Univers intrigant de Ines Kozic...

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C'est à l'âge de 13 ans que Ines Kozic ouvre pour la première fois un livre sur l'art contemporain... Ce fut une révélation qui l'a conduite à exprimer ses émotions à travers l'appareil photo de son papa en parallèle de ses études d'art. Après sa sortie des Beaux-Arts, son choix se confirme et c'est à vers la photographie - aussi bien devant que derrière l'objectif - qu'elle se tourne définitivement.
Ses photos toutes issues de son imaginaire débordant, conceptualisent son amour pour l'image et le mouvement. En effet, Ines est notamment très influencée par la danse, considérant ses "modèles comme quelque chose de modulable"... On ne peut qu'être intrigué par tous les symboles et les particularités de son univers où petits insectes, déformations capillaires et sensualité s'entrecroisent...


A quelle occasion ton intérêt pour l’art s’est-il manifesté et comment a-t-il évolué depuis ?
Quelles ont-été/sont tes influences et tes sources d’inspiration ? Egalement modèle photo, comment es-tu passée de l’autre côté de l’objectif ?

J'avais 13 ans lorsque j'ai ouvert pour la première fois un livre sur l'art contemporain et ce fut pour moi une véritable révélation car j'ai compris par quelle manière j'allais pouvoir exprimer les émotions nouvelles qui m'envahissaient à cette époque. La rébellion, l'envie d'être singulière et différente. J'ai emprunté le trépied et l'appareil photo de mon père, jusqu'alors réservés aux vacances en famille, et j'ai commencé à faire des autoportraits que je postais sur mon blog avec un billet d'humeur. J'étais une adolescente très extravertie et dissipée, mais j'avais décidé de faire des études d'arts, et cela m'a permis de canaliser mon énergie dans quelque chose de positif. A cette époque j'ai également découvert le travail de Francesca Woodman, jeune femme qui a réalisée des autoportraits de 13 à 22 ans avant de se donner la mort. J'ai été vraiment touchée par sa liberté, sa désinvolture, son rapport très naturel à la nudité, elle a été un modèle pour moi pendant longtemps.
 

© Ines Kozic

© Ines Kozic

Pour faire simple, cela fait presque 10 ans que je passe assez naturellement devant et derrière l'appareil photo, selon mes envies. Pendant deux ans je me suis sentie à ma place comme modèle pour les projets des autres, mais un jour, après une rupture difficile, j'ai eu envie de disparaitre, je ne pouvais plus montrer mon corps. Et j'ai surtout ressentie le besoin crucial d'exprimer ma tristesse et j'ai donc osé (re)prendre l'appareil photo pour faire passer la douleur. Ce fut véritablement salvateur et aujourd'hui je crois que je ne sais plus m'exprimer autrement.
Mais ces deux années comme modèle ont été incroyablement formatrices tant sur le plan technique que sur le plan humain, elles m'ont permises aujourd'hui d'assumer mes propres projets.
 
Peux-tu nous décrire ton univers artistique…
As-tu envie d’explorer de nouveaux thèmes artistiques et/ou médiums ?
Quelles sont les photographies qui selon toi décrivent le mieux ton univers ?

Aux Beaux-Arts j'ai passé presque trois ans à tester quantité de médiums, les installations, la vidéo, la performance, mais je ne me retrouvais dans aucun véritablement, car je n'arrivais jamais à terminer un projet, à lui donner une forme "finie". Pour cette raison je crois que c'est avec la photo que j'ai le plus d'affinités, car je peux enfin aboutir à quelque chose de présentable. En revanche, il m'est souvent arrivé de devoir utiliser mes mains pour une photo, par exemple pour fabriquer des faux-cils XXL avec des cheveux, et c'est une partie laborieuse mais que j'apprécie car elle permet de se concentrer concrètement sur le projet. La photo, ce n'est à l'origine qu'une forme abstraite dans un imaginaire, il est parfois difficile de lui donner corps.
 
© Ines Kozic

© Ines Kozic

Tu es également modèle vivant, peux-tu nous parler de cette expérience…
Comment as-tu découvert ce domaine ? As-tu un souvenir marquant ? Une anecdote ?

J'ai découvert cette activité lors de ma première année d'école d'art, pendant les cours de dessin que je détestais véritablement. Je n'ai malheureusement aucune facilité avec le crayon, ce n'est pas un moyen d'expression naturel pour moi ! Je regardais donc les modèles avec envie, leur place me semblait bien plus intéressante. Un peu plus tard j'ai donc commencé à présenter des CV dans les ateliers de ma ville et très rapidement j'ai eu ma première expérience. C'était il y a 3 ans, et pour rien au monde je n'inverserais à nouveau les rôles ! C'est un peu narcissique mais il est véritablement gratifiant de faire partie du processus créatif d'une oeuvre d'art. Pour autant c'est un travail très dur physiquement, les gens pensent souvent que se montrer nu est la partie la plus difficile mais pas du tout ! Les muscles sont vraiment mis à rude épreuve. Il m'est arrivé de m'évanouir, ou d'avoir un membre momentanément paralysé… Pour cette raison je considère ce travail comme un job alimentaire et non comme une passion.
Dans l'ensemble je dirais que le regard des gens devant moi est plutôt bienveillant. J'ai eu quelques remarques perverses, mais heureusement cela reste très très exceptionnel ! C'est un milieu où la diversité des corps est appréciée, je ne me suis jamais sentie complexée, ni jugée sur mon apparence. C'est libérateur.
 
© Ines Kozic

© Ines Kozic

Tu pratiques la danse (modern’jazz, butôh, classique) depuis longtemps.
Comment cela se reflète-t-il dans ton travail ? Est-ce une source d’inspiration pour tes photographies ?

J'ai pratiqué la danse pendant quinze ans et j'ai du stopper net il y a deux ans suite à une grosse blessure. Je reprends doucement.
Cela a une vraie influence sur ma façon de travailler car je considère le corps de mes modèles comme quelque chose de modulable. J'aime chorégraphier la position des mains, faire ressortir les os… J'aime la photo car elle me permet de lier mon amour pour l'image et pour le mouvement.
Je fais une parenthèse sur le butôh, car cette danse a vraiment été une pratique très importante pour moi. En le découvrant j'ai pour la première fois de ma vie compris que l'art servait aussi à exprimer des forces destructrices, comme un exutoire. J'avais 17 ans je crois et à partir de ce moment j'ai cessé de lutter contre mes émotions négatives. J'ai eu des troubles obsessionnels compulsifs pendant toute mon adolescence et découvrir que l'on pouvait trouver de la beauté dans la douleur et dans "l'anormal" a été une vraie révélation. Le butôh c'est l'expression de la désolation, de la perte, transfigurée et cristallisée par l'expérience corporelle. C'est figer une sensation dans la chair et donner vie à l'indicible, à l'insoutenable. C'est beau.
Pour autant je ne fais pas partie de ces gens qui cultivent leur mal-être... Au contraire, avec la photo, je soigne mes angoisses.
 

© Ines Kozic


© Ines Kozic

Dans ton travail, nous remarquons que la plupart de tes modèles ne lancent aucun regard direct à l’appareil ou que leurs yeux sont clos. Pourquoi ce choix ? 

J'aime mettre mes modèles dans un état d'intériorité et cela n'est pas vu par tous de la même façon. On me parle parfois de méditation, de sommeil et même de mort, c'est très intéressant. Le modèle en tant que personne douée de conscience est en retrait. Je m'intéresse à sa corporalité, à ses particularités physiques, à sa "matière". J'aime donner l'impression que le corps a "pris le dessus", que la belle au bois dormant dort depuis tellement longtemps que ses cheveux et ses cils ont poussés démesurément. Le regard détournerait l'attention du spectateur, il ferait du modèle le sujet de l'image. Or, mon sujet est à chercher du côté des symboles, vers ce à quoi renvoient mes insectes grouillants et mes déformations capillaires, ce que ces représentations provoquent comme réactions chez le spectateur. Le corps est omniprésent car il est porteur d'une sensorialité commune à chacun de nous, nous pouvons tous éprouver mentalement l'expérience de mon modèle dont la peau est parcourue de scarabées. C'est ce que je cherche à provoquer.


© Ines Kozic

© Ines Kozic

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Si tu avais la possibilité de pouvoir collaborer avec un autre artiste (photographe, danseur…) lequel serait-t-il et pourquoi ?

Je souhaite travailler avec toutes personnes porteuses de particularité physiques intéressantes. Les modèles que je sollicite le plus souvent ont des cheveux extrêmement longs, des scarifications, une grosse barbe… Mais je n'ai pas de critères pré-définis, je me laisse porter par les projets qui jaillissent dans ma tête et par les rencontres que je fais. Récemment j'ai répondu à l'appel d'une amie qui souhaitait réaliser une performance mêlant piercing et cheveux et c'était vraiment très très intéressant !
 

© Ines Kozic

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Quels sont tes projets et tes envies pour l’année 2015 ?

Passer en master 2, commencer à écrire mon mémoire d'études, trouver de nouvelles séries photographiques dans lesquelles m'investir… Je viens de me former à la photographie en studio et je souhaite continuer à expérimenter dans cet environnement. Je ne sais pas quelle sera ma prochaine image. En fait, je le découvrirai presque en même temps que vous...

© Ines Kozic


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  • Léa Rekouane
    (hôte)
    • 2015-03-12 17:16:03
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  • Tags - #photographie #france #danse #model #animaux #Beaux-arts #Rennes #Ines Kozic
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