Interview de Romano : la rencontre entre Art classique et Pop Art !

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Romano, artiste plasticien contemporain engagé...

Romano est un artiste plasticien né en 1982, qui vit et travaille à Paris.
Il a commencé à dessiner et peindre depuis son plus jeune age, avec avec style artistique qui relève aujourd'hui de la rencontre entre art classique et Pop Art.
Créatif dans une agence de communcation le jour, il  a suivi en parallèle les cours du soir à l’Ecole Nationale des Beaux Arts de Paris. C'est aussi à cette époque que Romano a commencé à marquer les murs de Paris de son art. Dessin, lacrylique, peinture à l'huile, pochoir, collage photographie... Romano s'essaie à des techniques multiples, faisant aussi évoluer ses créations intialement axées sur les visages et les corps, vers des réalisations engagées, portées par la problématique du bien vivre ensemble.
En 2013 il co-fonde le collectif « LeMouvement » avec les artistes Riks et Tiez. Leur emblématique projet « Les parapluies » est toujours en cours :
"Mélange de réalisme et de poésie, ce travail allie la figuration narrative à la technique du collage photographique pour mettre en scène des couples de parisiens, d’origines, de cultures ou de générations différentes, réunis sous un parapluie." 
C'est ainsi que, sur 
les murs de la capitale, les oeuvres de Romano et du collectif sonnent comme un véritable appel à la tolérance et à la diversité.




Les Parapluies © Tous droits réservés


Quel a été ton parcours, comment as-tu été amené à t’exprimer dans la rue ?

Très jeune, j’ai commencé à dessiner et à peindre. Ce qui m’attire avant tout, ce sont les visages, les corps et les couleurs.
En grandissant à la fois dans la grande peinture classique et dans la culture urbaine hip hop des années 90, je me suis essayé à toutes les techniques pour exprimer de manière impulsive ma vision des émotions humaines (dessin, peinture à l’huile, acrylique, spray, photographie, pochoir et collage).



Les Parapluies © Tous droits réservés


Dès mes onze ans, tout mon entourage taggue dans les rues et dans le métro parisien. J’ai bien évidemment suivi en écrivant mon nom de famille à l’envers (LAKE) partout dans la ville. Mais très vite, ce qui fait plus sens pour moi est d’imprimer et de coller sur les murs les peintures que je réalise chez moi sur toile.
J’ai toujours été touché par le fait de montrer mes peintures, non pas seulement à ma famille ou à mes amis, mais aussi au grand public des rues. Réaliser des œuvres dans la rue a toujours été une source de motivation dans mon expression artistique.





Dans les années 2000, ma vie se partage entre deux activités. L’une est visible : je suis directeur artistique d’une agence de communication pour les grands musées et institutions culturelles de France. L’autre est clandestine : je continue de peindre sur toile et sur les murs de ma ville, tout en suivant des cours du soir à l’École Nationale des Beaux Arts de Paris et à l’école de graphisme Créapole Paris. Avec la conviction que l’art doit sans cesse véhiculer des messages forts, mon travail questionne les relations dans l’espace urbain, la mixité sociale et le vivre ensemble.


Freedom Romano © Tous droits réservés



Te souviens-tu de ta première fresque ?

Oh oui ! C’était une fois de plus une impression très grand format d’une peinture digitale réalisée chez moi (et non pas une peinture à même le mur comme à mon habitude ces dernières années…).
Je me souviens de l’avoir réalisée exprès en pleine journée à la Butte aux Cailles afin d’interagir avec le public et de capter instantanément les réactions et les émotions procurées par l’œuvre. Je me souviens aussi que le message de mon œuvre était trop compliqué à comprendre au premier regard, et que j’avais été satisfait de son esthétique mais déçu du manque de compréhension du message par le public.
Ma vision de l’art est de passer des messages visuels. J’accorde une grande importance aux trois caractéristiques d’une œuvre selon moi à savoir l’esthétique, le message et la technique.





Dans quel contexte as-tu co-fondé le crew "LEMOUVEMENT" ?

Il faudra attendre 2013, lorsque je fonde avec Riks et Tiez le collectif d’art urbain LeMouvement, pour que mes œuvres, mêlant style Renaissance et Pop Art, commencent à être visibles au grand jour dans les galeries et en grand format dans les rues à travers la direction artistique des projets du collectif, notamment du projet emblématique « Les parapluies ». 
Ce dernier débute à Paris en 2013 et est toujours en cours aujourd’hui. Mélange de réalisme et de poésie, ce travail allie la figuration narrative à la technique du collage photographique pour mettre en scène des couples de parisiens, d’origines, de cultures ou de générations différentes, réunis sous un parapluie.
Parcourant sans cesse les rues de la capitale pour y exposer les rencontres de ses habitants, Riks, Tiez et moi-même exposons nos collages en pleine journée dans la rue, au contact des habitants et en compagnie de celles et ceux qui ont été photographiés, provoquant ainsi des rencontres et un dialogue avec les publics.



Les Parapluies © Tous droits réservés


Derrière le message idéaliste représenté par ces rencontres fortuites sous un abri commun, cette œuvre milite pour une société riche de sa diversité. Proposer aux publics des rues une réflexion sur le vivre ensemble et diffuser des ondes positives, tels sont les principes de cette performance à grande échelle - plus de mille couples sont collés sur les murs de Paris.
Projet artistique illégal à l’origine, il devient officiellement reconnu par les autorisations, puis accordé par les commandes des institutions publiques (Ministère de la Culture, Nuit Blanche 2014 et 2015, Mairie du XXème, Mairie du XIXème, Mairie du XVIIIème, Mairie du XIIIème, Mairie du IVème…).


Paris Porte de la Chapelle Camp de réfugiés - Romano
© Tous droits réservés


J’expose parallèlement en galerie, en participant à des expositions collectives à la galerie WallWorks, la galerie Modus, la galerie Artelie ou la galerie Original Dampkrings à Amsterdam.
Je me vois proposer un solo show par les organisateurs de la première foire internationale d’art urbain, à l’Urban Art Fair Paris 2016, et participe à un group show à l’Urban Art Fair 2017 de New York, USA.
Je réalise actuellement une fresque monumentale de 300m2 sur la façade avant du premier centre humanitaire parisien d’accueil de réfugiés à Porte de la Chapelle, commande de l’association Emmaüs Solidarité.


Paris Porte de la Chapelle Camp de réfugiés Romano 
© Tous droits réservés



LeMouvement m’a permis de travailler avec des institutions publiques qui nous ont permis d’intervenir dans des lieux défavorisés, qui manquaient cruellement de couleur et de joie de vivre.
LeMouvement m’a permis de renforcer la dimension sociale et engagée de mon travail.


Romano travaillant pour le Camp des réfugiés de la Porte de la Chapelle 
© Tous droits réservés


Est-ce que tu créés la plupart du temps seul, ou accompagné du crew ?

J’ai besoin d’être seul pour créer. Au niveau de la conception, la réflexion collective peut être intéressante sur quelques idées mais d’une manière générale, j’ai besoin d’être seul pour décider de la thématique à aborder, puis de l’angle, puis de l’esthétique, puis de la technique.
Pour la réalisation j’ai besoin d’être seul avec moi-même, dans une ambiance méditative.
Ensuite ce n’est qu’au moment de passer le message, de montrer l’œuvre au public, que ce soit en l’exposant dans la rue en plein jour ou en galerie, qu’il est important pour moi d’être au contact direct du public.


 


As-tu des « spots » favoris dans la rue… ou ailleurs ?

J’ai passé beaucoup de messages visuels à Montmartre, à la Butte aux Cailles et à Belleville, mais mon spot de prédilection se situe tout de même autour du Centre Georges Pompidou, dont la collection d’art moderne est ma source d’inspiration par excellence.

 



Peux-tu nous en dire plus sur tes supports et médiums de prédilection ?

Mon support de création de prédilection est clairement la toile et la peinture à l’huile. Je suis issu d’une formation classique au niveau de la création artistique. Je considère les longues heures et jours passés à peindre un visage comme un véritable hommage au sujet traité et à la technique de l’huile, et notamment au glacis, qui permet une profondeur et une force des couleurs très importantes dans mon travail.
Par ailleurs, je considère le mur comme le support d’exposition de prédilection de mon travail (bien plus que la toile en galerie) car il s’adresse à un public qu’il m’intéresse plus de toucher que le public des galeries (même si la reconnaissance des professionnels du milieu a évidemment été très motivante dans mon parcours). C’est seulement à ce moment-là que la dimension populaire de l’art peut se révéler…



Don't Stop the Street Art - Romano
© Tous droits réservés

 
Dans la rue, tu détournes les panneaux de signalétique avec un message visuel humoristique (celui de ne pas effacer le street art)… 
Pourquoi ce choix du support et comment l’idée de détourner les panneaux a-t-elle vue le jour ?

Le propos de ce travail de détournement de panneaux de signalisation consiste à passer un message visuel sur un support qui sera vu par tous les publics de la rue. En effet, seuls les éveillés à l’art observent réellement les œuvres exposées sur les murs, alors que la quasi-totalité du public des rues (qu’ils soient piétons ou véhiculés) n’ont pas le choix que de regarder les panneaux de signalisation.


Don't Stop the Street Art - Romano
© Tous droits réservés


De plus, le concept de s’approprier un support d’expression officiel de l’ordre public, autrement dit du gérant des rues, (ce qui n’est pas le cas d’une œuvre murale) prolonge avec intérêt mon travail de rébellion artistique et de liberté d’expression radicale. Le concept de prendre la parole, non plus seulement où et quand je voulais sur un mur, mais cette fois-ci à la place même de l’ordre public, résonne fortement en moi comme une opportunité.
D’un côté, j’optimise fortement l’impact de mon message visuel et de l’autre, je m’adresse encore plus directement au gouvernement. Et donc dans ce cas, l’opportunité est d’aborder des thématiques bien précises, à savoir l’ordre public qui efface sans cesse nos œuvres dans la rue et/ou qui perturbe notre liberté d’expression, en nous faisant passer des nuits au commissariat et en nous faisant payer des amendes.



Don't Stop the Street Art - Romano
© Tous droits réservés


L’idée consiste à mettre en avant la contradiction actuelle (l’ordre public qui interdirait à sa propre police de stopper un artiste de rue ou qui interdirait à ses propres agents de propreté d’effacer l’art de rue) de nos relations avec les institutions publiques, dans le sens où d’un côté elles nous passent des commandes et nous soutiennent et de l’autre, la police continue de nous arrêter et les agents de propreté continuent d’effacer notre travail.
C’est une période transitoire de l’art contemporain et plus précisément de l’art urbain (dans quelques années je pense que tout deviendra encadré et 100% légal). En attendant, je continue de subir au quotidien ces contradictions très perturbantes pour mon travail. J’ai besoin de partager ce paradoxe avec les publics et de faire en sorte qu’ils se rendent compte de cette situation exceptionnelle et éphémère pour la faire changer au plus vite.
Il m’est même arrivé de me faire arrêter par les forces de l’ordre alors que je peignais un panneau de signalisation « Don’t stop street art » sur un mur. Je leur ai pourtant expliqué le message de cette œuvre mais rien à faire…trop dommage que je sois seul lors de la réalisation de cette œuvre, sans quoi un collègue aurait pu prendre la scène en photo avec l’œuvre presque terminée sur le mur ! Cette fois-ci pas d’amende, mais j’ai dû aller repeindre en gris le mur en question…



Don't Stop the Street Art - Romano
© Tous droits réservés


As-tu d’autres idées ou envies de détournements ?

Oh oui et toujours sur la même thématique, pour rappeler la situation contradictoire dans laquelle nous opérons dans l’espace public. Toujours envie de dénoncer les paradoxes de l’art urbain contemporain.


Don't Clean the Street Art - Romano
© Tous droits réservés


Tu as réalisé l’œuvre « Living together » à partir des vitraux de l’Eglise Saint Merry…
Dans quel contexte as-tu été amené à travailler sur ce projet ?

Nous avons été sollicités pour participer à une exposition collective dans l’église mais j’avais un lien avec ce lieu et j’avais apprécié plusieurs évènements culturels qui mettaient l’accent sur la diversité. Cela faisait donc sens pour moi que de m’exprimer en ce lieu.
Il se trouve aussi que je fréquentais beaucoup ce quartier et y appréciais la joie de vivre ensemble.
J’ai donc choisi de réaliser une fresque de 20m par 8m qui célébrait la rencontre entre deux habitants du quartier et qui mettait en scène plusieurs habitants qui célébraient cette rencontre.


Refugees Welcome Église Saint Merry - Romano
© Tous droits réservés


J’ai choisi de réaliser cette œuvre en vitrail trompe-l’œil car j’ai toujours été très attiré par les vitraux quand j’étais petit et que j’étais obligé de passer de longues heures ennuyeuses à l’église. J’ai eu ce plaisir de me réapproprier le vitrail, me permettant de sacraliser la thématique abordée.
J’ai tout d’abord réalisé l’œuvre moyen format sur toile à la peinture à l’huile (plus de 450 heures de travail à la main) puis j’ai imprimé cette peinture sur une bâche de 20m par 8m accrochée en trompe l’œil à l’intérieur de l’église.
J’ai aussi réalisé de nombreux collages dans les rues présentant cette même rencontre (plus d’infos ICI).


Refugees Welcome Église Saint Merry - Romano
© Tous droits réservés


Comment as-tu réussi à créer la passerelle entre le classicisme des vitraux et tes sujets résolument modernes ?

Mon style artistique relève clairement de la rencontre entre art classique et Pop Art.
Il faisait sens pour moi que de m’intéresser au vitrail classique de la Renaissance (inspiration antique se retrouvant dans les détails décoratifs ou dans les drapés des vêtements) et d’y intégrer des objets pop art (comme le parapluie) et des protagonistes modernes, issus de la diversité présente dans les grandes villes des temps modernes.


Peux-tu nous en dire plus sur le ressenti/message que tu souhaites transmettre ?

Le message est clair : mettre la lumière sur la joie de vivre ensemble dans la diversité. Le choix du vitrail permet d’élever au rang de divinité la rencontre humaine et le vivre ensemble. En bas de l’œuvre la rencontre a lieu puis elle est célébrée par tous les habitants du quartier.



Refugees Welcome Église Saint Merry - Romano
© Tous droits réservés 


Comment cette œuvre a-t-elle été accueillie par l’église… et par le public ?

J’ai été bouleversé par l’ouverture d’esprit du curé qui dirige cette église, qui est très sensible à l’art, et qui souhaite que ce lieu soit gravé dans la modernité et l’expression libre des artistes contemporains.
Le public a très bien reçu l’œuvre. Deux exemples à citer :
Le premier est celui d’un homme de soixante ans qui m’a fait la réflexion suivante :
« C’est la première fois de ma vie que je vois une œuvre exposée dans une église qui met en scène un homme noir ! Vous vous rendez compte, il a fallu que j’attende soixante ans alors que j’ai toujours vécu dans des quartiers cosmopolites et que l’église doit refléter notre société »
Le second, c’est le curé qui m’a appelé un jour pour me raconter qu’une famille du quartier avait souhaité que leur cérémonie d’enterrement d’un des membres de la famille se déroule juste devant l’œuvre monumentale, car ils l’avaient beaucoup aimé et souhaitaient que la joie de vivre soit célébrée au moment de l’enterrement ».
J’ai été très touché par ces deux retours du public.


Refugees Welcome Église Saint Merry - Romano
© Tous droits réservés



Tu as réalisé l’œuvre « Meeting in the street under an umbrella ».
Ce travail fait écho aux fresques de couples avec les parapluies, réalisées avec "LEMOUVEMENT"…
Peux-tu nous en dire plus sur cette œuvre et comment elle s’inscrit dans ton univers créatif ?

Avec Riks et Tiez nous réalisons une œuvre depuis cinq ans qui se nomme « Parapluies » et qui met la lumière sur de belles rencontres issues de la diversité dans les grandes mégalopoles mondiales. Actuellement, plus de 1500 œuvres sont collées, et elles sont toujours aux murs aujourd’hui.
Sur toile, j’ai voulu mettre en avant ce travail, et notamment la dimension éphémère des collages qui subit l’interaction des publics, des autres artistes de rue et des intempéries naturelles.
J’ai voulu réaliser une peinture qui montre comment le collage peut faire corps, même après avoir vécu, avec sa toile (en l’occurrence le mur) saturée de graffiti.






La dimension abstraite du fond est importante. L’idée n’est pas de passer un message « d’égotrip », en donnant la possibilité au spectateur de lire le graffiti en fond, mais simplement d’en extraire un extrait visuel afin d’illustrer à la fois le chaos, la chaleur et la joie de vivre de la rue.
Le collage a été déchiré par mes soins (pour une fois pas par les autres) et l’objectif était de « soulever la beauté de la ruine » comme disait Georges Pompidou.
Le message global de l’œuvre est simple et clair : la beauté d’une rencontre urbaine sous un parapluie.
L’idée est que le passage de la rue à la toile fasse sens, en permettant à l’éphémère de s’immortaliser.




Quels sont tes projets et envies pour la suite ?

Je termine actuellement ma plus grande fresque sur le centre de migrants à Porte de la Chapelle, pour mettre en lumière les belles rencontres qui y existent entre les migrants et les bénévoles accueillants.
Je vais peindre un tramway de Hong Kong pendant l’Art Basel en mars (performance car mes galeristes vont acquérir un espace normalement réservé à la publicité) pour que je puisse passer un message anticapitaliste intelligent dans la capitale mondiale du capitalisme. Ce sera la rencontre entre le dragon traditionnaliste chinois et les hommes d’affaires modernes présents dans la ville.
J’ai d’autres projets de grandes fresques sur des immeubles parisiens et je continue de rechercher les belles rencontres pour mettre la lumière dessus, pour faire prendre conscience au grand public du besoin de joie de vivre ensemble et du positivisme.




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  • Alice Nicolas
    (hôte)
    • 2018-02-16 15:08:29
    • 1 603 views
  • Tags - #paris #street art #art contemporain #Collages #pop art #art de la rue #art urbain #urban art #Romano #Lemouvement Paris #artiste contemporain #art antique #couples #parapluie
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