jours. Mais une fois dans les cellules roses pour commencer la prise de vue, cette chaleur m’a englobée, c’était très agréable.
Je sais que certains prisonniers de sexe masculin sont dérangés par le côté maison de poupées. D’ailleurs aux Etats-Unis dans quelques prisons ils ont détourné le concept pour humilier les prisonniers, allant parfois jusqu’à les habiller de rose. Mais ce côté non pédagogue ne m’intéressait pas.



Pink Cells © Angélique Stehli

Pink Cells © Angélique Stehli

Pink Cells © Angélique Stehli

Pink Cells © Angélique Stehli 


Le Festvial Circulation(s) 2018 au Centre Culturel 104

Vous avez été sélectionnée pour participer au festival Circulations 2018 du Centquatre.
Comment avez-vous reçu la nouvelle ?
J’était très heureuse de cette nouvelle. Il y a deux festivals que j’aime beaucoup qui donnent une place importante aux jeunes talents ou à des artistes actuels. Le festival Circulations à Paris et le festival Vevey Images en Suisse. Maintenant diplômée, me voilà sélectionnée pour participer aux deux. Le festival Vevey Images est aussi l'un des plus grands concours de photographie en Europe, ouvert aux artistes professionnels et photographes ou à ceux en formation de tout âge, dans le monde entier. Je n’en connais pas beaucoup d’autres à part les rencontres à Arles, mais je visite énormément d’expositions et je trouve ces deux festivals vraiment rafraîchissants.
Sinon grâce à l’Ecal et à nos collaborations avec divers intervenants, j'ai fait partie ou même conçu des expositions. Par exemple l’exposition lors de Paris Photo pour la célèbre  marque de souliers Pierre Hardy, ou une exposition à Amsterdam composée de centaines de palettes brut en bois. C’était toujours très enrichissant.
J’ai aussi fait parti d’un livre « Eros & Thanatos » (Editions Take5) aux côtés de JR, Prune Nourry, Vik Muniz, Mat Collishaw, John Armleder, Sylvie Fleury, Anoush Abrar et d’autres encore, qui a été exposé à la foire de Palexpo à Genève et à la fondation Bodmer.



Sham © Angélique Stehli

Sham © Angélique Stehli

 
Avez-vous déjà fait participé à des expositions collectives ou des festivals ?
Je suis actuellement en attente de réponses pour des festivals auxquels j’ai soumis mon dernier projet, mon projet de diplôme, une vidéo de 18min. Pour ce projet, je suis retournée au printemps dernier à San Francisco pour travailler à une vidéo épistolaire où se mêlent différentes temporalités qui sont liées comme un mythe.
J’ai sillonné la Californie en partant du lieu de mon enfance, où tout a commencé tant d’un point de vue personnel que d’un point de vue scientifique pour cette histoire. En effet l’histoire appelé là-bas « The Big One », qui est revenue à mon esprit, a attiré mon attention. « The Big One », c’est l’idée qu’un jour un séisme colossal pourrait faire que la Californie se détache du reste du continent pour être ensevelie sous l’Océan Pacifique. Une nouvelle Atlantide.
Après une première phase de production et de recherches à San Francisco, j'ai entrepris un voyage le long de la faille de San Andreas, en descendant vers le sud en direction de la frontière mexicaine. J’ai si peu de souvenirs de mon enfance et pourtant cela a eu un tel impact sur moi que j’ai tenté de me rapprocher de cette époque via mes sens. De nouvelles histoires se sont crées. Ce sont ainsi associés des souvenirs passés un peu disparus, des moments présents de ma narration et ces lieux qui vont disparaître dans un futur plus ou moins lointain.
Au final je devais parler de choses qui mentalement sont un peu disparates et parler d’une faille territoriale qui n’est pas visible à l’oeil nu. Je voulais me confronter à comment parler de choses qui ne sont pas visibles, comment créer une narration d’éléments personnels et spirituels et que les gens comprennent l’histoire et puissent s’y projeter.
Dans la vidéo je parle à quelqu'un dans le futur, comme une capsule temporelle, et la Californie ne serait peut-être déjà plus là. Le voyage autour de la faille devient vite une métaphore pour une histoire plus personnelle. Au fil de mon voyage, j'essaie de relier des points de perception tangibles entre passé, présent et futur. Entre réel et irréel.


StillLife © Angélique Stehli

StillLife © Angélique Stehli


Quels sont vos envies, projets à venir ?
J’en ai beaucoup. Mon plus gros projet à venir est, je l’espère, un déménagement à Los Angeles pour la fin de l’été.
J’aimerais continuer à développer des projets vidéos et à explorer de nouvelles choses ou de nouvelles collaborations dans ce médium. Mais j’ai également beaucoup d’idées ou d’images qui me viennent pour la photographie. Il y a aussi un magazine basé à Los Angeles qui me plaît beaucoup. J’aimerais travailler avec eux à côté de mes projets personnels. J’aimerais  aussi apporter des modifications ou refaire deux projets que je trouve inachevés.
J’aime travailler sur plusieurs projets très différents en même temps, c’est très nourrissant et ça booste ma créativité. Mais aujourd’hui, à distance, je ne fais qu’envisager mes options et m’organiser. L’énergie d’une ville apporte beaucoup à ma création. Ici en Suisse, par exemple, j’ai le sentiment d’être arrivée à un épuisement de ce que je veux produire ou des sujets. De ce fait j’anticipe mon départ et entre mes projets passés dans des festivals, bourses et concours. C’est un peu comme être musicien. Il y a le moment de la réflexion, d’inspiration puis de production, ensuite de démarches pour organiser une tournée avant de passer à un nouveau projet.
Je dois à présent être patiente et procéder par étapes ces prochains mois. Une fois que je serais en Californie je recommencerai ma production, cette nouvelle vie va être un grand défi, mais j’adore ça.



Narke © Angélique Stehli

Narke © Angélique Stehli

 
“ I had a transcendental storm of colour visions today in the bus going to Marseille. We ran though a long avenue of trees and I closed my eyes against the setting sun. An overwhelming flood of intensely bright colours exploded behind my eyelids: a multi-dimensional kaleidoscope whirling out through space. I was swept out of time. I was out in a world of infinite number. The vision stopped abruptly as we left the trees. ”Brion Gysin
"J'ai eu une tempête transcendantale de visions de couleurs aujourd'hui dans le bus qui va à Marseille. Nous courûmes à travers une longue allée d'arbres et je fermai les yeux sur le soleil couchant. Un flot écrasant de couleurs intensément vives a explosé derrière mes paupières: un kaléidoscope multidimensionnel tourbillonnant dans l'espace. J'ai été balayé hors du temps. J'étais dans un monde infini. La vision s'est arrêtée brusquement lorsque nous avons quitté les arbres. " Brion Gysin


Cyanotype ©  Angélique Stehli 



Pour en (sa)voir plus sur ANGELIQUE STEHLI :
 Cyanotype ©  Angélique Stehli


  • Alice Nicolas
    (hôte)
    • 2018-02-05 14:33:06
    • 1 314 views
  • Tags - #festival #photographe #photographie #artiste #exposition #photography #104 #centre culturel #festival circulations #Angélique Stehli #Festival Circulation(s) 2018 #Centquatre Paris #InDogWeTrust #Miscellaneous #Pink Cells #le cenquatre #circulations 2018
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