"Force de frappe visuelle" d'Eric Lacan alias Monsieur Qui !

PARTENAIRES

Chercher une news

Publicité

Eric Lacan alias Monsieur Qui, est un artiste qui fait voyager son univers sombre et romantique entre l'atelier et l'espace urbain. Il ne cherche pas à "s’imposer dans la géographie de la ville, mais plutôt d’égratigner le regard du spectateur via un univers plus fort".
La "force de frappe visuelle" de ses oeuvres fait écho à son leitmotiv, qui consiste à créer des images fortes émotionellement parlant :"J’ai toujours eu un goût certain pour l’humour noir, le cynisme et suis assez joueur...".
Son expression artistique est marquée par les contrastes entre le noir et le blanc, par la confrontation de sujets antagonistes (la vie/ la mort, le beau / le laid, la peur…).
"Je ne me suis jamais interdit quoi que ce soit dans les sujets représentés parce que c’est une activité liée au plaisir et à l’apprentissage". Les oeuvres de Monsieur Qui sont à l'image de leur créateur : libres et sans limites !


 © Eric Lacan - Monsieur Qui - Sete
 
Pouvez-vous nous parler de votre parcours artistique ?
Comment le passage du graffiti à l’illustration s’est-t-il opéré ?
Après quelques séjours à Paris, je découvre en 1989/90 simultanément le skate (et sa culture) et le mouvement graffiti, avec un gout appuyé pour le tag (les questions esthétiques n’étant pas une priorité en ces temps là pour moi).
Je pratique alors le writing des années durant, d’abord à Béziers puis dans la région d’Aix-Marseille, en prenant soin de respecter ses codes, alternant actions vandales et fresques ; un peu par manque de motivation et parce que je ne me retrouve plus dans ce mouvement, j’arrête à l’orée des années 2000.
Pourtant en 2004, mon coloc’ et non moins ami Le Bijoutier aka El Furioso, qui fait de nombreux aller-retour entre Marseille et New York me ramène des milliers de photos d’interventions artistiques dans les rues de là-bas, à l’époque on ne parle pas encore de « street art ». Le flash, celui-là même qui m’avait frappé quelques années plus tôt avec le graffiti, en particulier pour le collage que je trouve redoutablement efficace et où la liberté de représentation est totale. 

© Eric Lacan - Monsieur Qui - Paris 

Quelques années d’observations plus tard (et la réalisation d’un livre sur le sujet « This means nothing » dont l’auteur des photographies est mon ami Le Bijoutier, édité par Powerhouse Books), je fais mes premiers collages fin 2006, pour ne plus faire que ça, d’abord sur Marseille puis à Paris.
En 2010, je reprends la bombe et les pinceaux et recommence à peindre en extérieur.
Parrallèlement, après des études en arts appliqués j’ai travaillé 3 ans en tant que graphiste indépendant, métier que j’ai passionnément haï. Après quoi, je rencontre un éditeur qui me forme à la conception éditoriale de livres photographiques et géopolitiques, activité que j’ai pratiqué le plus longtemps. J’ai également fait un peu d’illustration en arrivant sur Paris en 2008 (j’entends par « illustration » une commande avec cahier de charge liée à de l’édition ou de la publicité).
Aujourd’hui je peins des toiles et des murs, découpe parfois du papier…

© Eric Lacan - Monsieur Qui - Marseille
© Eric Lacan - Monsieur Qui 

Dans votre travail et en particulier à travers l’exposition « All Monsters Are Human » (Galerie Openspace Paris - novembre 2014), nous avons l’occasion d’apprécier un certain romantisme noir, avec une touche de « trash ».
Quelle est votre intention et quelle réaction souhaitez-vous provoquer auprès du public ?

Quand j’ai commencé le collage je n’avais que faire du public, je collais avec la volonté d’être omniprésent, diffuser mon nom et mon imagerie, imposer, m’approprier, comme j’en avais l’habitude avec le writing. Mais en arrivant sur Paris, mes collages ont commencé à se retrouver sur le net, preuve qu’ils intéressaient certains.
Peu à peu mes affiches ont été moins nombreuses mais plus grandes et sont devenues plus sombres et cyniques notamment par l’utilisation de petites phrases décalées ajoutées dans le dessin. Il ne suffisait plus de s’imposer dans la géographie de la ville mais plutôt d’égratigner le regard du spectateur via un univers plus fort, allant jusqu’à coller des couronnes mortuaires géantes annonçant ma mort (que certains prendront au pied de la lettre, ah ah). J’ai toujours eu un gout certain pour l’humour noir, le cynisme et suis assez joueur, l’affiche est un medium efficace pour cela.

© Monsieur Qui - Eric Lacan - All Monsters are Human - Bonnt L.
© Monsieur Qui - Eric Lacan - All Monsters are Human - Bonnt L.

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre univers artistique… sur vos sources d’inspiration visuelles/graphiques ?
Mon univers s’est développé ainsi dans la rue, par jeux, par goût pour les ambiances sombres, je ne me suis jamais interdit quoi que ce soit dans les sujets représentés parce que c’est une activité liée au plaisir, à l’apprentissage également. J’ai appris à dessiner au travers de l’illustration de mode de l’après-guerre (Gruau, Antonio Lopez, Bob Peak), et ai toujours eu une certaine attirance pour la gravure et sa « force de frappe visuelle » (Dürher, Gustave Doré, Von Bayros, Charles Dana Gibson…), autant « d’écoles » qui ont alimenté ce petit monde qui valorise plus la suggestion que le message clairement affirmé…
Il faut ajouter que j’ai une culture personnelle plutôt portée sur la photographie que l’art pictural, entre autres par mon travail dans l’édition. 
Ainsi mon leitmotiv est de « créer » des images fortes émotionnellement parlant, les mêmes qui définissaient la célèbre phrase de Roger Thérond « le choc des photos »… Volonté que l’on retrouve dans la forme, par des contrastes forts, mais surtout dans la confrontation de sujets souvent antagonistes (la vie/ la mort, le beau / le laid, la peur…). Certaines parties de mes peintures sont très soignées dans le détails, mais la toile est rayée, profanée… Il n’y a pas de demi-teinte, il est possible de trouver de jolies fleurs délicates (mais vénéneuses) dans la gueule de chien à la dentition effrayante. Tout cela est très excitant à produire, tout comme d’observer les réactions, bonnes ou mauvaises du spectateur…

©Monsieur Qui - Eric Lacan - Paris
©Monsieur Qui - Eric Lacan - Puteaux

Quel est votre processus créatif ?
Il n’y a pas réellement de processus, les idées vont et viennent, sont notées, muries, etc. Beaucoup de lectures, documentations, brocantes, etc…
Avant d’entamer une toile, il y a un gros travail préparatoire de dessin, il doit etre le plus juste possible. Certains éléments sont ainsi anticipés (les visages), le reste est souvent improvisé (comme les compositions d’os et de de fleurs), le reste se fait de manière classique…

Pourquoi accordez-vous un intérêt particulier au Noir et au Blanc ?
Le Noir et Blanc a tout d’abord était un choix lié à l’impact, il donne de la force, de la nervosité à une image, l’oeil est mécaniquement attiré par des « stimuli » très contrasté… Il est aussi intemporel et ne « flatte » pas le spectateur, il « frappe » l’oeil…
 
©Monsieur Qui - Eric Lacan - Games and Patriarchy
©Monsieur Qui - Eric Lacan - Frustation and Ideology

Il se dégage une certaine poésie dans vos œuvres, qui se matérialise à travers vos « paper cut ».
Pourquoi utilisez-vous cette technique et que vous permet-t-elle d’exprimer ?
J’avais auparavant essayé le papier découpé dans la rue, je trouvais cette technique séduisante par le résultat produit sur mur, bien que plutôt longue à préparer en rapport avec l’éphémérité de l’œuvre collée…
Par la suite je suis tombé sur un livre traitant de l’art traditionnel japonais, une partie était consacrée au papier découpé ; j’ai voulu essayer très vite, ça me parlait vraiment…
Les premières œuvres étaient des phrases ornementées de végétaux et motifs floraux, c’était assez décalé par rapport à ce qui était habituellement représenté avec cette technique. La fragilité et la difficulté de l’exercice apportaient un plus, une nouvelle façon de représenter une image, plus délicate, voir plus féminine. La notion de défi a été également un moteur. Il m’aura fallu quand même un certain nombre de test, pas mal de réflexion avant les premiers travaux, pour ne pas tomber dans les pièges inhérents à cette technique et à la fragilité du papier.
Les premières œuvres ont été découpées dans une seule feuille de papier, puis l’expérience aidant j’ai assemblé plusieurs « couches » de papiers découpés, les détails sont devenus plus fins, plus complexes.
Aujourd’hui je représente essentiellement des portraits féminins copieusement envahis d’éléments végétaux… Certaines créations ont nécessité jusqu’à 300 heures de travail, autant dire que c’est une pratique qui « isole »… Ces œuvres sont ensuite encadrées entre deux plaques de verres…

Monsieur Qui - Eric Lacan on Youtube
©Monsieur Qui - Eric Lacan - Summer

©Monsieur Qui - Eric Lacan- Sans fleurs, ni couronnes

Artiste reconnu en arts graphiques, votre patte est identifiable par les titres de vos œuvres : entre « Seventeen Seconds » qui est le titre d’une chanson de The Cure et « Levons nos verres aux femmes qui boivent et qui fument » qui est une citation du célèbre film les Dents de la Mer (etc.)
Comment procédez-vous aux choix de vos titres et quel lien établissez-vous entre le choix des titres et l’œuvre elle-même ?

Les titres sont souvent tirés de chansons, phrases trouvées dans l’actualité, films, etc…  je consigne ces quelques mots et phrases sur des feuilles volantes. Le choix induit l’interprétation de l’œuvre, ou au contraire déroute le spectateur. Une fois de plus il s’agit d’un jeu. « Levons nos verres aux femmes qui boivent et qui fument » est une phrase que j’avais tiré de la bouche de l’odieux Capitaine Quint et qui semblait avoir des accents quelques peu misogynes. Il m’a paru intéressant de servir la technique délicate qu’est le papier découpé avec cette phrase qui, dissociée du contexte du film apparaissait comme une hymne à la femme libre et forte…
Dans le même genre j’ai réalisé une œuvre en papier découpé qui m’aura mobilisée un peu plus 250 heures dans laquelle est « sculptée » avec beaucoup de sensibilité et de poésie la formule « Fuck You Very Much »… Je trouve très drôle la collision entre la vulgarité du message et sa mise en forme hyper esthétisée.
Parfois le titre relève aussi d’éléments personnels présent dans l’œuvre mais dont je ne souhaite pas ouvertement parler.


©Monsieur Qui - Eric Lacan
Levons nos verres aux femmes qui boivent et qui fument
©Monsieur Qui - Eric Lacan - Fuck You very Much

Quels sont vos projets, vos actualités pour 2015 ? 
Je viens de finir une installation dans un site industriel en Allemagne à Völklingen, dans le cadre d’une biennale d’art urbain, où j’y ai laissé deux toiles.
Je prépare d’autres projets pour l’année dont je ne peux parler pour le moment, un mur dans le 18ème arrondissement de Paris, un festival d’art urbain dans la région de Chamonix et bien d’autres choses, tout en continuant un travail d’atelier notamment sur toile…


© Eric Lacan - Monsieur Qui - Volklingen
© Eric Lacan - Monsieur Qui - Volklingen 

SUIVEZ LES ACTUALITES de MONSIEUR QUI sur :
SITE OFFICIEL
FACEBOOK
    • 2016-04-28 15:15:52
    • 5 572 views
  • Tags - #collage #peinture #humour #portraits #femmes #noir #blanc #cynisme #romantisme #Monsieur Qui #paper cut
  • Ajouter aux favoris

Photos

PLUS D'ARTICLES ICI