Le monde dessiné de Lucas Harari... Interview !

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"Je crois (...) que le lien qui unit la bande dessinée à l’enfance est ce qui en fait la sève et la beauté. Pour ma part, c’est quelque chose que je chéris."

Diplômé des arts déco de Paris, Lucas Harari travaille comme illustrateur et auteur de bande dessinée.
C'est en 2017 qu'il signe sa première BD "L'aimant", qui nous plonge dans une ambiance de polar presque fantastique. 
Amoureux de l'architecture et passionné d'arts dessinés, dans cette première BD publiée, Lucas rend hommage à un lieu qui lui tient à coeur : les thermes de Vals de Peter Zumthor.




À quel moment as-tu commencé à dessiner ? Quel a été ton parcours ?

Aussi loin que je puisse remonter, je crois avoir toujours dessiné.
Chez moi, tout le monde dessinait, en particulier mes deux grands frères. J’ai sans aucun doute commencé par mimétisme puis continué pour tenter de rattraper leur niveau. Tous les enfants dessinent mais pour certains, cela prend une place plus importante et notamment vis-à-vis des autres. À l’école, j’étais « le dessinateur ». Petit à petit cela vous singularise puis finit par vous définir tout à fait… Alors qu’à l’adolescence, les autres jouaient aux jeux vidéo ou au foot, moi, je dessinais.
Alors, après le bac, j’ai tout naturellement voulu m’orienter vers une formation plutôt artistique. J’ai tenté l’Ecole Boule mais je n’avais pas les résultats scolaires exigés. Je me suis donc retrouvé en « archi » à moitié par défaut. Mes parents sont architectes et j’ai un goût affirmé pour cette discipline, mais je n’ai jamais voulu en faire mon métier.
Mon attirance pour les arts dessinés et notamment pour la BD s’est confirmée en école d’architecture. Là, on m’a parlé des arts déco de Paris. J’ai flashé ! J’ai fait les 5 ans à l’ENSAD, en image imprimée. J’y ai appris les techniques traditionnelles de l’impression (gravure, sérigraphie) et de l’édition (maquettisme,  PAO, reliure…). On y faisait aussi un peu d’illustration, beaucoup de dessin. La bande dessinée n’était pas vraiment à l’honneur mais je m’arrangeais insidieusement pour en glisser à droite à gauche dans les différents exercices, et puis je continuais à en faire de mon côté.
C’est pour mon diplôme que j’ai commencé à écrire et à dessiner L’Aimant qui deviendra ma première BD publiée.




Tes parents sont architectes et tes frères travaillent dans le cinéma…
Aimerais-tu te pencher sur d’autres domaines artistiques ou bien la BD est-elle ta passion quasi-exclusive ?

Qu’est-ce qui te plaît dans le dessin et qu’est-ce que cette pratique te permet d’exprimer ?
Pourquoi avoir opté pour le format de bande dessinée ?


J’ai grandi au sein d’une famille qui désire, pense et fabrique des choses. C’est l’influence la plus importante que j’ai subie.
La bande dessinée prend énormément de temps et exige beaucoup d’investissement et je ne peux pas trop me disperser.
J’aime l’architecture et je suis très cinéphile, mais je n’ai jamais eu d’attirance pour pratiquer ces disciplines. Ceci-dit, je perçois ma façon de faire de la bande dessinée comme un nœud. La possibilité de faire se rencontrer différents aspects de ce qui me définit par nature. Mon goût pour la littérature, le cinéma, le dessin, l’architecture, le romanesque…
Je crois que L’Aimant en est un bon exemple. C’était aussi une tentative de raconter mon amour de l’architecture.   




Quelles sont les étapes de ton processus créatif ?

Pour la bande dessinée, il faut avoir une idée ou plus exactement une vision. Or, malheureusement j’ai l’impression que ça ne se commande pas et c’est assez angoissant.
Par contre quand cela arrive, c’est complètement magique. Il faut donc être attentif à la moindre petite chose qui peut déclencher cette étincelle. C’est la partie la plus inspirée au sens artistique du terme.
Ensuite, c’est du travail. L’écriture, la documentation, le découpage, le dessin, la couleur… J’ai le sentiment que c’est très proche de l’artisanat. On façonne notre matière pour qu’elle soit la plus exacte possible.
C’est parfois très laborieux mais à d’autres moments c’est incroyablement fluide. 




Comment s’organise une journée de travail ? Dans quel context ton inspiration est à son comble ?

Je travaille chez moi. J’ai essayé d’être en atelier mais ça ne me réussit pas. J’ai l’impression d’aller au « boulot ».
Alors qu’en traversant mon salon en chaussons jusqu’à ma table à dessin, je suis toujours un gamin qui joue à raconter des histoires. Les détracteurs de la bande dessinée ont souvent dit que c’était une littérature puérile et infantile et depuis les années '70, la BD fait tout pour se détacher de cette étiquette, grandir, et passer enfin à l’âge adulte. C’est ce qu’on appelle pompeusement « le roman graphique ».
Je crois au contraire que le lien qui unit la bande dessinée à l’enfance est ce qui en fait la sève et la beauté. Pour ma part, c’est quelque chose que je chéris.
J’essaye de me lever assez tôt. Je n’ai pas de mal à me mettre au travail. Je ne sais plus qui disait que le secret était de terminer sa journée sur une tâche inachevée. Comme ça, le lendemain matin, tu commences par la terminer et après tu enchaînes. Ça marche très bien quand tu n’as pas vraiment de « structure » pour travailler. La journée se passe ensuite à dessiner. La bd est vraiment une activité de moine. Parfois, je m’y remets après dîner.
C’est à la fois l’avantage et l’inconvénient de travailler chez soi. On peut très bien ne jamais s’arrêter.




En 2017, tu as signé ta première BD publiée « L’Aimant ». 
On retrouve beaucoup de références à l’architecture (notamment le chef-d’œuvre architectural des thermes de Vals conçus par l'architecte suisse Peter Zumthor), avec une atmosphère fantastique et assez sombre….

Peux-tu nous en parler ? Quel ressenti aimerais-tu transmettre aux lecteurs ?

Dès le début, j’ai pensé L’Aimant comme une sorte de Manifeste. Je l’ai voulu comme un hommage. À la fois aux bandes dessinées d’aventures que je lisais quand j’étais petit, à la littérature policière et fantastique qui m’a donné envie d’écrire et à l’architecture qui me fascine depuis toujours.
Quand j’ai commencé L’Aimant, j’étais en 5eme année aux arts déco. Je préparais mon diplôme. C’était déjà risqué de partir sur une bande dessinée, somme toute assez classique, et il fallait être béton sur le propos. Alors j’ai pas mal travaillé sur la structure du récit, sur les influences et j’ai tenté de déstructurer différents éléments de genres (autofiction, récit initiatique, polar, fantastique…) et de les combiner. Le bâtiment de Zumthor, en était le fil rouge. Ça m’a permis de ne pas trop me disperser et de rester cohérent. Puisque le lieu est réel, chaque élément de fiction s’en retrouve légitimé.
Ce que j’ai tenté de retranscrire, ce sont les émotions qu’un lieu — en l’occurrence les thermes ­— peut faire naître en nous pour peu qu’on s’y rende attentif.    






Ton dessin s'inscrit dans le trait de la ligne claire (qui a été théorisée par Joost Swart).

Peux-tu nous en dire plus sur cette technique et ce qu’elle te permet de mettre en lumière ?

La ligne claire, c’est la quintessence de la bande dessinée. C’en est le langage le plus parfait. Car la bande dessinée est un mode d’écriture et en cela son exigence est d’être lisible. La ligne claire, c’est le point de rencontre entre le signifiant et le signifié, c’est l’endroit ou le dessin porte le mieux le sens de ce qu’il désigne. Et puis encore une fois, c’est un style qui a imprégné ma rétine depuis l’enfance. Ça m’est venu assez naturellement mais, en soit, ce n’est pas très original. Ça l’est peut-être devenu aujourd’hui parce que c’est un style qui est moins à la mode dans la bande dessinée. On a de plus en plus d’exemples de traits très expressifs, très « plastiques », voir picturaux. Et ça donne parfois des livres magnifiques. Tout est possible, tant qu’il y a une grammaire pour rendre lisible le dessin. Et ce qui est formidable c’est que celle de la bande dessinée est très élastique et malléable.
Et puis la ligne claire me semblait partager beaucoup de points conceptuels communs avec le mouvement du modernisme en architecture. À commencer par le rejet de l’ornement et l’idée que c’est l’usage d’un objet qui doit en dicter la forme.    




Quelles sont tes sources d’inspirations ?

Les histoires que tu dessines sont-elles des projections de ta vie ou bien proviennent-elles de l'imagination pure ?

C’est un mélange de plein de choses mais je ne crois pas trop à « l’imagination pure ».
Les idées sont toujours induites. Une image qui nous marque, une personne, un lieu particulier, une conversation qu’on surprend dans la rue. Tout dans la vie peut être une source d’inspiration. Et puis il y a bien entendu la littérature, le cinéma, la peinture… Nos propres désirs, nos frustrations, nos convictions, nos peurs aussi.
Je crois que tout se mélange et c’est de cela qu’émergent les idées. 




Quelle est ta BD préférée ?

C’est tellement difficile de n’en choisir qu’une seule !
Je me permets de vous donner mon top 3 : 
La Comète de Carthage de Yves Chaland, David Boring de Daniel Clowes et Arsen Schrauwen de Olivier Schrauwen.




Quels sont tes projets à venir ?

Je travaille sur une nouvelle BD. Je crois que c’est un peu le même genre que L’Aimant. Une sorte de polar estival sur fond d’amourette adolescente.
Il y aura du mystère, de la romance, de l’action, de l’architecture, des courses poursuites en voiture… Bref, tous les ingrédients d’un Pulp à l’eau de rose. D’ailleurs ça va s’intituler : La Dernière Rose de l’Été.




Quels sujets aimerais-tu aborder ? 
Aurais-tu des envies de collaborations avec d’autres pratiques artistiques ?

En ce moment, j’ai très envie de faire un road-movie mais en BD bien sûr !
Malheureusement, il n’existe pas de terme adapté à la littérature à part le vieux roman picaresque mais c’est un peu suranné.
Ou alors on pourrait appeler ça un road-strip… À voir…





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    • 2019-06-07 12:54:46
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  • Tags - #graphisme #dessin #architecture #bd #INTERVIEW #Artist up #bande dessinée #article #lucas harari
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