Charlotte Audureau : le corps, vitrine de l'âme

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Charlotte Audureau place l'Humain au centre de son art. Si ses portraits sont tellement émouvants, c'est qu'elle travaille en amont pour comprendre le sujet dont elle cherche à photographier l'essence.

 

© Charlotte Audureau - Yalta Club

© Charlotte Audureau - Yalta Club


Comment êtes-vous venue à l'Art ?

Complètement par hasard, je ne viens pas d'une famille d'artistes. J'ai vécu à la Réunion jusqu'à l'âge de 15 ans. Je me suis retrouvée au Lycée à Nantes, et ne sachant pas quoi prendre comme option je me suis inscrite en cinéma, et c'est parti de là ! Ensuite les choses se sont faites toutes seules, naturellement... jusqu'à devenir monteuse image.
Pour ce qui est de la photo j'en ai toujours beaucoup pris depuis toute petite, mais je suis autodidacte. La photographie est vite devenue complémentaire au cinéma : une autre manière d'approcher l'image. J'ai mis longtemps à trouver mon style, qui s'affine au fil des années et n'a pas fini d'évoluer. Ce sont surtout les danseurs qui m'ont aidée à le trouver : ils m'ont donné l'envie de saisir la présence, l'âme et l'essence de chaque danseur dans mes clichés, et non pas la performance. Je fais beaucoup de choses autour de la danse parce que j'aime tout ce qui est a trait au mouvement, c'est pourquoi je fais également beaucoup de photos de concerts, de plateaux. J'aime aussi partir à la découverte des paysages et des hommes, et je reviens tout juste d'un voyage au nord du Maroc.
Mon rapport à la photo c'est donc de privilégier le mouvement, l'identité et l'essence des gens que je photographie. C'est pourquoi j'ai besoin de comprendre la personne que j'ai en face de moi.
 

Et votre intérêt pour la danse ?

C'est tout naturel également, je danse depuis que je suis toute petite, et à part une expérience en compagnie semi-pro je n'en ai jamais fait mon métier. Peut-être que j'en avais envie inconsciemment et que c'est pour ça que ça ressort dans mon travail ! La danse c'est le langage universel du corps et c'est donc intéressant de l'utiliser.
 

© Charlotte Audureau

© Charlotte Audureau

 

Montage, photo, réalisation : comment conciliez-vous toutes ces facettes ?

Je suis avant tout monteuse, c'est mon métier, j'en vis et j'en suis tout autant passionnée. La photo c'est un complément, des envies. J'ai fait un film parce que j'en avais envie et besoin, réalisé quelques vidéos pour le web, mais je ne me considère pas comme réalisatrice, je trouve que c'est un beaucoup trop grand mot.
Et je concilie tout ça par la passion et l'envie de m'exprimer de manières différentes. En tout cas, il ne faut pas s'éparpiller dans toutes ces facettes, toujours se recentrer.
Je suis arrivée à Paris à 18 ans, et c'est un lieu d'effervescence créative : je n'aurais jamais fait autant de choses si je n'avais pas été à Paris et rencontré autant de gens. Il y a toujours des moments de doute ou des moments de démangeaisons créatives, mais je suis assez hyperactive. Mais j'ai une vie aussi quand même ! (Rires)
 

© Charlotte Audureau

© Charlotte Audureau

 

Mais ça va peut-être venir la réalisation non ?

Peut-être, je ne sais pas. Je ne me dis jamais : l'année prochaine je vais faire un film, ou écrire un film. Si un sujet me vient, une envie forte je le ferai ! Pour le moment, je me concentre vraiment sur mon travail de montage.
 

Est-ce que votre formation à la fac vous a lancé dans le métier ?

Pas directement non… Dans l'audiovisuel il y a tellement de parcours différents... La fac m'a laissé la liberté de faire des projets à coté, ce qui m'a donné l'autonomie et la rigueur. Le problème de la fac en cinéma c'est que ça laisse des grosses lacunes techniques et on est obligé d'apprendre sur le tas, personnellement j'ai fait beaucoup de stages de montage pour combler les lacunes. Et la photo, ça vient en pratiquant et re-pratiquant...
 

Votre maîtrise saisissante du cadrage en photo vient de votre côté réalisatrice ?

J'avoue que je ne sais pas, je fais mes cadrages comme ils me viennent... ça vient sûrement de tous ces films visionnés et de photos vues ! Je sais aussi que j'aime beaucoup les lignes dans une image, (les profondeurs de champ, donc je mets des lignes de construction dans mes photos,) peut être qu'encore une fois ça vient du corps et de la danse... En tout cas je ne prévois jamais mes cadres à l'avance, quand je fais des shootings préparés avec des danseurs ou autre, je cadre sur l'instant. Excepté une seule photo pour le moment avec Maëlle. 

 

© Charlotte Audureau

© Charlotte Audureau - Maëlle

 

Donc vous n'intellectualisez pas votre travail...

Absolument, j'y mets surtout du feeling. Mais je réfléchis beaucoup à l’intérêt des photos, aux messages qu’elles portent, aux thèmes mis en place.  En ce moment je réfléchis beaucoup à la matière autour de la danse… 


On sent bien aussi dans vos photos que vous maîtrisez l'art d'appuyer sur le déclencheur au bon moment... Il y a d'autres clefs pour un cliché réussi ?

Il n’y a jamais des règles ou des clefs à respecter… il faut juste s’exprimer.

Au fur et à mesure je me concentre sur de nouveaux points, cette année j'ai beaucoup travaillé avec mon bras droit en photo, Sébastien, chef opérateur et électricien. On conçoit ensemble la lumière, il apporte une autre dimension aux photographies.
Ce qui est essentiel pour moi c'est d'avoir communiqué avec les gens que je photographie pour les comprendre, être sur la même longueur d'ondes et bien saisir leur personnalité. Et aussi d'être libre, pas formatée et faire ressortir ce que j'ai au fond de moi pour que la photo me parle à moi même et aux autres !
 

© Charlotte Audureau - Maroc, Ahmed

© Charlotte Audureau - Maroc, Ahmed

 

Après tout ça, on peut vous définir comme humaniste ?

Oui, complètement. Je suis encore jeune mais je me rends compte au fur et à mesure du temps qui passent des choses qui me tiennent à coeur et me définissent. Je prône l'échange, la liberté, la culture... Mon film comme mes photos sont au plus proche de l'humain ; on n'est rien sans les autres. Et les gens m'inspirent, ils me plaisent, me choquent ou m'émeuvent... c'est pour ça que j'aime travailler avec des danseurs, peintres, musiciens, ou ingénieurs du son : ils sortent ce qu'ils ont en eux et je tente de capter cela. C'est aussi sûrement dû à mon éducation et mon enfance qui fait qu'on peut me qualifier d'humaniste, même si encore une fois je trouve le terme assez énorme, avec des personnes autour de moi qui m'ont bercée dans ces problématiques de rapport à l'autre et de tolérance !
 

Voulez-vous nous parler de votre court métrage « Sur les pointes de l'indifférence » ?

J'avais besoin et envie avant tout de parler de quelque chose que je ne comprenais pas : le racisme. Finalement, le film traite plus de la liberté que du racisme à travers le langage du corps.
C'est un court de 22 minutes, résultat de deux ans de travail de recherche et de création et 5 jours de tournage. On l'a auto-produit sur Ulule, et il est fini depuis mai 2013. C'est un gros travail collectif avec plein de gens qui ont mis leur patte...
Tout est absolument original. 

J'ai écrit un scénario. Pour écrire le texte, j'ai travaillé avec le meilleur ami de mon papa, Paul, du Congo. Puis avec Boniface, un Ivoirien qui incarne pour moi toute la sagesse Africaine, et qui m'a fait comprendre beaucoup de choses. On a beaucoup parlé du rapport à l'humain, fait des séances d'écriture commune. On avait le fond mais absolument pas la forme : Avec de l'or dans les mains, Maxence Fuster a donc écrit le poème, il a mis en forme mon propos à sa façon. Puis Lélé Matélo, avec sérénité et présence, est venu raconter tout cela face caméra.

Deux superbes compositeurs, Vincent Wavelet et Dorian Migliore, ont écrit 4 musiques pour ce film où l'on va du Hip-Hop au Classique en passant par le Contemporain et le Jazz.

 

 

Il y a aussi un très grand travail de son grâce à Rodrigo Diaz, ingénieur son. Nous avons ensemble trouvé le moyen de capter le son des danseurs, les mêler à la musique subtilement et ainsi sortir du clip. Le son a été très très important pour ce film.

On a travaillé avec 7 danseurs, les 4 premiers de la compagnie Par Allèle (contemporain/hip-hop), puis Alexandra Marion Bombédiac, danseuse moderne, Adrien Mornet, danseur Jazz, et Cinthia Labaronne, danseuse classique.

Chacun avait sa manière de travailler, certains avaient plus besoin de ma présence, d'être dirigés, d'autres cernaient vite et trouvaient de suite comment s'exprimer.

Je ne les ai pas du tout chorégraphiés : on a toujours pensé le film ensemble mais ils avaient chacun une étape dans le scénario : esclavage, émancipation, colère, espoir... Et je leur fixais simplement un canevas, des types de mouvement à partir desquelles ils ont construit avec leur propre gestuelle. Chaque danseur est son propre chorégraphe, mis à part Cinthia, chorégraphié par Jorge Garcia-Pérez. 

Depuis l'été 2013, on essaye de faire vivre le film en festivals. Il est notamment passé au festival cinéma et droits humains Amnesty International, de film d'art Nos yeux Grands Ouverts, à l'étranger aussi, à Buenos Aires et en Uruguay (videodanza Montevideo). Je m'occupe seule de la diffusion, ce n'est évident : je ne referai plus de film sans structure derrière moi, ça demande trop d'énergie. Mais à chaque fois qu'on participe à un festival avec notre bébé, ça donne énormément d'énergie! J'en suis fière et veux le faire vivre longtemps.

 

©Paul Nicoué

© Paul Nicoué 

 

 

Vous pensez monter des documentaires à l'avenir ?

C'est mon but. J'ai déjà monté un docu-portrait de Sandrine Bonnaire réalisé par Jean-Bernard Thomasson, et puis « Toi, Idem » de Laura Berson, portraits croisés d'artistes.

Monter des documentaires me plaît beaucoup parce que ça mêle la technique et la création ; le monteur est là pour trouver une forme et structure au film. La relation montage réalisation est très intéressante. Le monteur engage sa subjectivité, il est là pour aider le réalisateur à trouver son film, à chercher le fil conducteur, à synthétiser les pensées et les émotions. J'espère monter beaucoup de films et beaucoup de documentaires.
 

Vous avez des actualités à annoncer ?

Ma belle mère, Sandra Labaronne est une artiste peintre argentine et j'expose aux portes ouvertes de son atelier à Blois les 31 mai et 1er juin.

Concernant Sur les pointes de l'indifférence, il sera diffusé à Nantes (Nord sur Erdre) le 23 Mai, en attendant les autres festivals.. !

  

Pour suivre Charlotte Audureau :

Sa page sur Artist'Up
Son site Officiel
Son site de photos de mariage
La page Facebook du court "Sur les pointes de l'indifférence"
Son Vimeo
Son Facebook 

    • 2014-09-04 09:10:08
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  • Tags - #photo #Montage #réalisation #humain #Charlotte Audureau #humanisme #sur les pointes de l'indifférence #toi idem
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