Jeu dangereux dans Fauve, le court métrage de Jérémy Comte

FEATURED

PARTENAIRES

Vous désirez communiquer
sur Artist Up ?

Etablir un partenariat
pour votre évènement ?

Contactez nous !

Chercher une news

Publicité



Sur le site d’une mine à ciel ouvert, deux garçons s’enfoncent dans un jeu de pouvoir malsain, avec la nature pour seul témoin...

Poussé par une passion pour le skateboard, Jérémy Comte réalise son premier court-métrage documentaire «Feel the hill» à l’âge de dix-huit ans. Élevé dans la campagne Montréalaise, cet amoureux de la nature entretient un lien fort avec cette dernière.
A travers ses nombreux voyages, Jérémy Comte développe une reflexion sur la condition humaine et se passionne par les trames narratives psychologiques complexes voir crues.
Son court métrage «Fauve» lauréat de nombreux prix, reflète tout ce qui a pu jalonner le parcours de ce réalisateur très talentueux… Interview !


FAUVE © Alexandre Perreault

FAUVE © Alexandre Perreault


Comment t’es venu le goût pour la prise de vue et à quel moment tu as décidé de passer derrière la caméra ?

Mon désir d’être réalisateur m’est venu à l’âge de 11 ans quand j’étais à l’école primaire. J’ai fait du théâtre et expérimenté la magie de la scène. Ça m’a fasciné mais je savais que je préférais avoir le temps de créer, de ne pas être seulement dans le live.
À partir de ce moment-là, je me suis dit « je veux être derrière à la caméra, je veux créer une œuvre qui soit vraiment personnelle ». En même temps, je faisais beaucoup de skateboard et j’ai un peu combiné ces deux passions. Je me suis acheté une caméra et j’ai commencé à faire des vidéos de skate et ça m’a progressivement amené vers le cinéma.


FAUVE © Daniela Andrade


FAUVE © Daniela Andrade


Quel est ton parcours ?

J’ai étudié à Concordia en Cinéma à Montréal, une superbe université où j’ai fait 3 ans en production de film. Un voyage autour du monde où je suis parti seul pendant 5 mois avec ma caméra, a été très formateur pour moi. J’ai fait un film sur les gens que je rencontrais pour créer du lien entre eux.
Même si on est tous culturellement différent, on est tous profondément humain et on se ressemble tous. Pour moi, ça a été une grande recherche et une grande découverte.
C’est un voyage d’introspection qui m’a beaucoup appris sur moi-même et sur mes désirs au cinéma : mon style, ma vision, de ce qui me plaît plus ou moins… ça m’a beaucoup formé de me jeter comme ça dans l’inconnu.


 FAUVE © Daniela Andrade 

  FAUVE © Daniela Andrade  


Peux-tu nous dire quelques mots sur ton 1er court documentaire « Feel the hill » réalisé à tout juste 18 ans ?

Ça c’est une très bonne question (rires).
Quand j’ai commencé à faire des vidéos de skate, on faisait beaucoup de longboard. On descendait des pentes avec des skates plus longs et plus adaptés, plutôt que de faire des tricks.
Feel the hill, a été mon premier documentaire purement sur le skate. C’est un film où j’avais des entrevues, où j’expérimentais plusieurs disciplines dans le skate et où j’ai fait appel à des professionnels au Québec. J’ai beaucoup appris et cette expérience a été très formatrice.
Puis, grâce à cette vidéo j’ai fait le festival de Banff Mountain Film Festival. Je rêvais d’aller dans ce festival parce que j’adore les films d’aventures qui y sont projetés. 
On a été sélectionné et on a fait un tour de monde. J’ai découvert la vie de festival, la communauté internationale autour des cinéphiles - que ce soit en films d’aventure, de fiction ou documentaire. Une fois Feel the hill réalisé, je me suis alors rapproché du cinéma.


   


Quelles sont tes références cinématographiques, les réalisateurs qui t’inspirent particulièrement ?

Je regarde des films constamment, donc c’est très difficile de mettre le doigt sur un réalisateur en particulier. Je peux dire que le premier qui m’a donné envie de faire du cinéma c’est Fantasia.
Ce film a mis en lumière sur ce que pouvait transmettre le cinéma émotionnellement. J’avais 5 ans et voir des images colorées qui bougent sur une musique orchestrale dans des lieux abstraits, a été puissant pour moi. Tout le reste de ma vie a été influencé par ce rythme et c’est une vision qui me revient très clairement.
Il y a aussi beaucoup de gens qui m’inspirent. Je dirai qu’une des personnes qui me rejoint vraiment profondément dans mon apprentissage c’est Paul Thomas Anderson avec son film There will be blood. Mais il y tellement de réalisateurs qui me passionnent…
Je m’intéresse aux films réalistes et psychologiques, qui, tout en étant crus ont néanmoins une touche de poésie. Ça me fait penser à The Prophet où il y a une violence, mais où on comprend le personnage et ce qui le pousse à tuer. On est capable de se retrouver en tant que spectateur dans le personnage.
Je pense que je suis capable de trouver chez chaque réalisateur quelque chose qui m’inspire. C’est difficile de haïr un film, il y a toujours du positif d’une part ou d’autre. J’ai découvert assez tardivement Bergman ou Tarkovski dans ma carrière.
Quand j’ai vu à quel point leur films étaient complets et originaux et à quel point ils exploraient une poésie frappante, ça m’a beaucoup inspiré. Tarkovski a une forte personnalité et Bergman va directement à l’essentiel et de manière intelligente !
Dernièrement, Ruben Östlunb - qui a réalisé Play, Force majeur ou encore The Square - a exploré les relations familiales et les relations de couple. C’est complètement fascinant la manière dont il arrive à faire d’un petit élément, un élément bouleversant.


  FAUVE © Daniela Andrade  

 FAUVE © Daniela Andrade  


Quel est ton univers artistique : l’esthétique, ainsi que les thèmes qui te passionnent, et que tu souhaites évoquer dans tes films ?

Un des thèmes qui me passionne beaucoup, c’est la rivalité entre hommes, la masculinité toxique mais aussi la confiance. Faire confiance à des étrangers, à des gens qu’on ne connaît pas… c’est un peu ce que j’explore avec mon prochain film.
Ce qui m’inspire, ce sont finalement des scénarios qui paraissent à première vue banals qui, au final, peuvent vite tourner à la tragédie.
J’aime les scénarios qui réussissent à donner l’impression qu’on est dans le plaisir puis, un accident arrive avec une perte de contrôle rapide. Ça fait un peu partie de la vie, de ses hauts de ses bas. 
Dans mes films, je vais plutôt jouer avec le vrai, le cru et le psychologique. Chaque personne a 3 dimensions, dans ses qualités et ses défauts.
Dans Fauve, Tyler a poussé Benjamin dans le sable mouvant mais ce n’était pas intentionnel. Ce sont des enfants. Pour moi, il n’y a pas de héros ou d’antagoniste. Ce sont surtout les circonstances comme dans Fauve qui font qu’un antagoniste est créé.

 



Ton court-métrage Fauve a été récompensé et est lauréat du Prix spécial du Jury au Festival de Film Sundance 2018 et a reçu des récompenses de festivals de cinéma à travers le monde. 
Quelle en est la genèse ? Pourquoi le thème de l’enfance et qu’as-tu souhaité mettre en lumière ?

L’idée vient d’un cauchemar que j’avais fait à environ 8 ans. Je m’imaginais m’enfoncer dans des sables mouvants. Je me souviens dans le bus scolaire, je passais tout le temps à côté de carrières et je m’imaginais ces sables mouvants.
On voyait les sables mouvants à ce moment-là dans des films comme Never Ending story, ou Stand by me. Cette image-là m’est revenue un jour où je courais à la campagne. Tout était boueux et je me suis dit « wow c’est magique, c’est nostalgique » ! Et je me suis souvenu de mon enfance. Ça m’a permis d’explorer le thème de l’enfance à travers cette idée de cauchemar.
J’ai lu un livre sur la psychologie de l’enfance où j’ai appris qu’entre 11 et 12 ans c’est l’âge des métamorphoses les plus intenses. C’est à cet âge-là que tout se passe et le fait que ce drame arrive au protagoniste à ce moment-là, c’est quelque chose qui va le marquer à tout jamais.
Au début le personnage est très fort, presque macho… Vivre ce moment-là, le touche au plus profond de son être. Il vient d’une famille moins éduquée et on comprend qu’il répète probablement les gestes de ses parents. Cette perte d’innocence va l’amener à plus se découvrir lui-même, parce que c’est la première fois où il devient vulnérable…


  FAUVE © Daniela Andrade  

FAUVE © Daniela Andrade  


Comment s’est passée la direction des acteurs ?

Les garçons n’ont jamais joué auparavant. On a fait un casting à Montréal puis, on s’est rendu compte qu’on voulait des jeunes de la région où on allait tourner. On a fait un appel aux écoles primaires de la région et on a rencontré 50 personnes.
La rencontre avec Alexandre Perrault et son meilleur ami a été pour nous un vrai coup de foudre. Il y avait une transparence, une honnêteté et un désir d’apprendre. Avant de tourner, on a beaucoup travaillé ensemble lors des répétitions et on les a laissé découvrir le lieu.
Ça a été très organique, on a laissé place à l’improvisation aussi parce que ces garçons étaient les mieux placées pour écrire sur l’enfance. Ils m’ont aidé à réécrire des dialogues pour que le film soit plus naturel, plus réaliste... Ça a été facile et on est devenus amis.


  FAUVE © Daniela Andrade  

 FAUVE © Daniela Andrade  


Comment s’est opéré le choix de décor ?

Je suis allé sur Google Map en cherchant des mines dans une région que je connaissais. À partir de là, j’ai fait un plan et on est allé voir avec mes producteurs… c’est comme ça qu’on a trouvé notre mine. C’est la dernière qu’on a vue. On a d’ailleurs failli ne pas aller la voir et aller jusqu’au bout nous a permis de trouver ce lieu magnifique.
De plus, les trains abandonnés ont poussé le film à un autre niveau (parce que je m’imaginais ramener des vielles voitures). C’était vraiment le lieu parfait pour que les enfants jouent. Un cadeau du ciel.


  FAUVE © Daniela Andrade  

 FAUVE © Daniela Andrade  

 

Tu as grandi à la campagne, quel est ton rapport à la nature ? Dans ce film la nature reprend-t-elle, d’une certaine manière, ses droits ?

Je passais moi-même mon temps à explorer les bois avec un ami et on pouvait passer notre journée à s’enfoncer dans les bois sans jamais savoir où on allait. Maintenant je m’aperçois que c’était quand même assez dangereux.
J’ai effectivement grandi dans la nature et c’est pour ça qu’elle me fascine autant. En tant qu’humain, on a tendance à se penser supérieur à tout ce qui nous entoure. On oublie qu’au bout du compte on est des animaux.
La nature est incontrôlable, elle peut être notre antagoniste comme notre allié. J’essaie d’exprimer ces deux côtes au début et à la fin du film. C’est devenu quelque chose de très personnel finalement. Il y a cependant un côté surréel un peu mystique et le cinéma est une porte qui nous permet d’aller à cet endroit...


FAUVE © Alexandre Perreault

FAUVE © Alexandre Perreault


Tu sembles privilégier la prise de vue en « caméra portée » ou « caméra à l’épaule ». Quelle narration cela apporte à ton travail ?

J’aime beaucoup d’avoir un mix, de ne pas me limiter à un seul mouvement de caméra. Dans le début du film, je voulais vraiment être avec la caméra épaule car je voulais amener une liberté à l’enfance.
Je tenais à tourner en été pour instaurer un climat de confiance. C’est plaisant et apporte du contraste avec la lourdeur de la rivalité des garçons.
Dans cette perspective, je voulais amener la caméra assez basse parce qu’un adulte est trop grand pour suivre les enfants et on a eu un outil spécial pour ça. Au moment où la tragédie survient, la caméra se stabilise en trépied et n’a presque plus de mouvement. Elle devient plus rigide c’est presque inconscient finalement.
J’adore les contrastes pour amener un impact, dramatiser une situation... On a aussi utilisé une grue. Son aspect vertigineux amène un impact et donne l’impression d’écraser le protagoniste.

 

FAUVE © Daniela Andrade  

  FAUVE © Daniela Andrade  

 

Quels sont tes prochains projets ? Penses-tu à passer au long-métrage ? Des envies particulières ?

Cela fait maintenant 3 ans que je co-écris un long métrage avec un scénariste et réalisateur ghanéen. Il met en parallèle deux jeunes hommes - un au Québec et un au Ghana - qui vivent chacun des difficultés dans leur pays. J’y vais beaucoup en ce moment pour visiter, comprendre être en immersion. J’ai hâte de pouvoir en dire plus mais il faut attendre que cela avance…


 FAUVE © Daniela Andrade 


Suivez Jérémy Comte :

Site 
Instagram


Plus d'infos sur le film Fauve :

Site
Page Facebook

  • Alia Euchi
    (hôte)
    • 2018-12-06 11:14:16
    • 530 views
  • Tags - #video #film #train #court métrage #long metrage #audiovisuel #nature #videaste #INTERVIEW #Artist up #monteur #scénariste #artistup #enfance #Québec #fauve #Staff Pick #Jeremy Comte #Feel the Hill #carrière #sable #interview video
  • Ajouter aux favoris

Photos

PLUS D'ARTICLES ICI