Les colosses aux pieds d'argile de PAUL BLOAS

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L'oeuvre de Paul Bloas conjugue le caractère robuste de ses personnages, à l'aspect éphémère et fragile des supports choisis pour ses collages. La ville est son décors. Par l’intermédiaire de ses images l'artiste attire l’attention sur des lieux marginalisés, laissés à l'abandon, voire en péril.
Tel un être humain, chaque géant est unique. Il 
vit et vieillit soumis aux ravages du temps, jusqu'à disparaître complétement. Puis, un nouveau géant ressurgira sur un mur, là où le lieu décidera de lui donner naissance.
A découvir l'oeuvre de Paul Bloas à travers ses personnages impressionnants, expressifs... et touchants.


beyrouth 94

© Paul Bloas- Beyrouth 94


Parlez-nous de votre parcours...

J’ai fait 5 années aux Beaux Arts de Brest. J’en suis sorti en 1985. À l’époque je voyageai pas mal en Europe. Un jour, un de nos profs  nous a demandé de faire une intervention en extérieur et c’est comme ça que j’ai commencé à coller mes premières peintures : des géants peints sur papiers et collés sur des piles de pont. J’ai passé mon diplôme et j’ai continué mes interventions dans la ville et à l’extérieur de Brest, sur une île fortifiée en rade.

J’ai décroché une bourse de jeune artiste pour travailler à Berlin. J'ai pu ainsi continuer à voyager tout en vivant de mon labeur. J’y suis resté un an et j’ai participé à une exposition internationale d’ avant-garde du 750e anniversaire de la ville en tant que représentant français. Ma première expo s’est produite à Berlin et ma seconde à Paris. Ernest Pignon Ernest avait préfacé ma première publication au travail de Berlin. Par la suite, j’ai souvent travaillé à l’étranger en partenariat avec les instituts français de Beyrouth, Belgrade, Berlin, Barcelone, Madagascar… en exposition personnelle ou en intervention in situ.

Mon premier gros boulot a eu lieu dans l’ancienne prison de Brest de 1990 à 1993. J’y suis resté seul sans sortir deux mois durant. J’ai réalisé ce travail en fonction de ce que je venais de coller sur Belgrade, Budapest et Berlin au lendemain de la chute du mur et de ce que j’avais collecté auprès des prisonniers avant leur départ pour une nouvelle geôle. Le thème de ce programme en était l’errance d’un tsigane traqué par un ange auquel il avait volé 3 plumes d’or.

Par la suite, je suis parti travailler à Beyrouth, deux ans après la guerre. J’ai travaillé sur les gamins des rues et les déplacés du Liban. Pour le repérage, j’avais photographié 300 murs pour en sélectionner au final une vingtaine destinée à recevoir mes peintures. Après cela ce fut d’autres interventions à Bordeaux, Paris, Valenciennes…  


performance ligne de front

© Paul Bloas- Performance Ligne de Front


Comment composez-vous vos créations ?

Je fais d’abord un repérage qui consiste en des rencontres et discutions avec les gens. Je collecte des infos. Je fais des crobars, je photographie et je répertorie les murs qui pourraient accueillir mes géants. Je marche énormément jusqu’à me saouler de la ville. Ensuite, je retrouve mon atelier pour triturer toutes ces informations et en sortir une ligne directrice. Je réalise mes premières études préparatoires. Enfin, je crée mes grands personnages et  je vais les coller sur les murs repérés auparavant. Je les photographie. Et ça peut faire l’objet d’un livre d’une expo ou d’un film.  

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© Paul Bloas- Ouessant 2013


Parlez-nous de votre technique...

Je peins et je dessine sur des papiers extrêmement fragile c’est-à-dire du papier journal car pour moi l’important est de voir  mes créations vivre et se détruire avec le temps. Je ne vois pas de quel droit je devrais imposer mes images aux gens. J’aime attirer l’attention sur un lieu par l’intermédiaire de mes images.  


Où puisez-vous votre inspiration ?

Dans mes lectures, dans l’histoire des villes et des gens que j’y rencontre, dans ses faits-divers, dans la situation sociale politique du pays. Mais ça peut être aussi par le biais d’une peinture ou dans un film que j’ai particulièrement apprécié.

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© Paul Bloas- Madagascar


Parlez-nous de votre univers. Votre touche artistique se démarque par des enveloppes corporelles de taille démesurée. Pourquoi ce choix ?

Les premiers collages étaient destinés à un site extrêmement passant sous un pont au tablier haut perché. Pour avoir une réelle présence, mes images devaient épouser ces critères et par chance l’atelier de l’école faisait 5 mètres de haut. J’ai donc réalisé quelques images de 4 à 5 mètres de haut. C’est comme ça que mes personnages sont nés. Pour le style de mes personnages, je me suis intéressé à la symbolique du pont car ce sont en général les clochards qui y sont attachés. C’est pour ça qu’ils sont apparus massifs et lourdement vêtus. Les longues piles du pont m’ont incitées à peindre mes personnages comme vus d’un chien : grosses mains et petite tête. D’une certaine façon, je magnifiais déjà les modèles. Par la suite j’ai continué à travailler à partir de cette forme, selon les sites rencontrés. Chaque peinture demande en moyenne une journée de réalisation, hormis le travail d’études, de collage et de photo. La ville sert de décors à mes ombres. Chaque décor est unique comme l’est chaque peinture. Mis bout à bout, ça donne une ambiance. J’aime déformer la réalité pour en faire quelque chose de plus criant, d’où le choix des grands formats. J’aime lier la fragilité du support au caractère robuste des personnages.  

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© Paul Bloas- Lisbonne 2011


Pourquoi attachez-vous de l'importance au côté éphémère de vos créations, qu’est-ce que cela vous évoque ?

Ce côté éphémère est en lien avec notre passage ici-bas. Mes images évoluent et prennent sens au fur et à mesure de leur dégradation. Peu à peu elles ne sont plus que les ombres de nous-mêmes peut être. Peu à peu l’information qu’elles portent en elles se dilue jusqu’à être absorbée dans la mémoire de la ville. C’est ce caractère sensible qu’inspire le caractère éphémère de l’image.  

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© Paul Bloas- Brest 1991


Sur quel projet avez-vous particulièrement aimé travailler ?

Chaque programme de peintures est unique. Je ne reviens que rarement sur les mêmes sites. Ceux qui m’ont demandé le plus de temps sont ceux de la prison dans les années 90 et de Madagascar 10 ans plus tard. J’y suis donc très attaché parce que j’ai eu le temps de m’y consacrer pleinement : 3 à 4 ans pour chacun d’entre eux. Ils sont d’une certaine façon liés entre eux. C’est peut-être là l’errance d’un phoenix. En parallèle de ce travail au final très éphémère, je joue une performance « ligne de front » avec le guitariste Serge Teyssot-Gay. À raison d’une quinzaine de fois par an nous nous produisons en France et à l’étranger. C’est un dialogue improvisé qui m’oblige à peindre deux géants sur bois en une heure. La source en est le lieu, le son et le temps donné à cette réalisation. C’est un travail qui évolue à chaque rencontre d’où le grand intérêt que je lui porte. 

paul bloas saigneurs et meduses

© Paul Bloas-Saigneurs et méduses


Vous exposez depuis le
 5 JUILLET et jusqu'au 27 septembre au CAP DE PLERIN. Parlez-nous de ce concept de méduses... 

Les méduses sont un assemblage de paniers en osier sous lesquels pendent des figurines peintes sur faïences installées comme des lustres. Il y a environ 3 000 figurines inspirées de mes travaux passés. Pour l’instant elles sont au nombre de 7, voir 17 plus tard. Ces méduses sont encerclées par des géants : les saigneurs. Ce sont des peintures sur toile que j’ai réalisée en grande partie au cours d’une résidence d’artiste à Madagascar fin 2012. Pour la plupart ce sont des petites gens, des quantités négligeables qui transforment la terre des rizières en briques, la rendant ainsi stérile. La encore il a métaphore du monde dans lequel nous vivons. 




pekin paul bloas

© Paul Bloas-Pekin 2014


Avez-vous des projets en cours ou à venir dont vous souhaiteriez nous parler ?

Depuis trois ans, je colle mes personnages dans différents pays suivant un scénario en cours de construction. Je suis à la recherche de nouveaux espaces pour les accueillir. Je pense qu’on en verra le résultat à travers un ouvrage, un film ou un livre. Mais je suis bien incapable de vous donner une date butoir à ce projet. 


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    • 2014-09-25 13:04:04
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  • Tags - #street art #Madagascar #Berlin #brest #INTERVIEW #paul bloas #beyrouth #saigneurs et méduses #belgrade
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