Les coulisses des covers du rap français avec Koria

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Derrière les pochettes d'album du rap français se cache Koria... Photographe, graphiste et directeur artistique, il est à l'origine des pochettes de Niska, JUL, SCH, Médine, Sopico, et bien d'autres.
Koria commencé a shooter le rap français il y a près de dix ans et a photographié des rappeurs français tels que Nekfeu ou Disiz, mais aussi des artistes internationaux (Wiz Khalifa, Mac Miller...). 
Après avoir débuté avec travaux réalisés pour des petits labels, il s’est imposé comme l’un des acteurs incontournables du milieu rap en France. Rencontre avec un artiste multi facettes...



Koria © Tous droits réservés


Quel a été ton parcours et qu’est-ce qui t’as mené sur cette voie créative entre photographie et graphisme ?

Je crois que j’ai toujours dessiné. J’adorais les affiches de films, les pubs de marques de chaussures comme Nike ou Adidas…j’avais crée un personnage de BD. 
Quand j’ai commencé l’option arts plastiques au collège, mes potes trouvaient ça relou, mais moi… j’ai kiffé. Après ça, j’ai voulu poursuivre dans cette voie et j’ai fait un lycée général option arts plastiques. Bien que cette option me plaisait, pour moi la peinture et le dessin étaient trop présents. Je voulais découvrir davantage l’aspect numérique, apprendre à utiliser vraiment les logiciels comme Photoshop, et créer sur un écran. 
C’est donc après le lycée que j’ai intégré une école de communication visuelle pour devenir graphiste. J’ai eu ce fameux diplôme et je me suis mis à la photo environ 2-3 ans après. 
Je ne voulais vraiment pas faire de photo à l’époque. Cette matière ne m’attirait pas particulièrement et, notre prof était très à l’ancienne dans sa façon d’apprendre la photo (l’argentique), tandis que l’ère du numérique était en plein essor.
Je m’y suis mis bien plus tard. Ca a commencé avec le travail des pochettes cd, parce que les photos qu’on me donnait ne correspondaient pas vraiment à ma vision du projet. J’ai donc commencé à faire mes propres photos… et quand tu commences à shooter des artistes, tu prends goût tout naturellement.


Nekfeu © Koria

Disiz © Koria


Quel a été ton premier projet marquant ? 
Comment a t’il vu le jour et quel souvenir en gardes-tu ?

En réalité il y en a deux. Il ne s’agit pas tant de projets marquants, mais ce sont mes premiers projets en maison de disque, où on a commencé à me faire confiance.
Avant, je travaillais avec les indépendants et quand une major t’appelle pour bosser sur une pochette, tu te dis que ça valait le coup de persévérer. 
À l’époque, c’était deux pochettes : El Matador avec son album « Parti de rien » chez Warenr, qui avait un buzz énorme, et les Nèg’ Marrons, groupe emblématique, avec leur album « Les Liens Sacrés ». C’était cool, c’est des projets où tu commences à avoir des budgets plus importants et ça rassure aussi. C’était au même moment où je commençais à me dire « Est-ce que je me lance vraiment à 100% ? Est-ce que c’est viable professionnellement ? ».
Et puis après, t’as toute la « lumière » qui va avec. C’est des pochettes qui ont été vues et revues, ton nom il tourne de plus en plus, alors c’est comme un premier tournant.


El Matador © Koria

Nèg' Marrons © Koria


Tu crées les pochettes d’album d’artistes de grande renommée comme Médine, SCH, Hayce Lemsi ou Niska.
Quelles sont les étapes clés pour la réalisation de covers d’album ? 
Travailles-tu selon les directives de l’artiste, quelle est ta marge de manœuvre ?

C’est vrai que ça se passe toujours à peu près de la même manière. 
Il y a un premier rendez-vous avec l’artiste ou la maison de disque, même si en général j’essaye de rencontrer l’artiste quoi qu’il arrive, et ensuite c’est en fonction du brief. 
Parfois on va juste me donner le nom de l’album et on va me dire que j’ai carte blanche. Dans ce cas-là, ce n’est pas forcément simple. 
D’autres fois c’est un vrai échange avec l’artiste qui a déjà ses idées et connaît la direction qu’il souhaite donner. Avec mon expérience je viens cadrer le tout et apporter mes directions. 
Une fois que l’idée a été validée, direction shooting photo. 
Ensuite c’est toute la phase de sélection des photos et retouches.
Enfin, la phase « graphisme » donc l’élaboration de la pochette d’album, du livret et rendu de tous les fichiers pour que ça parte en fabrication.… C’est un peu le schéma habituel.


SCH © Koria

Hayce Lemsi © Koria

Combien de propositions réalises-tu en général avant d’arriver au résultat final ?

En général, on sait déjà sur quelle photo partir et les variantes vont se jouer au niveau de la typo et du logo. Mais la plupart du temps, j’envoie une première version qui est souvent validée. C’est le but en tout cas, de pouvoir réduire le temps. En effet, aujourd’hui tout se fait très vite et il faut savoir être très réactif. 
Parfois, un projet doit être rendu en 15 jours voire moins… Il faut donc aller vite à l’essentiel. Je ne fais jamais « 30 propositions » différentes, c’est très rare.


Deen Burbigo © Koria

Kalash © Koria

Tu as photographié beaucoup d’autres artistes rap (Nekfeu, Seth Gueko, Disiz, Sopico…).
Pourquoi le hip-hop et le rap ? Est-ce par affinité personnelle ou as-tu commencé à travailler avec des artistes rap par hasard ?

Oui, j’ai grandi avec le rap. Je devais avoir 12 ans quand j’ai commencé à en écouter, et ça a été une évidence. C’est-à-dire que je n’ai écouté que ça à partir de ce moment-là… encore aujourd’hui, j’ai beaucoup de mal à écouter autre chose. 
Le jour où j’ai compris que je pouvais allier la photo, l’image et le graphisme au rap, dans ma tête c’était la folie. Dès le début, c’était un but, il fallait absolument que j’y arrive. 
Je n’aurais pas pu faire ce travail dans un autre style musical, car je n’en aurais pas eu spécialement l’envie, ni la motivation.


Seth Gueko © Koria

Sopico © Koria


Qu’est-ce que tu aimes dans le rap, qu’est-ce qui te passionne plus largement dans les esthétiques hip-hop ?

Je pense que j’aime ses codes depuis toujours…. Ils sont tellement ouverts, riches et sans limites. Aujourd’hui, dans le rap, en termes de pochettes, tu peux voir de tout. Par exemple tu peux avoir un Lomepal en travesti sur sa pochette avec un Niska grimé comme s’il allait à la guerre…
Quand je propose des idées, je sais que je peux laisser libre cours à ma créativité, les gens sont prêts. 
Et même au niveau de la musique, tout existe en termes de rap. Tu peux aimer un Lomepal, un Jul… un mec plus hardcore, un mec plus conscient…il y en a pour tous les goûts. 
Aujourd’hui, c’est ce que j’aime le plus : l’éclectisme dans la musique et dans l’image.


Niska © Koria

JUL © Koria

Un souvenir ou une anecdote particulière à nous raconter sur un shooting ou une collab ?

J’en ai trop !  
Avec Médine, sur la dernière pochette de son album « Storyteller ». C’était au port du Havre, sur une grande installation incurvée, il a plu et Médine a glissé et il est tombé. On a vraiment eu peur, mais avec le recul on en rigole. On a eu 30 minutes pour shooter, avant que la police nous dégage.
Après, j’ai plein de bons souvenirs, quand j’étais avec Jul à Marseille, c’était des situations de fou. 


Médine © Koria

JUL © Koria


La plupart de tes photographies sont réalisées avec et pour les artistes rap, mais tu as aussi travaillé dans d’autres esthétiques musicales, comme Florent Pagny par exemple…
Comment choisis-tu les artistes avec lesquels tu collabores ?

Je ne suis pas du tout arrêté sur l’esthétique… par exemple j’ai aussi travaillé avec Keen’V. À partir du moment où ça reste de l’image et qu’il y a quelque chose de cool à faire, j’y vais, je ne me pose pas la question. 
Pour Forent Pagny, il s’agissait d’un travail dans le cadre d’un appel d’offre. On m’avait demandé de pitcher sur la pochette single de Florent Pagny, sans faire de photo, uniquement du graphisme. Mon travail a apparemment bien répondu au brief car ma proposition a été gardée.


© Koria

Keen'V © Koria


Tu travailles majoritairement avec des artistes français, mais tu as aussi photographié par exemple Wiz Khalifa et Mac Miller.
Peux-tu nous en parler ? Comment se sont passées ces collaborations ?

C’est vrai que pendant 2 ou 3 ans, j’ai photographié beaucoup d’artistes américains, via le magazine Da Vibe. Ca a été une très bonne expérience pour moi. 
C’est des contextes très particuliers à chaque fois : Tu fais la queue dans l’hôtel parce que tous les médias passent les uns après les autres. T’as tout ton matos sur toi et en général t’as 5 minutes pour faire les photos… souvent dans les chambres d’hôtel ce qui est loin d’être idéal, mais niveau « apprentissage » c’est parfait. 
Par exemple, quand tu te retrouves face à Wiz Khalifa - tu as la pression et tu te dis que tu n’as pas le droit à l’erreur. Je ne pouvais même pas envisager de rater une photo. C’est à la fois des moments de pression énormes et de super souvenirs…

Pour parler de Wiz Khalifa, la première fois que je l’ai shooté, c’était dans les loges de Canal +. J’ai eu comme instructions : « t’as 1 minute 30 ». Wiz, encore super jeune à l’époque, commence à prendre la pose. Je shoote, shoote, shoote, je lui montre… et il trouve ça mortel. Au final, on a réussi à avoir un peu plus de temps, parce que même lui était content.
Ce qui est fou, c’est que 3-4 ans plus tard, je l’ai re-shooté, pour le même magazine. Je lui avais ramené un petit polaroid des photos que j’avais faites la première fois. Et il me dit « Oh, mais c’était toi qui avais fait ces photos-là ? Je les ai trop kiffées, elles ont tourné partout… ! », il me fait un gros câlin et il me fait « Vas-y viens on refait des photos ». Ça, c’est mortel, c’est un bête de souvenir. 

Mac Miller, je l’ai shooté aussi 2 fois : une première fois en concert et la deuxième fois à Paris, dans un petit jardin d’un hôtel. Très cool Mac Miller, franchement très abordable, simple, et pour le coup, on avait plus de temps et il était vraiment « détente ». Paix à son âme…


Wiz Khalifa © Koria

Mac Miller © Koria


Quelle différence as-tu ressenti par rapport au travail avec les artistes français ?
Pour les artistes américains je n’ai pas fait de pochette, uniquement la photo de presse - donc ce n’est pas le même travail. 
Même si je trouve que l’écart est en train de se réduire question prestance devant l’objectif, il y a une nouvelle génération ultra à l’aise avec l’image, sans complexe, sachant très bien jouer. 
Les artistes américains ils ont « un truc » en termes d’image. Un mec comme Wiz Khalifa, tu regardes tout le shoot… et il n’y a aucune photo à jeter… alors qu’il est juste ultra naturel. 
C’est aussi une autre génération. Elle est vraiment née dans le rap, et a un rapport à l’image et au son qui n’est pas le même que le nôtre.
Les mentalités sont différentes et c’est difficilement comparable.


Wiz Khalifa © Koria

Wiz Khalifa © Koria


Tes pochettes ont souvent des couleurs accentuées, des jeux de contraste, d’ombres et de lumière.
Peux-tu nous parler de ta technique et de ta patte artistique ?

C’est marrant, parce que je me suis fait la réflexion récemment. En regardant mes réalisations, je les ai trouvées ultra colorées. Tandis qu’à mes débuts j’étais connu pour faire des créas dé-saturées, voire très grises... Les codes ont évolué et maintenant tu peux te permettre de faire des trucs flashy… tout est possible. 
Sur ma technique, je n’ai pas trop de recul, je fais ce qui me semble être joli et « bon ». C’est vrai que le rendu est très contrasté, avec une lumière très travaillée, mais c’est tout à fait spontané.
Je dirai que j’ai acquis mon propre style, il n’y a pas de réflexion particulière derrière.


Hooss © Koria

Deen Burbigo © Koria


Si on se projette un peu… aurais-tu envie de passer à la réalisation vidéo, de clips ou de publicité ?

Pas du tout. J’ai déjà fait quelques clips il y a 4-5 ans et j’ai vite compris que ce n’était pas pour moi. Le fait d’être dépendant d’une équipe de tournage est très compliqué pour moi… non, franchement je n’ai pas envie de ça. Je suis très heureux en photo et j’ai envie de continuer à avancer dans cette voie.



Kery James © Koria

Deen Burbigo © Koria


Aurais-tu envie de photographier des artistes venant d’autres milieux que la musique, comme le cinéma ?

Oui, à fond ! J’aimerais bien faire des séries de portraits pour des acteurs… des gens qui ont « une gueule », un visage et des expressions intenses. À la base, mon envie absolue aurait été de faire des affiches de films… mais bon, c’est un autre milieu et c’est très fermé.


Alonzo © Koria

Cinco © Koria


Qu’est-ce qui te plait le plus dans ton métier ?

Je crois que c’est quand après avoir réussi à avoir dans l’objectif ce que je voulais, je vois la pochette prendre forme… C’est certainement le moment que je préfère. 
La deuxième étape, c’est quand ça commence vraiment à prendre forme au niveau de l’étalonnage, la retouche et que tu vois vraiment la pochette se dessiner.
Et celle que j’aime le moins c’est la partie réflexion. Parfois, ça peut aller très vite - je trouve la bonne idée et je suis satisfait, et parfois ça demande beaucoup plus de temps... 
Aujourd’hui quand tu sors une pochette, tout le monde la voit, le visuel est scruté... C’est presque un mini-évènement quand un artiste annonce sa pochette, alors tu sais qu’il faut être à la hauteur.


Youri © Koria

LTF © Koria


Quelle est la clé de la réussite dans ton travail ? Quels conseils pourrais-tu donner aux jeunes artistes qui aimeraient se lancer ?

Aujourd’hui, je considère ma pratique comme un métier, un travail.
Pendant des années, je n’avais pas l’impression de travailler parce que je suis passionné par ce que je fais. L’école m’a appris les bases et j’ai compris ce que j’aimais - ce que je n’aimais pas. Ensuite, c’est tout le temps que tu vas y passer qui compte. En réalité, je ne sais pas si le talent existe vraiment. 
Pendant 2 ans, je travaillais dans une agence de pub, et quand je rentrais le soir, je bossais jusqu’à 3 ou 4h du matin sur Photoshop, à faire des trucs pas terribles avec le recul. Au final, tout cet apprentissage te sert et permet d’aller de l’avant.
Et puis, il faut aussi beaucoup se documenter. J’ai beaucoup regardé le travail des autres photographes. En effet, il y a des codes dans la photo et dans le graphisme, et c’est en regardant ce que font les autres que tu commences à les comprendre. 
Si je devais donner un conseil, ce serait tout simplement le travail - tout en se disant qu’on n’est pas en train de travailler… il faut être passionné. Tu dois aussi savoir prendre du recul, être toujours prêt à se dépasser et à aller plus loin.


Tinie Tempah © Koria

Pusha T © Koria


Quels sont tes projets et collaborations à venir ?

Là j’ai bossé sur les projets de Djadja & Dinaz, RK, Zola, Diddi Trix, Hooss... 
Enfin, je vais bosser sur le prochain projet de Hayce Lemsi.
Je crois que c’est à peu près tout ce que je peux te dire pour l’instant…


Djadja & Dinaz © Koria

Diddi Trix © Koria 

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    • 2019-04-04 12:36:01
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