Métamorphose organique dans les photographies d'Isabelle Chapuis

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"L’émotion étant le moteur de ma recherche, l’humain est au cœur de mon travail et la peau devient elle-même une matière vibrante". 
Fascinée par les matières organiques, Isabelle Chapuis les réinterprète dans son travail pour nous raconter des histoires poétiques et surprenantes chargées d'humanité. Récompensée de nombreuses fois, la photographe joue avec les contrastes et détourne les codes, en mariant avec douceur et subtilité l'art et la "mode". 
Découvrez les créations d'Isabelle Chapuis qui nous transportent avec onirisme et sensibilité à la frontière du monde fantastique...



© Isabelle Chapuis - COCON II


Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Comment s'est développé votre intérêt pour la photographie et qu'est-ce qui vous a conduit vers ce moyen d'expression ?
Diplômée depuis 2005, de l’ESAG-Penninghen en arts graphiques, je voulais conforter mes études par des expériences vraiment personnelles. Deux années durant, de longs séjours en Asie et au Moyen-Orient m’ont permis de me confronter à d’autres réalités. Parallèlement, en autodidacte, ma démarche créative m’a conduite vers la photographie.
En 2010, j’ai remporté le Prix Picto de la jeune photographie de mode ; mon travail était ensuite exposé au Royal Monceau puis dans le cadre de l’exposition collective « Art is Fashion »  à la Galerie Taïss. J’ai alors commencé à travailler avec différents magazines, tels que Le Monde Magazine, Citizen K, Paulette, etc. En 2011 LN’B est devenu mon agent. Un an plus tard, ma série Barbapapa était primée par la Bourse du Talent Mode. Cette série était exposée à la BNF François Mitterrand qui l’a intégrée dans son fonds photographique.
En 2013, mes photographies étaient présentées à l’occasion du festival Le French May à Hong Kong. A mon retour, j’exposais à la galerie Bettina à Paris. Enfin, ma série Dandelion, réalisée avec le plasticien végétal Duy Anh Nhan Duc, était exposée chez Colette en janvier 2015. Dernièrement, j’ai travaillé avec la chanteuse Yaël Naïm pour la création de sa nouvelle pochette d’album « Older ».
Pour cette rentrée, mon travail était à nouveau exposé à la Galerie Bettina, en parallèle j’ai participé à l’exposition collective « Couture Culture » à la Galerie Snap à Orlando, aux Etats-Unis.


Etamine
Photographe : Isabelle Chapuis / Plasticien végétal : Duy Anh Nhan Duc

Votre univers artistique est très inspiré par la matière, le détournement, le monde végétal... Comment s'est créé cette signature visuelle ?
Collants, coton, fumée, poudre, givre, barbe à papa, végétal, autant de matières que je réinterprète dans mon travail photographique. A la fois légères et filandreuses, d’apparence fragile, ces matières m’inspirent une métamorphose organique. L’émotion étant le moteur de ma recherche, l’humain est au cœur de mon travail et la peau devient elle-même une matière vibrante.


Dandelion 
Photographe : Isabelle Chapuis / Plasticien végétal : Duy Anh Nhan Duc


Quelles sont vos influences artistiques...  vos sources d'inspiration ?
J’ai eu la chance de grandir au sein d’un milieu stimulant artistiquement parlant. Ma mère était directrice artistique des Editions Cercle D’art, du coup la bibliothèque était riche en livres d’art et elle m’a fait découvrir de nombreux artistes à travers des expositions. Dès l’enfance, j’étais attirée par des artistes dont le travail parlait essentiellement du corps ou du portrait. J’étais fascinée par les dessins d’Egon Schiele, ainsi que les courants symbolique et esthétique. En photographie j’aime particulièrement le travail de Guy Bourdin et Tim Walker. Leur signature visuelle est celle de la mode mais la narration m’emporte au delà de l’esthétisme.

 
Dandelion 
Photographe : Isabelle Chapuis / Plasticien végétal : Duy Anh Nhan Duc
Dandelion 
Photographe : Isabelle Chapuis / Plasticien végétal : Duy Anh Nhan Duc


Vos photographies sont empreintes d'un grand esthétisme. Il s'en dégage une profonde sensibilité, de la luminosité et beaucoup d'onirisme. Quelles émotions guident votre travail ?
Devant une image, je ressens des sons, un mot s'associe à une couleur, c'est ce que l'on appelle la synesthésie. C’est un phénomène neurologique par lequel deux ou plusieurs sens sont associés. La plupart du temps les images qui me touchent le plus sont celles qui m'évoquent le silence, qui procurent une sensation de légèreté, d'apesanteur. C’est cette quête de légèreté et cette recherche d’inspiration à travers la matière qui me guide dans mes différents projets.
 

Etamine 
Photographe : Isabelle Chapuis / Plasticien végétal : Duy Anh Nhan Duc
Etamine 
Photographe : Isabelle Chapuis / Plasticien végétal : Duy Anh Nhan Duc


Que souhaitez-vous transmettre dans vos oeuvres ?
Les émotions sont très présentes en moi et j’essaye de les retranscrire dans mon travail. Tout le challenge de la photographie repose sur la capacité à traduire l’émotion ressenti lors d’un instant T par le medium photographique : c’est un langage visuel.
Henri Cartier Bresson disait que photographier « C’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l’œil et le cœur. » L’image est pour moi un vecteur sensible. Afin de transmettre de l’émotion, il faut se sentir soit-même ému par le sujet que l’on capture.


Etamine 
Photographe : Isabelle Chapuis / Plasticien végétal : Duy Anh Nhan Duc


Vous vous situez à la fois comme photographe de mode et photographe d'art... Pouvez-vous nous en dire plus sur cette dualité ? Quelles passerelles établissez-vous entre les deux univers ?
J’ai une réserve quant à l'emploi du mot « mode ». Nommer désigne, c'est essentiel pour communiquer avec les autres. En France en particulier où il est nécessaire de se définir sous peine d'effrayer : poser des limites rassure. Mais la mode a des codes et je ne m'y cantonne pas, même si je me reconnais dans une recherche esthétique. 
Je me situe de moins en moins dans cette combinaison art et mode. Quand les gens sont ouverts à une autre vision de la mode alors très bien, mais sinon cette étiquette est restrictive. Avec le temps, il m’importe de pouvoir présenter mon travail en approchant un statut artistique plus ouvert. 
Aujourd'hui je m'exprime avec la photo, mais à mes yeux la créativité ne concerne pas la seule profession, j'essaye aussi et surtout d'être créative dans mes choix de vie.
 

© Isabelle Chapuis - Huichol


Quelles sont les étapes de votre processus créatif ?
La photo est un moyen d'expression mais ce qui m'importe et me stimule avant même la production de la photographie, c'est tout le travail de direction artistique accompli en amont d'une image.
Lorsqu’une matière me captive, commencent des expérimentations plastiques et ludiques, d’où découle une narration onirique. Je cherche alors le modèle qui viendra magnifier l’idée, la faire vivre et qui me surprendra au delà de ce que j’ai pu imaginer. 
 

Etamine 
Photographe : Isabelle Chapuis / Plasticien végétal : Duy Anh Nhan Duc


Quelle place accordez-vous au travail de post-production ?
Je réalise le plus de choses possibles en amont et pendant la prise de vues, ce qui est beaucoup plus ludique à mon sens. De plus le rendu est plus naturel et abouti souvent à de belles surprises. C’est en faisant que je trouve des pistes qui me surprennent moi-même. Je n’aime pas passer du temps à retoucher, cela implique d’être assise des heures derrière un ordinateur, cela ne me stimule pas du tout! Je passe deja trop de temps à mon goût sur la retouche, aussi légère soit-elle. Car même si je ne fais pas de montage sur ordinateur, j’ai tout de même un temps de retouche lié à la chromie, la lumière, les contrastes, etc… de façon très subtile et naturelle, afin que l’on ne sente pas cette intervention. Si elle est trop présente, la retouche agit pour moi comme une distance entre la personne qui regarde et l’image elle-même. 



© Isabelle Chapuis - La Casati


Dernièrement, vous avez collaboré avec Yaël Naim et Daniel Donatien a la réalisation de l'artwork de l'album "Older"Pouvez-vous nous en dire plus sur ce travail collaboratif ?
Yael et David sont venus vers moi pour me demander de travailler sur leur pochette d’album. A nouveau, avec Duy Anh Nhan Duc, nous avons créé un univers fragile et éphémère en résonance avec le titre de l’album Older. C’était un grand plaisir que de travailler sur cette nouvelle création, car il se trouve que leur musique m’a toujours beaucoup touché. Ce fut un travail long et assez complexe, mais avant tout une belle rencontre! Mon projet de fin d’étude portrait sur la création d’identité visuelle pour des artistes musicaux. A cette époque c’était ce dont j’avais le plus envie : créer des pochettes d’albums. Du coup cette proposition résonnait avec mes premières envies.


Yaël Naim - Album Older
Photographe : Isabelle Chapuis / Plasticien végétal : Duy Anh Nhan Duc
Photographe : Isabelle Chapuis / Plasticien végétal : Duy Anh Nhan Duc
Yaël Naim - Album Older
Photographe : Isabelle Chapuis / Plasticien végétal : Duy Anh Nhan Duc

Vous avez remporté le prix Picto en 2010 avec votre série "Exode". Quelle est la genèse de ce projet ?
La série EXODE est née de ma réaction à un article sur des réfugiés africains : nomades forcés, pérégrination, distance parcourue, perte des repères, dépossession, détachement... Le sujet était là, campé. Destination l’inconnu. 
Dans ces images, un voyageur silencieux parcourt le monde à pied, à la fois dissimulé et exposé dans un paysage qu’il ne peut que traverser, en mouvement toujours. Individu en sursis ou en devenir il foule la terre dans une brume colorée. Si les vents érodent les rochers et sculptent les dunes ils façonnent aussi cet homme solitaire et vagabond.


© Isabelle Chapuis - Exode
© Isabelle Chapuis - Exode


La quête identitaire est-t-elle un des fils rouges qui guide votre travail ?
La quête identitaire est au coeur de mon travail car c’est avant tout un fil rouge dans ma vie personnelle : apprendre à se connaitre!


© Isabelle Chapuis - Barbapapa
© Isabelle Chapuis - Barbapapa


Vos modèles sont des beautés atypiques, marquées par une extrême sensibilité, voire féminité...
Pouvez-vous nous dire comment s'opèrent vos choix de modèles et quelle place occupent-t-ils dans votre démarche artistique ?
Le choix des modèles constitue toujours une part très importante de mes projets. Je travaille parfois avec les agences de mannequins mais je préfère avant tout effectuer mon casting dans le quotidien. J’observe avec attention ceux qui m’entourent, de la personne la plus anodine à la plus originale. Mes yeux ne cessent de se promener en quête de beautés atypiques que j’ai envie de voir incarner mes projets photographiques. Le fait de regarder les gens dans cette perspective me transporte dans une réalité imaginaire qui m’est propre.
Il m'importe que le visage choisi ne soit pas déjà fixé par d’autres photographes. Je ne cherche pas seulement à prendre de mes modèles mais surtout à apprendre d’eux. C’est à mon sens le propre et la richesse de toute rencontre humaine, me révélant ainsi à moi-même de nouveaux traits de ma personnalité.
En outre, photographier une personne qui n’a pas l’habitude d’être approchée pour son image me paraît très intéressant. Car ce sont souvent ces personnes qui donnent le plus, ils transmettent des émotions non formatées, bien souvent accompagnées d’une pudeur que je trouve très touchante. Il est aussi passionnant, par opposition, de photographier des modèles en pleine possession de leur image et de les en déposséder l’espace d’une prise de vues ou de se laisser offrir un regard très affirmé, une identité façade qui a aussi son intérêt en terme de force ou de fragilité dans une image. 

Je choisis mes modèles souvent pour leur ambivalence, leur contradiction. J’aime chez la femme la dimension masculine et non la séduction de prime abord, car elle est facile. De la même façon, j’aime révéler chez mes modèles masculins leur part féminine, qui les rend à la fois vulnérables mais également plus entiers. Chez les enfants je m’intéresse principalement aux âges de transition où l’apparence ne suit pas encore ce qui murit intérieurement, ou inversement. Aussi la couleur d’un être peut-elle exercer une réelle fascination. 

La photogénie n’est pas obligatoirement reliée à la beauté plastique. Elle l’est bien plus souvent à une texture de peau qui capte la lumière d’une façon particulière, à une manière de porter le regard vers l’objectif, timide comme charismatique. Ceci est d’autant plus évident que la plupart de mes portraits sont réalisés en lumière du jour, une lumière dont rien n’échappe. Je ne photographie pas les gens tels qu’ils sont mais tels que je les vois. Plus j’avance et plus j’ai envie de chercher l’irrégularité dans le physique, cette forme de beauté que l’on n’a pas l’habitude de mettre en avant.
Les personnages que je choisis deviennent les héros de mes narrations ou plus précisément les sujets d’une image qu’ils n’ont pas d’eux-mêmes. Dans un tel contexte, en effet, les personnes se découvrent d’elles-mêmes d’autres facettes, celles que je perçois à travers une attitude furtive au naturel, mais dont elles n’ont pas forcément et pleinement conscience. Les gens se demandent souvent “pourquoi moi?”...
 


© Isabelle Chapuis - Ninahaus
© Isabelle Chapuis - Ninahaus
© Isabelle Chapuis - Ninahaus


Dans le cadre d’une récente exposition à la galerie Bettina Von Arnim, intitulée « Féminin Singulier », vous avez collaboré avec le plasticien végétal Duy Anh Nhan Duc  sur deux des séries présentées…
Comment cette collaboration a-t-elle vu le jour ?
De quelle manière avez-vous construit ces oeuvres à 4 mains ?
Avez-vous d'autres idées/envies de collaborations interdisciplinaires ?
L’exposition est désormais finie, depuis peu! Au coeur de l’exposition deux des séries présentées ont été réalisées en collaboration avec le plasticien végétal Duy Anh Nhan Duc : Dandelion, une création autour du fragile pissenlit, et Etamine, des compositions de milliers de pétales véritables, collés un à un sur la peau. Cette collaboration fut un très bel échange créatif. Je cherchais un homme asiatique pour une prise de vues et une amie commune du Musée en Herbe, nous a mis en relation. Finalement, c’est du même coté de l’objectif que nous avons travaillé ensemble!
Les collaborations sont riches, et oui je ne doute pas qu’il y en aura d’autres. 
Depuis 4 ans, en parallèle de mes créations personnelles, je travaille en collaboration avec le photographe Alexis Pichot. Nous avons créée une série intitulée Blossom, où nous mettons en scène des nuages colorés dans des lieux qui nous émeuvent : www.isabelleandalexis.com.


Dandelion
Photographe : Isabelle Chapuis / Plasticien végétal : Duy Anh Nhan Duc


Mot de la fin ? Projets, actualités à venir ?
Je travaille depuis presque un an sur une nouvelle série ayant pour thème la peau et les cheveux. J’en montrerai une partie très bientôt au sein du mook A Part. Je souhaite continuer à développer cette série sur le long terme, en photo et en vidéo. L’idéal serait de pouvoir poursuivre ce travail dans le contexte d’une résidence de manière à être pleinement immergée dans ce sujet!
Aussi j’ai plusieurs expositions en cours et à venir.
Actuellement je participe à une exposition sur le nu en Italie, à venir d'autres expositions dont une à Hong Kong. Aussi, pour notre travail commun avec le photographe Alexis Pichot, nous serons exposés à la galerie Rivière Faiveley à Paris, au printemps prochain.


Dandelion
Photographe : Isabelle Chapuis / Plasticien végétal : Duy Anh Nhan Duc



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  • Elina Tarade
    (hôte)
    • 2015-12-04 10:43:31
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  • Tags - #paris #photographie #portrait #art contemporain #mode #végétal #Colette #Yael Naim #Isabelle Chapuis #Duy Anh Nhan Duc #Dandelion #Etamine
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