Interview du photographe - vidéaste frenchie Fred Mortagne, qui sublime le skate !

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Fred Mortagne aka French Fred, est le photographe et réalisateur français incontournable et très respecté dans le monde du skate. Depuis plus de 30 ans, il met en lumière ce sport extrême. Ses vidéos et photos noir et blanc d'une géométrie parfaite mettent en valeur avec beaucoup d'esthétisme les tricks et les skaters du monde entier... Interview coup de coeur d'un artiste passionné, au parcours atypique !


Fred Mortagne © Tous droits réservés


Quand avez-vous chopé le virus de la planche à roulettes ? A quel moment avez-vous commencé à filmer et à photographier le skate ?
Oui c’est un vrai virus ! Il m’est tombé dessus il y a 35 ans - à l’âge de 8 ans - et c’est incurable ! 
J’étais vraiment passionné des vidéos de skate qui nous venaient des USA et j’ai eu envie de faire pareil. Comme j’ai vite compris que je n’avais pas le niveau suffisant pour devenir pro - rêve de tout skater - je me suis dit que faire des vidéos était peut-être un bon moyen pour rester le plus longtemps possible dans le milieu.
A ce moment-là, rien d’autre ne m’intéressait et on peut dire que j’étais même complètement paumé... En plus à l’époque, quasi personne en Europe ne réalisait de vidéos.
J’étais le premier et ça allait permettre de soutenir et mettre en avant les scènes françaises et européennes. La photographie est arrivée plus tard, en complémentarité de mon travail (à plein temps) de vidéaste.


Charles Collet © Fred Mortagne 

Brasilia © Fred Mortagne
 

Plusieurs réalisations, comme la vidéo Bon appétit (réalisée pour la (feu) marque lyonnaise Cliché) ont contribué à votre professionnalisation et reconnaissance internationale.
Pouvez-vous nous en dire plus sur les rencontres/collabs qui ont joué un rôle crucial dans votre parcours (shops, sponsors, ou riders comme Ali Boulala par ex…).
Tout s’est fait par étapes. J’ai commencé à faire des vidéos sur la scène lyonnaise : 3 différentes entre ‘94 et ‘96. Entre temps, j’ai montré ces vidéos à 411, un vidéo magazine américain, sur support VHS. Ils m’ont demandé de couvrir la scène européenne. Cela m’a permis de rencontrer plein de monde.
Puis, j’ai rencontré le boss de Etnies basé en Californie, le français Pierre-André Sénizergues. Je sollicitais un soutient pour un projet vidéo personnel : “Greetings From Europe”. Cette rencontre à été déterminante. 
En effet, la marque És – une division plus pointue et avancée de Etnies, composée d’une team de meilleurs skaters de la planète – avait pour projet de faire sa première vidéo. Le vidéaste qui était prévu pour ce projet n’a pas pu être disponible… et je me suis retrouvé au bon endroit au bon moment. J’ai réussi à les convaincre que je pouvais gérer ce gros projet, j’étais sur-motivé !


Je savais que ce projet caller changer la donne à tous les niveaux. C’était le cas avec la vidéo "Menikmati" qui est sortie en 2000. Ce projet m’a permis de m’établir comme réalisateur de vidéos de skate.
J’ai donc enchainé sur un autre projet déterminant : la “Sorry” pour Flip Skateboards (2002), vidéos dont les gens me parlent toujours 16 ans après… 
Comme je n’aimais pas la vie en Californie, j’ai ensuite décidé de rentrer à Lyon, sans projets. Ma bonne étoile à fait en sorte que je travaille avec Cliché et nous avons sorti la “Bon Appétit” (2003). Ces 3 premières vidéos ont fait toute ma réputation.
Avoir la chance de travailler avec les meilleurs skaters du monde est certainement un grand privilège.
Je savais qu’en travaillant dur, avec du budget pour voyager et aller skater sur les meilleurs spots… le résultat ne pouvait être qu’exceptionnel. Il fallait de mon côté, assurer un maximum avec le filming, le montage et la réalisation.


Ethan Loy Kickflip, Santa Ana California © Fred Mortagne
Geoff Rowley, Long Beach California © Fred Mortagne


La vidéo et la photo sont des disciplines liées et différentes à la fois. L'une capte le mouvement ; l'autre fige…Qu’est-ce qui vous a donné envie d’explorer votre potentiel photographique ? Comment vous décrirez votre pratique photographique ? Comment parvienez-vous à créer une passerelle entre la technique photo et la performance des skateurs ?
La photo est vraiment venue en complémentarité de la vidéo, pour pouvoir exprimer des choses plus personnelles. Elle m’a permis de trouver un équilibre avec mon travail vidéo à but commercial pour des marques de skate. 
En effet, avec la photo je pouvais prendre le contre pied de tout cela et créer une opposition, à tous les niveaux : le N&B, l’élargissement du cadre en laissant le fisheye dans le sac, les tricks plus faciles mais plus universels…
Mes vidéos étaient forcément rattachées à une époque, alors avec la photo j’ai cherché à créer quelque chose d’intemporel, qui pourrait traverser les époques, ne pas se démoder ou mal vieillir… 
J’ai toujours aimé les deux pratiques qui permettent d’exprimer des choses différentes, bien qu’actuellement je favorise beaucoup plus la photographie. Je l’ai pratiquée de manière vraiment secondaire pendant très longtemps. Maintenant j’inverse la vapeur. Je garde la vidéo en bonus.


Selon vous, qu’est-ce vos photos permettent d’exprimer - explorer - mettre en lumière ?
Elles permettent une approche du skateboard bien plus universelle. J’ai toujours cherché à rendre accessible l’intérêt pour le skateboard, même si on ne le pratique pas. Le skate est l’amour de ma vie, il m’a tant apporté. Depuis peu, je comprends bien mieux mon envie de le partager avec le monde. 
Le skateboard est une activité unique, qui apporte énormément aux individus. C’est une forme d’éducation, qui s’est avérée pour moi extrêmement plus efficace que l’école (qui me déconnectait de moi-même plus qu’autre chose).
Faire la promotion du skateboard, à ma façon, avec une approche décalée, exultant la créativité et la sensibilité émanant du skate, m’est indispensable. Je suis content de contribuer à changer les regards sur le skate. 
Depuis quelques années, je ressens vraiment un changement. Le skate est devenu cool, il est bien plus scruté, apprécié et respecté. Il y a beaucoup de choses importantes, intéressantes et positives à comprendre sur ce qu’il représente d’un point de vue sociologique.


Javier Mendizabal, Dead Sea © Fred Mortagne 
Lisbon © Fred Mortagne
 

« Californian flume » fait partie d’une de vos photos phares. Quel a été le contexte de prise de vue, l’histoire de ce cliché ?
J’ai attendu 3 ans avant d’enfin pouvoir me rende sur ce spot, situé en Californie, loin de tout. J’avais vu différents aperçus et j’étais curieux de voir ce que je pouvais créer comme image dans un tel endroit. 
Quand l’occasion s’est présentée, j’ai fait en sorte de pouvoir rassembler les bonnes conditions. Pouvoir s’y rendre avec les bons skaters, au bon moment, pour la lumière.
Au final je n’ai eu qu’une fenêtre de 2 heures sur place, alors que j’aurais aimé pouvoir rester une journée entière… mais tous les ingrédients étaient réunis pour que cette image devienne réalité. Ce n’est pas un spot de skate parfait, c’est même très limité pour faire des tricks. Un simple ollie me suffisait pour créer une image très forte. 
J’ai eu l’occasion d’y retourner 2 après-midis consécutives cette année. Mais c’était nettement moins bien. La lumière n’était pas aussi intéressante, et de toute façon le spot était plein d’eau et de boue ! La première fois était la bonne.

 
Brandon Westgate, Californian Flume © Fred Mortagne 
Madars Apse, Switch Flip © Fred Mortagne


Quel matériel photo et vidéo utilisez-vous ? Pouvez-vous nous en dire plus sur la post-prod ?
J’ai shooté en argentique pendant 12 ans. Puis, en 2013, une relation assez privilégiée a débuté avec la marque prestigieuse Leica. Depuis je shoote avec leurs appareils numériques. Principalement avec le M Monochrom que j’adore et qui me convient parfaitement. La particularité de cet appareil : bien que numérique, il ne shoote qu’en noir et blanc ! Il me. Bien que je shootais déjà en noir et blanc à 90%, ne plus avoir le choix m’a permis encore plus de me focaliser sur cette esthétique.
Pour la post-prod, j’utilise Lightroom. Cependant je ne fais pas un gros travail d’editing en général. Les fichiers bruts produits par le M Monochrom sont déjà assez bluffants !


Milan, Italie © Fred Mortagne 
Fred Mortagne © Tous droits réservés


Vous saisissez ou filmez les moments sur le vif ou tout est prévu à l’avance ? Ça vous arrive de demander aux riders de réaliser un trick en particulier ?

C’est généralement moi qui demande l’exécution de certains tricks aux skaters. Il y a forcément une part de spontanéité dans le skate, mais pour la majorité de mes images, mon travail est quand même planifié.
Quand je repère un spot, je visualise le trick qui serait le plus approprié et de là, je détermine quel serait le bon skater.
Faire du repérage constitue une grande partie de mon travail. J’aime aussi beaucoup partir en trip, se laisser aller porter par le flow…. et il y a toujours d’excellentes surprises qui ne seraient jamais arrivées autrement. Néanmoins, même pour les trips, j’essaye quand même de faire un petit repérage virtuel au préalable.
 
Si je vous dis 25 stairs, qu’est-ce que ça vous évoque ?
Oh je les vois souvent car elles se trouvent à 10 minutes de chez moi. C’est plus un faux spot qu’autre chose, puisque seulement 2 skaters s’y sont frottés… haha ! C’est aussi un endroit où j’ai vécu des niveaux de stress vraiment important… C’est toujours flippant de filmer un skater qui se jette sur les plus grosses marches de toute l’histoire du skate. Mes images vidéos étaient un peu tremblantes, j’ai du appliquer un filtre de stabilisation (véridique) et j’espère ne plus jamais filmer là-bas..!


Attraper au Vol © Fred Mortagne
Attraper au Vol © Fred Mortagne


On peut retrouver tout votre travail dans votre premier livre Attrapé au Vol.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer l'ouvrage et comment a-t-il été accueilli par les riders et le public ?
Le feedback est incroyable, même 2 ans après sa sortie. C’est vraiment plaisant de voir à quel point le public apprécie mon travail. J’ai attendu longtemps avant de faire un premier ouvrage comme celui-ci.
En fait j’attendais le bon moment, les bonnes conditions. Quand mon ami Thomas Campbell m’a proposé de le publier, je savais pourquoi j’avais attendu aussi longtemps… et j’ai dit oui tout de suite.
La première édition s’est épuisée en 4 mois, alors que nous pensions avoir du stock pour au moins 3 ans ! Nous avons fait un retirage pour que le stock ne s’épuise jamais, mais rebelote, une 3ème édition semble inévitable. 


Ca fait près de 30 ans que vous photographiez et filmez le skate. Vous ne vous en êtes jamais lassé ?
Le virus ne passe pas, malgré les années qui, elles, défilent ! Déjà, ce que l’on ne savait pas avant (on pensait même le contraire), c’est qu’en réalité il n’y a pas de limite d’âge pour skater ! Plus je vieillis, plus le skateboard fait sens pour moi, pour ce qu’il m’a apporté. Comme je le disais, il m’a donné bien plus que toute mon éducation classique et scolaire. Donc je ne m’en lasse pas, voire je me sens suis toujours plus attaché…
Côté photo, j’ai quand même besoin de me renouveler, de ne pas photographier que du skate, tout en restant fidèle à mon style bien distinct. Je peux maintenant l’appliquer à n’importe quel sujet… et tout un nouveau monde s’ouvre devant moi ! Je suis vraiment devenu un passionné de la photographie et c’est très excitant.
 
Quel est le meilleur spot pour skater et/ou shooter ?
Y-a-t-il un spot où vous souhaiteriez particulièrement skater/shooter ?
Je n’ai jamais de préférences et il y a encore tellement d’endroits où j’aimerais pouvoir amener des skaters… c’est sans fin. Pour cette raison le skate est génial ! Il n’a pas de limite, il s’adapte tout le temps et sait se renouveler.
En 1992 était sortie la vidéo Plan B “Questionable”, qui était une véritable révolution au niveau du skate…
Bien naïf, je me disais que le niveau était tellement incroyable, que le skate ne pourrait plus progresser, qu’il atteignait forcément une limite. A final… 26 ans plus tard, le skate est plus créatif que jamais : il ne cesse de progresser progresse en étant toujours aussi fun !


Ali Boulala, Lyon © Fred Mortagne 
Copenhague © Fred Mortagne
 

Comment vos récentes collaborations avec Hermès et Leica se sont-elles organisées ?
Hermès sont venus à moi en découvrant mon travail à travers une vidéo réalisée pour Leica.
Pour Leica, le processus collaboratif est vraiment différent, mais il correspond à la logique que j’ai appliquée à mon travail photographique. En effet, il s’agit de créer un travail constant et hautement qualitatif sur du long terme, sans jamais compromettre mon style.
En 2007, j’avais gagné le concours photo Redbull Illume. Pour la 3ème édition en 2013, Leica étaient partenaires. On m’a proposé de shooter temporairement avec le M Monochrom. En 3 mois, j’ai shooté le plus possible, pour avoir beaucoup de matière à montrer à Leica qui ont été séduits. Ainsi, ce qui devait n’être que temporaire, se prolonge depuis et notre relation en cesse de grandir et de se renforcer.


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