Rencontre avec un maître de l'image : Benoît Debie

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Benoît Debie est directeur de la photographie et chef opérateur à l'origine des images des films de Gaspar Noé. Il a également travaillé sur Lost River de Ryan Gosling, sur Spring Breakers d'Harmony Korine et bien d'autres projets cinématographiques... Avec lui, la lumière devient un protagoniste à part entière et sa patte artistique s'exprime avec passion.

C'est en 2002, avec Irreversible de Gaspard Noé - qui a entraîné scandales, choc et applaudissements - que le parcours de Benoît Debie prend un nouveau tournant. Dans ce film sélectionné en compétition officielle à Cannes, Benoît Débie occupe le rôle de chef opérateur et voit sa carrière lancée au cinéma avec ce premier long métrage.  

Benoit Debie a récemment collaboré avec Gaspar Noé sur Climax et avec Jacques Audiard sur le film Les Frères Sisters, pour lequel il a obtenu le César de la meilleur photo. 

Rencontre avec un maître de l'image !



Enter the void - Gaspar Noé © Benoit Debie



Comment as-tu eu envie de devenir directeur de la photographie ? Quel a été ton parcours ?

Pendant mes études, je me demandais quel métier j’allais faire. J’aimais beaucoup la photographie, mais je ne savais pas si je voulais réellement poursuivre dans cette voie. A l’occasion d’un test d’orientation professionnelle, on m’a présenté quelques parcours possibles, dont les métiers du cinéma.
J’ai eu le vrai déclic suite à la visite d’une école de cinéma réalisée à l’occasion de portes ouvertes. C’est à ce moment-là que je me suis dit : « c’est exactement ce que je veux faire »… et c’est ainsi que tout a démarré.




Irréversible - Gaspar Noé © Benoit Debie


On retrouve une patte très reconnaissable dans tes travaux, autour de la lumière et des couleurs.
D’où t’es venu cet intérêt esthétique pour les couleurs fluo, qu’on retrouve notamment dans Spring Breakers, Lost River, Enter the Void… ?

J’aime beaucoup la couleur en soi, à commencer dans la vie de tous les jours. Je pense que c’est un peu inné.
Je n’ai jamais essayé de « créer un style, ni de faire de la couleur ». Mon attrait et l’utilisation de la couleur sont venus spontanément dans la pratique de mon métier.
C’est avant tout le film sur lequel je travaille qui va m’amener à utiliser certaines couleurs… les contrastes, les noirs et les blancs. Par exemple pour Spring Breakers, Harmony Korine voulait que son film soit pop, coloré, flashy. Aussi, il m’a directement fait la demande d’un univers très coloré dans son film.



Spring Breakers - Harmony Korine © Benoit Debie


Spring Breakers - Harmony Korine © Benoit Debie


Spring Breakers - Harmony Korine © Benoit Debie



As-tu déjà pensé à t’essayer à la réalisation ?

A la fois oui et non. La réalisation, c’est quelque chose que j’aimerais faire et qui m’intéresse. Toutefois, je suis très sollicité en ce moment pour de nombreux projets. Comme j’aime les projets sur lesquels je travaille, je préfère me concentrer dessus.
Je pense que la mise en scène nécessite beaucoup de temps pour étudier le scénario, faire le film, trouver les financements…
A l’heure actuelle je n’ai pas le temps, mais pourquoi pas effectivement par la suite...



Lost River - Ryan Gosling © Benoit Debie


Lost River - Ryan Gosling © Benoit Debie



Tu as travaillé sur Irréversible, Enter the Void, Love et Climax de Gaspar Noé.
Peux-tu nous parler de ta collaboration avec Gaspar Noé et comment avez-vous été amenés à travailler ensemble ?

Avec Gaspard Noé nous nous sommes rencontrés à Bruxelles, à l’avant-première de Seul contre Tous - son premier long-métrage. A cette occasion, un court-métrage sur lequel j’avais travaillé avait été projeté. Le même soir, Gaspar est venu vers moi et m’a dit qu’il aimait bien l’image de ce court-métrage. Nous avons échangé pendant une vingtaine de minutes et 6 mois après il m’a appelé pour faire Irréversible.
Nous avons travaillé ensemble et nous avons appris à nous connaître.
Puis, il m’a demandé de faire Enter the Void - un projet plus complexe, long et ambitieux.  
C’est ainsi que notre collaboration a vu le jour. Puis, nous avons continué à faire d’autres films ensemble et nous sommes devenus relativement proches à l’heure actuelle.



Irréversible - Gaspar Noé © Benoit Debie


Enter the void - Gaspar Noé © Benoit Debie


Love - Gaspar Noé © Benoit Debie



Comment s’est déroulé le tournage de Climax ? Combien de temps a t’il duré et quels ont été les temps forts ?

Climax a été fait très rapidement. L’idée était de le tourner en 15 jours, et finalement on a fait le film en 3 petites semaines tout au plus.
C’était un projet à petit budget, avec une petite équipe, « entre copains ». Gaspar a fait appel à tous les collaborateurs avec qui il aime travailler - que ce soit au niveau du son, du montage, de l’image, etc.
Il s’est dit : « on va faire un film sur la danse » ! Il n‘ y’avait pas vraiment de scénario. Gaspar est parti sur un concept de départ et puis il a construit le film…



Climax - Gaspar Noé © Benoit Debie


Climax - Gaspar Noé © Benoit Debie



Comment travailles-tu l’image ? Quel matériel utilises-tu ? Quelles sont les étapes clés de ton processus créatif ?

Ce que j’aime toujours énormément et que je continue à faire, c’est de tourner en pellicule. Comme j’aime utiliser les contrastes, les couleurs, le noir… la pellicule reste incontestablement un cran au-dessus du digital. C’est pour cette raison que, par exemple, pour Spring Breakers et beaucoup d’autres films, je continue à utiliser la pellicule pour arriver à me faire une idée des couleurs. C’est un matériel que j’aime utiliser plus que le digital.
Je fais aussi des films en digital, mais selon moi c’est moins performant. En effet, depuis l’ère digitale j’ai l’impression qu’on tourne de manière ultra rapide, avec le rendement comme but principal. Or, j’essaye de maintenir la qualité et selon moi, quand on tourne en pellicule, on doit savoir davantage maitriser son sujet …
Je fais aussi beaucoup de recherches sur la question de l’objectif, pour essayer de créer des images un peu moins lisses. En effet, je pense, qu’à l’heure actuelle les images deviennent assez uniformes, formatées et ont tendance à se ressembler.
Dans ma démarche, j’essaye vraiment de chercher des formes d’expression qui peuvent un peu sortir de la norme. Je ne le fais pas pour me démarquer à titre personnel, mais simplement parce que j’en ressens le besoin. Je trouve que le monde devient assez banal et j’ai envie de faire et de percevoir les choses autrement…



Spring Breakers - Harmony Korine © Benoit Debie


As-tu une anecdote ou un souvenir à raconter sur le tournage de Climax ?

Le plus étonnant dans Climax, c’était l’équipe de jeunes danseurs qui, pour la plupart, n’avaient jamais fait de cinéma. Leur but était de danser, de faire des performances et de les montrer à la caméra. C’était assez chouette d’avoir une approche très différente de tournage, avec des acteurs libres de faire ce dont ils avaient envie.
Ce tournage s’est déroulé un peu comme un film de copains, un court-métrage sympathique à faire.



Climax - Gaspar Noé © Benoit Debie


Climax - Gaspar Noé © Benoit Debie



Qu’est-ce qui te donne envie d’accepter certains projets plus que d’autres ?

A l’heure actuelle, j’accorde une attention particulière au choix des projets, parce que faire un film prend du temps, beaucoup d’énergie et d’investissement. C’est pour toutes ces raisons que j’essaye de choisir des films qui me parlent.
C’est important aussi pour moi d’avoir des affinités artistiques avec le metteur en scène, que « quelque chose se passe entre nous ».
Enfin, il y a bien sûr l’univers visuel et l’histoire que j’aime raconter en images… C’est très important que ces deux axes fassent écho en moi, afin que je puisse vraiment apporter quelque chose au film.



Lost River - Ryan Gosling © Benoit Debie



Tu as récemment travaillé avec Jacques Audiard pour les Frères Sisters, ce qui t’a amené à gagner le César de la meilleure photographie. 
Qu’est-ce qui t’a particulièrement marqué dans ce projet ?

Ce qui m’a plu dès le départ, c’est bien sûr la rencontre avec Jacques, mais aussi la possibilité de faire un western. En effet, dans une carrière de cinéma ce genre ne se fait pas régulièrement. J’étais donc enchanté de pouvoir faire un western et d’expérimenter une autre approche esthétique sur un film… Cela m’a vraiment beaucoup plu.
Enfin, la manière dont Jacques travaille est très intéressante. Il est particulièrement attaché aux acteurs et au scénario, ce qui différence son approche aux autres metteurs en scène.



Les Frères Sisters - Jacques Audiard © Benoit Debie



Quelle a été ta réaction, ressenti suite à l’annonce du César ? 
Que représente cette récompense cinématographique à ce moment précis de ton parcours ?

A vrai dire, je ne m’attendais pas à être nommé et encore moins à avoir le César. J’étais surpris et cela m’a fait plaisir.
C’était bien sûr une récompense pour le film de Jacques Audiard, mais je l’ai aussi perçu comme une récompense de mon métier en soi et du parcours réalisé. C’est comme cela que je l’ai ressenti…



Les Frères Sisters - Jacques Audiard © Benoit Debie



Qu’est-ce qui fait un bon film selon toi ?

J’ai souvent entendu « le principal c’est l’histoire, le reste n’a pas d’importance ».
Or, je pense que c’est bien une alchimie entre l’image, le décor, le son, la musique, l’histoire et les comédiens qui compte… C’est la force de tous ces éléments réunis qui fera un bon film.
De même, ce n’est pas parce que l’image ou le décor sont beaux que le film sera réussi, c’est bien un ensemble de choses et de détails qui comptent.



The Runaways - Floria Sigismondi © Benoit Debie



Quel conseil pourrais-tu donner à quelqu'un qui veut se lancer dans le cinéma ?

Je dirais que le principal conseil c’est d’être passionné, parce que tous les métiers du cinéma - la mise en scène, le son, l’image… sont difficiles.
Il demande beaucoup d’heures de travail, d’années, de sacrifices. Il faut du temps pour arriver à ses fins et à faire son parcours. Je pense que sans la passion, ce métier serait impossible, voire insupportable.
Donc mon conseil c’est vraiment d’être passionné et de ne pas trop réfléchir, d’avancer vers sa passion, d’aller où on a envie d’aller.



Enter the void, Gaspar Noé © Benoit Debie



As-tu un film à conseiller, un film qu’il faut selon toi « avoir vu dans sa vie » ?

C’est une bonne question.
Je ne dirais pas qu’il faut avoir vu un film en particulier, car il y a énormément de films et de genres différents. Je pense qu’il faut simplement aimer un film important ou qui interpelle, plutôt qu’un film à voir à tout prix.



Irréversible - Gaspar Noé © Benoit Debie



Aurais-tu envie de travailler avec un réalisateur en particulier ?

C’est drôle car on m’a déjà posé cette question plusieurs fois… et à chaque fois je réponds que je ne sais pas. Je serais heureux de travailler avec de nombreux metteurs en scène, mais pas avec un en particulier.
Ce qui est étonnant, c’est que souvent des metteurs en scène viennent me trouver. J’aime bien, car il arrive que ce soient des metteurs en scène avec qui j’aurais aimé travailler, mais auxquels je n’aurais pas pensé.
Par exemple, quand je faisais mes études de cinéma, Wim Wenders avait fait Paris-Texas, un film important pour moi, que j’avais aimé. Quand il m’a appelé pour travailler avec lui, je me suis dit « c’est complètement dingue ». C’est effectivement un des metteurs en scène avec qui j’aurais aimé travailler mais avec lesquels je n’aurais jamais imaginé travailler un jour.
Il y a des évènements comme cela qui arrivent un peu par hasard …. et ces surprises font partie des choses que j’aime dans mon métier.



Every thing will be fine - Wim Wenders © Benoit Debie


Every thing will be fine - Wim Wenders © Benoit Debie



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    • 2019-04-30 13:30:44
    • 1,045 views
  • Tags - #video #film #couleur #irréversible #artistup #interview artist up #benoit debie #gaspar noé #Enter the Void #Spring Breakers #Harmony Korine #How to catch a monster #Ryan Gosling #Lost River
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