Des témoignages poignants mis en lumière dans le spectacle Lettres Sans Abri

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"La rue ça te bouffe, c'est un tourbillon, et parfois tu en ressors jamais..."
Quatre témoignages recueillis à Paris, Marseille, Lille. Des lettres, des discussions autour d'un café, sur un trottoir ou sur un banc. Quatre récits de vie, quatre destins bouleversés de personnes forcées à vivre dans la rue. Quatre quotidiens de sans-abri, écrits avec ceux qui y vivent. Quatre parcours, deux femmes, deux hommes, mais une envie commune : Se battre.
Deux comédiens dans une mise en scène originale nous racontent ces récits poignants, mêlant larmes et espoirs...
La rue est un monde hostile et total, il n'y a pas de répit... tout comme le spectacle, à découvrir le 30 novembre à Orléans et en mars 2019 à Paris.

Rencontre avec Achille Jourdain, metteur en scène et comédien.

 BILLETERIE - 30/11 à Orléans

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30 novembre à Orléans - EVENEMENT FACEBOOK
... 20 mars 2019 à Paris

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"Lettres Sans Abri" le 20/03/2019 au TOTEM


Comment avez-vous été amené à aller à la rencontre des sans-abri ?
Que cherchiez-vous à comprendre, quand vous avez démarré ces premières rencontres ?

Mes rencontres avec les sans-abri ont commencé en janvier 2018. C’était juste après l’annonce des médias sur la mise en application du plan grand froid. Ce jour-là, les journalistes décrivaient les plus démunis comme des invisibles. Or, les silhouettes que je croise tous les jours dans mon quartier, sont bel et bien visibles… Les sans-abri ne sont pas des fantômes, bien qu’on les croise parfois sans jeter le moindre regard.
C’est ainsi qu’il m’a semblé nécessaire d’aller voir ces personnes, de discuter, de comprendre et surtout de saisir le point de rupture.

 

Comment ces rencontres se sont-elles déroulées ? Avez-vous essuyé des refus ?

Au départ, j’étais inquiet à l’idée de rencontrer les sans-abri. J’y allais un peu sans espoir et sans le souci d’obtenir quelque chose. C’était vraiment pour discuter avec eux, essayer de comprendre. Aussi, comme il n’était pas question d’écrire quoique ce soit à partir de ces rencontres, je les approchais de manière assez simple.
J’ai discuté avec 16 personnes et j’ai essuyé un seul refus (à la fin de mes rencontres d’ailleurs). Je pense que c’est à ce moment-là que je me suis rendu compte que la première difficulté dans la rue, c’est le manque de contact humain.

 

Des témoignages qui vous ont particulièrement marqué ?

Ça serait difficile à dire. La pièce n’est pas seulement sur les sans-abri. Cela parle avant tout des hommes et des femmes. Tout l’intérêt du spectacle réside dans le fait que c’est que chacun peut s’identifier. Ce sont des témoignages mis en scène qui sont proches de nous, qui peuvent toucher et parfois mettre mal à l’aise….
Si je devais néanmoins en choisir une, ce serait le témoignage d’un jeune garçon de mon âge qui avait eu une petite fille et qui avait passé plusieurs séjours en prison pour violences. Aujourd’hui, il dort dans un parking. En discutant, je me suis rendu compte qu’on avait la même enfance et que, du jour au lendemain, tout pouvait vaciller. Cette rencontre m’a tellement bouleversé, que je n’en ai pas fait état dans le spectacle.


Lettres sans abri © Tous droits réservés 


Que représente l’aspect épistolaire évoqué dans le titre du spectacle ?
Pourquoi ces témoignages ont-ils pris la forme d’un spectacle, plutôt que d’un film ou d’un livre ?

Le titre n’est pas ce qui a pris le plus de temps. Lorsque j’ai pensé au projet, j’avais un cahier sur lequel j’écrivais les témoignages. Dessus, j’avais écrit « Lettres de sans-abri ».
Rapidement, le de a disparu et j’aimais bien, d’un point de vue littéraire, cette idée de correspondance avec les sans-abri. C’est aussi un petit jeu de mot parce ça rappelle « l’être » humain.
Une fois les témoignages réunis et réécrits, quel a été votre mode opératoire pour monter le spectacle ?
Pour la forme, au départ, j’avais tous ces témoignages et en quelque sorte « je ne savais pas quoi en faire ». Rapidement ; j’ai pensé à la réalisation d’un film, mais je ne parvenais pas à choisir un angle. J’ai aussi pensé à un documentaire, mais ce n’est pas quelque chose que je sais faire. Un livre, je n’avais pas la prétention d’écrire assez bien pour chercher ensuite un éditeur…
Comme je suis étudiant au cours Simon et que je passe mes journées à voir et à jouer du théâtre, il me restait alors ce moyen d’expression.
Je voulais que le public ressente, tous les soirs, ce que j’ai ressenti en direct, lorsque je rencontrais chaque personne. Je voulais trouver le contact unique et direct avec le spectateur, sans qu’un écran n’altère notre proximité…

 

Comment s’est passée la rencontre avec Sandrine Briard ? Pouvez-vous nous parler de votre collaboration ?

La rencontre avec Sandrine était vraiment déterminante sur ce projet. Je l’ai rencontrée sur le tournage d’un film et j’ai été complètement séduit par sa sensibilité, son professionnalisme et surtout sa grande écoute. Par ailleurs, Sandrine est une comédienne professionnelle depuis 30 ans et son jeu est d’une immense justesse. 
Le tournage a eu lieu en février, après mes rencontres et j’avais déjà en germe l’écriture de la pièce. J’ai fait une « erreur énorme », car j’ai commencé l’écriture en pensant à Sandrine. A chaque ligne je pensais à elle, je faisais des croquis de mise en scène et je dessinais le visage de Sandrine sans même avoir son numéro de téléphone et sans avoir si elle allait accepter. Dans le cas contraire, je me retrouvais à devoir travailler avec une autre comédienne pour laquelle je n’avais pas écrit la pièce.
J’ai envoyé un mail à Sandrine et elle a accepté sans avoir demandé de lire les textes et sans parler de la mise en scène. Elle m’a dit « le sujet me touche, on y va » !
A l’époque j’avais 18 ans et j’ai beaucoup aimé le fait qu’elle m’ait suivi sans dire ce que je devais faire. C’était toujours : « ok on fonce, on va au bout de l’idée, on va voir ce que ça donne et on ajustera ». Je pense vraiment que c’est cette confiance qui a permis au projet d’avancer rapidement et dans le bon sens. 


Lettres sans abri © Tous droits réservés 


Comment la dureté de la rue s’exprime-t-elle dans le spectacle ?

Il ne fallait pas tomber dans le voyeurisme malsain. C’est pour cette raison que j’ai décidé de rendre anonyme l’ensemble de mes personnages. J’ai mixé les rencontres et réécrit le texte pour lui donner une dimension fictionnelle. Je n’ai pas fait un spectacle politique ou engagé et il n’est pas question d’aller chercher les pleurs dans le public.
Je pose en quelque sorte un sujet sur la table, j’ai des arguments, qui sont les textes et il n’y a pas de morale. Je laisse à chacun la possibilité de se faire sa propre interprétation. Il n’y a pas de tentes, pas de sacs de couchage, pas de vêtements salis, de longues barbes, de cheveux longs... La dureté est déjà dans les textes et il n’y pas besoin de l’amplifier davantage.

 

Justement, qu’est-ce que cette dimension chorégraphique apporte au spectacle ?

C’est quelque chose qui m’a particulièrement marqué. A la fin de chaque discussion, tous avaient un geste ; ceux avec qui je discutais debout s’asseyaient subitement, les fumeurs allumaient une cigarette, certains lâchaient un grand soupir… ou des larmes leur montaient aux yeux.
Je me suis dit qu’il y avait une forme d’épanouissement dans la parole et j’ai décidé qu’à la fin de chaque témoignage, il allait y avoir une musique et une chorégraphie qui illustrerait la manière de souffler après s’être livré. Par ailleurs, dans le spectacle, les chorégraphies accentuent l’aspect noble et la beauté des personnages.

 

A qui doit-on la composition musicale ?

A Eugène qui a créé la BO sur ordinateur. C’est un gars exceptionnel, qui fait beaucoup de choses.
Après avoir lu les textes, je lui ai laissé carte blanche et c’était très intéressant de voir son travail sur les textes….

 

Hugo Raffoul de Comarmond vous a accompagné pendant la création, comment s’est déroulée votre collaboration ?

La difficulté dans le projet était de ne pas tomber dans les clichés. Souvent, dans la culture populaire, le sans-abri est moqué caricaturé. C’est celui qui s’invite au repas du réveillon, qui est alcoolisé, qui devient l’Auguste des comédies modernes. Auprès des personnes que j’ai rencontrées, je n’ai pas du tout retrouvé ce cliché véhiculé dans la culture populaire. Elles n’étaient pas avinées, elles étaient tout à fait « normales » et parfois propres sur elles.
J’ai connu Hugo sur un tournage. C’est le genre de personne très débrouillarde et c’était très intéressant de travailler avec lui, quand il m’assistait. Hugo vient du cinéma et il a su me dire ce qui était faisable ou non, avec un regard plus technique. De plus, contrairement à mon approche très artistique, Hugo était plus terre-à-terre ce qui m’a aidé à avancer dans ce projet.


Lettres sans abri © Tous droits réservés 


Quel message/réaction… souhaitez-vous transmettre/déclencher auprès des spectateurs…?
Dans le cadre de ce spectacle mais aussi dans votre jeu d’acteur en général ?

L’important, c’est d’interpeller, de dégager des émotions - qu’elles soient positives ou négatives. Que ce soit en écrivant ou en jouant, je pense que l’émotion ne se transmet pas qu’avec les larmes. Elle peut aussi se transmettre avec le rire, l’attachement, la sincérité, l’empathie ou la gêne que l’on peut ressentir envers les personnages.
A la sortie du théâtre, une grande partie du public aime justement cette sincérité. Parfois, les personnes n’ont pas lu les articles ou les critiques, elles n’ont pas été informées de la démarche. Comme on dévoile à la fin que le spectacle est inspiré d’histoires vraies, le public est étonné… et la pièce prend une autre tournure.
Le public lève les yeux au ciel et se repasse le spectacle en tête, en se disant que ce n’est pas une fiction.
A ce moment-là il y a un travail fait par le public lui-même. Celui-ci ne passe pas à autre chose, mais réfléchit à ce qu’il vient de voir et de ressentir. C’était exactement ce que je recherchais : le fait qu’il y ait cette deuxième lecture une fois le rideau fermé.

 

Auteur, metteur en scène, comédien quelle est la casquette que vous préférez ?

Personnellement je n’ai pas dissocié le rôle de metteur en scène et le rôle d’auteur. Je suis le seul à avoir rencontré ces personnes. De plus, comme je suis attaché à la mise en scène, il me semble difficile d’écrire sans gérer la suite. Cette pièce est encore toute jeune et j’ai du mal à la voir partir.
Pour ce qui est du jeu, c’est réellement différent. D’ailleurs je fais deux préparations. Tout d’abord une préparation de metteur en scène qui gère toutes les installations des décors avec les techniciens. Puis, je reviens juste avant le spectacle en tant que comédien et je me concentre en passant tout à fait à autre chose.
Si je devais choisir, je pense que le jeu reste un moment à part et qui me tient beaucoup à cœur… que finalement je préfère.


Achille Jourdain © Tous droits réservés 


Au niveau de votre parcours, comment vous avez réussi à allier tout ça pour le spectacle ?

Avant ce spectacle, j’avais surtout fait de l’image ; du cinéma, de la télé, de la pub... Puis il y a deux ans, je suis arrivé au cours Simon. C’est à ce moment-là qu’a eu lieu le déclic pour le milieu de la scène. La première fois que j’ai joué au théâtre sur scène, c’était pour « Lettres sans abri ». C’était à la fois agréable et très intense de jouer pour son propre projet…

 

Quels sont vos envies, projets pour la suite ?

Il y a beaucoup de projets.
Dans un premier temps on a joué pendant 1 mois et demi à Paris et on joue également partout en France depuis septembre. Ensuite, le 20 mars prochain, à l’initiative du maire du 13è arrondissement de Paris – M. Jérôme Coumet - le spectacle sera joué dans la salle du Totem, Place Nationale. C’est une grande salle sublime. La mise en scène va changer et la distribution sera plus large.
Enfin, je continue, en partenariat avec la mairie de Paris, l’écriture dans les recueils sociaux de la ville. Je rencontre encore des sans-abri en vue d’une mise en forme écrite de ces témoignages.
Pour terminer, j’ai un autre projet de pièce mais je m’interdis de trop y penser, j’ai juste l’idée... La priorité reste « Lettres sans abri » qui me tient vraiment à cœur.






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Le 30 novembre à Orléans


  • Alia Euchi
    (hôte)
    • 2018-11-22 14:05:34
    • 952 views
  • Tags - #portraits #théâtre #Spectacle #INTERVIEW #Artist up #Chorégraphie #metteur en scène #artistup #comédien #sans abri #Achille Jourdain #Sandrine Briard #Lettres Sans Abri #théatre d'auteur #témoignages
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