Les créations de LEO & PIPO : une "parenthèse d'authenticité"

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Originaires du Val-de-Marne, Leo & Pipo se connaissent depuis leur enfance. Avant même de collaborer au sein de ce projet, ils travaillaient déjà ensemble sur divers domaines artistiques (musique, vidéo, arts plastiques...).
C'est plus tard, au coeur de la capitale française que l'envie d'investir les rues se manifesta. Le souhait "de recréer, ou tout du moins d’évoquer, une période" où Paris "était encore un grand village" se mit en place au sein de leur projet décoratif.
Leo & Pipo ne se limitent pas à la City parisienne,  Naples, Berlin, Madagascar... Ils voyagent et diffusent leurs collages remplis de poésie et de chaleur humaine aux quatre coins du monde.
Ces deux artistes repeuplent les rues afin "d'offrir un voyage dans le temps, ouvrir une boîte à souvenirs dans lesquels chacun d’entre nous peut s’identifier. Bien qu'exprimant leur propre mélancolie, ces images du passé mettent en lumière un souvenir culturel commun à tous – "un spleen universel".




Rendez-vous samedi 2 avril avec Leo & Pipo au Lavo//Matik arts urbains
à l'occasion de la sortie de l'Opus qui leur est consacré.

20 Bd du Général Jean Simon - 75013 Paris

EVENEMENT ICI
 

© Leo & Pipo - Collage 


Comment en êtes-vous venus à vous intéresser au milieu artistique ? Votre parcours ? 

Nous sommes originaires du Val-de-Marne et nous nous connaissons depuis la petite enfance. Nous nous sommes intéressés au street-art sur le tard, mais avons toujours baigné dans cette culture. Dans les années 90, sur la ligne du RER A et sur l’A4, il y avait une effervescence incroyable autour du graffiti. Des artistes comme Comer, O’clock ou encore les membres du 132 étaient visibles absolument partout.


© Leo & Pipo - Collage
 

Qu’est ce qui vous a attiré dans l’expression dans la rue (street art) ? 

Notre envie de nous exprimer en rue était multiple. Déjà, nous voulions travailler ensemble : nous avions œuvré pendant des années (musique, vidéo, art plastique) chacun de notre côté et ce projet s’est imposé à nous comme une activité que nous pouvions partager à deux.
Ensuite, la vie nocturne parisienne nous semblait de plus en plus ennuyeuse et par réaction, l’envie d’investir cette ville avec notre univers s’est manifestée de manière très naturelle.
Enfin, soyons francs, nos projets artistiques ne touchaient qu’une audience très limitée, alors que le travail en rue a l’avantage d’offrir une visibilité maximale.


© Leo & Pipo - rue de l'Abbé Soulange-Bodin - Paris


Pourquoi avoir choisi ce support qu’est le collage et des formats qui varient selon les lieux ?

Le collage a toujours été une notion qui nous intéressait. Nous avions l’habitude de faire des collages « traditionnels » avec de vieux magazines, également d’utiliser cette technique dans la musique avec le sampling, mais aussi dans nos montages vidéo avec le found footage qui consiste à utiliser de vieilles images.
En rue, le choix des lieux a toujours été très important pour nous. Nous cherchons systématiquement des murs vierges car nous aimons dénicher nos propres spots. Nous n’aimons pas nous accoler à d’autres artistes car cela a tendance à parasiter nos œuvres. 
Les formats varient de manière très logique en fonction de l’espace. Un grand mur demandera naturellement une grande figure (un couple ou un groupe de personnes). 
Ensuite, il y a une part d’alchimie, de ressenti… nous attachons une grande importance au choix des personnages en fonction des lieux. Le but étant de les intégrer le plus naturellement possible, comme si ils avaient toujours été là !


© Leo & Pipo - Collage 


Où et quand avez-vous réalisés votre première œuvre de rue ? 

En avril 2008 dans le 15e arrondissement de Paris. Finalement un peu par hasard… c’est plus tard que nous avons réalisé à quel point ce quartier était intéressant : une architecture très variée et beaucoup de murs encore vierges car peu de street-artistes s’y rendent.


© Leo & Pipo - rue Jean de Beauvais - Paris 


Pouvez-vous nous en dire plus sur vos créations, quelle histoire se cache derrière elles ?

Nous exprimons notre propre mélancolie à travers ces personnages du passé. Nous tentons d’agir comme une madeleine, de créer une parenthèse d’authenticité, de pointer un souvenir culturel commun à tous – un spleen universel.
D’un point de vue personnel, nous avons aussi la nostalgie de notre enfance en banlieue où le lien social était prégnant. A Paris, ce sont l’anonymat et l’isolement qui semblent prédominer. Avec Leo & Pipo, nous avons voulu réintégrer un peu de poésie et de chaleur humaine dans les rues de la capitale…


© Leo & Pipo - Impasse de la Poissonnerie - Paris

 
La question de la longévité de l’œuvre se pose... Que pensez-vous de l’aspect éphémère ? 

Par définition, notre travail est éphémère. Nous tentons d’optimiser son impact de deux façons : d’une part, en utilisant une colle de chantier extrêmement forte et d’autre part, en ayant la production la plus conséquente possible. Sans la quantité, un projet d’art urbain a du mal à exister.
L’évolution d’une figure fait qu’elle s’inscrit dans la durée. Elle est alors à l’unisson avec son environnement. Elle devient une part du paysage urbain.
Assez systématiquement d’ailleurs, les gens interviennent autour de nos figures. Nous sommes toujours ravis lorsqu’elles jouent ce rôle de « moteur »… qu’elles poussent les passants à s’exprimer.


© Leo & Pipo - Amsterdam


Dans vos communiqués, vous dénoncez l’absence de chaleur humaine dans la capitale. 
Pensez-vous que votre « projet décoratif », qui a débuté en Avril 2008, contribue à redonner un  sentiment d’humanité ? 

Notre concept Leo & Pipo a été intrinsèquement pensé autour la capitale. En effet, en emménageant sur Paris, nous avons été frappés par le vide des relations humaines. Tout le monde ici semble isolé, anonyme et parfaitement indifférent vis-à-vis de son voisinage. En banlieue, nous nous sentions bien plus liés à notre environnement. Les relations sociales y étaient beaucoup plus fortes et chaleureuses.
Leo & Pipo est né en réaction à cette facette aseptisée de la capitale. Nos figures nous ont permis de repeuplé Paris de personnalités, à nos yeux, sympathiques, de recréer, ou tout du moins d’évoquer, une période où cette ville était encore un grand village.


© Leo & Pipo -   rue Georg-Friedrich Haendel - Paris
© Leo & Pipo - rue de Viarmes - Paris  


Selon vous, qu’est que l’art urbain peut apporter au quotidien des passants et des habitants du quartier ?

Soyons modestes, juste un clin d’œil. A Paris, la plupart des gens sont d’ailleurs un peu blasé vis-à-vis du street-art. Il y a également une frange de la population que n’aime tout simplement pas ça !
A travers Leo & Pipo, nous tentons d’amener une « pause » aux passants. Ces-derniers s’arrêtent 2 secondes et peuvent avoir un souvenir qui surgit. Si nous arrivons à leur arracher un léger sourire, nous sommes ravis !


© Leo & Pipo -  Garage Chobert (rue Oberkampf) - Paris
© Leo & Pipo - rue Duris - Paris 


Avez-vous diffusé votre projet dans d’autres villes en France et dans le monde ? Dans quelle ville préférez-vous exercer et pourquoi ? 

Nous avons posé assez régulièrement à l’étranger (et avons eu la chance que d’autres posent également pour nous). Exporter son travail offre évidemment plus de visibilité et de crédibilité. Nous sommes aujourd’hui présents sur tous les continents et dans la majorité des capitales européenne.
Hors de Paris, deux villes nous plaisent beaucoup. D’une part Berlin pour l’énergie qui s’en dégage. Même si c’est une ville très dure à investir car déjà saturée d’art urbain.
Et d’autre part, Naples parce que c’est Naples ! Cette ville a un caractère incroyable : sublime et à la fois complètement dans son jus. Chaque mur est magnifique car marqué par le temps. Un vrai régal photographique !


© Leo & Pipo - Reykjavik 
© Leo & Pipo -  Naples - Sticker    
© Leo & Pipo - Naples
© Leo & Pipo - Madagascar - Sticker


Vous dites que vous évitez « ardemment tout message et tout engagement ». Cependant, nous pouvons nous demander s’il y a une certaine volonté dans la confrontation des images du passé face au monde moderne ? 
 
Nous ne faisons qu’offrir un voyage dans le temps, ouvrir une boîte à souvenirs dans lesquels chacun d’entre nous peut s’identifier. Car ces images du passé, bien que personnelles, ont une portée complètement universelle : dans le fond, tous les albums de famille se ressemblent !
C’est avant tout notre sensibilité qui nous a spontanément dirigés vers cet univers. Nous aimons l’élégance surannée et la sophistication des personnages de cette époque.
Mais au-delà des personnages eux-mêmes, ce sont surtout leurs portraits photographiques qui nous plaisaient. Les portraits du début du siècle ont ce côté unique, presque sacré qui les rendent très intéressants, surtout confronté au monde d’aujourd’hui dans lequel la photographie a perdu toute sa valeur de part sa multiplication.
A l’époque, se faire portraiturer représentait un véritable enjeu. La plupart du temps, les gens se faisaient prendre en photo une seule fois dans leur vie !
C’est pourquoi, à nos yeux, ces photos sont fascinantes. Elles sont à la fois chargées de mémoire et investies de souvenirs personnels, mais en même temps complètement « ouvertes » pour celui qui les regarde.
En effet, devant ce type de portraits, le spectateur d’aujourd’hui peut s’inventer tout un tas d’histoires : qui est cette personne ? D’où vient-elle ? Que faisait-elle ? Pourquoi cette tenue ? … etc.
Ces portraits sont les points de départ d’une multitude de scénarios possibles !


© Leo & Pipo - passage Bullourde - Paris
© Leo & Pipo - impasse Saint Denis - Paris


Le fait de s’exprimer dans la rue n’est-il pas un engagement en soi ? 

Il y a différentes façons de s’engager vis-à-vis de l’espace de la rue : on peut imposer ou proposer.
Evidemment, il y a toujours une part d’autopromotion lorsqu’on expose son travail sur les murs. Avec Leo & Pipo, nous n’essayons pas d’exprimer un savoir-faire ou une technique. Ce n’est pas un travail d’atelier que nous venons ensuite montrer aux gens. Nous avons plutôt voulu développer un concept qui soit le plus adapté et pensé pour l’espace urbain.

Bien entendu, il s’agit de « s’accaparer » la rue pour soi-même dans un premier temps : d’une part, en s’appropriant en détail la cartographie de la ville et d’autre part, en y créant ses propres repères – en marquant son territoire en quelque sorte.
Dans un second temps évidemment, notre travail est vu par les citadins. Mais nous ne voulons pas les « prendre en otage », leur imposer notre travail. Nous tentons de nous intégrer le plus simplement possible à l’espace urbain, de se faire oublier nous-mêmes, en tant que créateurs de ces figures.


© Leo & Pipo - rue Bernard Palissy - Paris


Vous avez également exposé à plusieurs reprises. Pouvez-vous nous parler d’une de ces expériences ? 

Nous avons eu la chance de participer à l’événement Dunkerque, Capitale régionale de la culture en 2013. Cette expérience a été fabuleuse car elle nous a permis d’exprimer pleinement notre démarche. En effet, nous avons eu accès aux archives de la ville et avons donc pu choisir des photos d’anonymes étant réellement liés à l’histoire du lieu (la vie portuaire, le carnaval, les vagues d’immigration asiatiques… etc.)
C’était pour nous très excitant de refaire vivre des personnages ayant véritablement foulé ces rues ou habité ces différents quartiers…


© Leo & Pipo - pont d'Austerlitz - Paris 
© Leo & Pipo - Reykjavik - Sticker



EVENEMENTS PASSES :

vendredi 16 octobre chez En Face : 8 rue Gambey - Paris 11e 

EVENEMENT FACEBOOK
Autour de leur projet de street-art, Leo & Pipo ont voulu étendre leur univers visuel et ont proposé à la crème des artistes collagistes du monde entier de créer un portrait imaginaire de leur duo. Le résultat de ces collaborations est édifiant et donne à voir la diversité créative et technique du collage contemporain.

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  • Léa Rekouane
    (hôte)
    • 2016-03-30 08:57:30
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  • Tags - #paris #street art #collage #Berlin #Rue #histoire #Naples #Leo #Pipo
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