La photographie énigmatique et intime de Sabrina Biancuzzi

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Spécialisée en photographie argentique et en procédés anciens, Sabrina Biancuzzi est à la fois photographe et graveur. La démarche plasticienne de cette artiste intrigue et attire. Adepte du travail de laboratoire, les techniques qu'elle manie permettent à ses photos d'explorer le temps et les rêves dans un univers mélancolique, inquiétant et intime. 
Professeur, la transmission et le partage occupe une place essentielle dans son expression artistique, qu'elle nous présente le temps d'une rencontre...


© Sabrina Biancuzzi - SHE


Vous pratiquez à la fois la photographie et la gravure... racontez-nous votre parcours. Comment décririez-vous votre univers artistique ?
A quel moment votre signature visuelle est-t-elle née et comment la percevez-vous ?

Mon univers artistique est avant tout personnel, intime. C’est de la photographie introspective. Je crois que j’ai trouvé mon « style » après plusieurs années de prises de vue, vers 2004, quand j’ai autorisé les autres médiums à rentrer dans ma vie.

Je vous raconte mon cheminement : je faisais de la photo depuis mes 15 ans, immédiatement intéressée par le labo et le noir et blanc, j’expérimentais beaucoup ! Je passais des heures dans ma chambre noire,  installée dans la cave de mes parents. Mais cependant n’ayant jamais baigné dans un milieu artistique et n’ayant aucune culture dans le domaine, j’étais très seule face à mes images. Je me souviens d’ailleurs d’avoir envoyé quand j’avais 16 ou 17 ans des photos aux concours des lecteurs de Réponses Photo ! (La photo d’un vieux jean de mon grand père qui pendait sur le fil à linge de leur arrière cour) ! Je photographiais beaucoup mes amis, des choses par ci par là, mais mon idée était plus de m’orienter vers le photojournalisme. D’ailleurs quand je me suis mise plus sérieusement à la photo j’ai pris ce chemin là !

Je me souviens que mon premier reportage officiel était dans une unité de soins intensifs à Bruxelles. C’était une commande du chef de service qui voulait un reportage sur l’unité et son personnel. C’est mon première prof de photo qui m’y avait emmenée, il m’avait mise sur le coup avec lui ! Quel choc çà été ! A peine arrivés, boitier à la main, quelques consignes de confidentialité et hop’… on se retrouve embarqués dans une chambre d’urgence, avec un homme thorax ouvert en train de mourir… Je peux vous dire que j’avais du mal à faire la mise au point ! L’homme est décédé, on nous a demandé de sortir… j’étais vraiment très émue mais je le cachais… il fallait poursuivre, assurer ! C’était très fort ! Les photos ont ensuite été exposées dans l’unité… J’ai continué à  aller vers ce qui me faisait peur, par le biais du reportage : c'est-à-dire la mort et la maladie. J’ai poursuivi un sujet sur le long court dans des maisons de repos du CPAS (Centre pour l’action sociale) c’était dure, ces personnes sont non seulement séniles ou malades mais aussi souvent sans famille… Au delà de la photo c’était la vie que j’apprenais !

J’avais 23 ans, je venais d’une famille où on ne parle de rien, j’avais besoin de me confronter à mes démons. Deux ans plus tard, j’ai eu un autre prof de photo, plus plasticien celui là, plus introspectif. Il m’a appris à parler de mes propres blessures et j’ai réalisé mon premier travail photo « intime » - il s’appelait « territoire d’une enfance oubliée » - et j’y revivais mes douleurs d’enfant, ma famille, ce fut une étape essentielle dans ma vie personnelle et artistique. Cette étape à été le premier pas vers la découverte d’un secret de famille me concernant directement et une étape vers ma réalisation personnelle ! Un troisième prof de photo m’a fait découvrir les procédés anciens et alternatifs et là j’ai découvert qu’en plus de l’image il y avait le rendu… mon monde s’ouvrait considérablement !
Parallèlement à ça j’avais commencé des cours de dessin/peinture et ce prof là trouvant que mes réalisations étaient souvent très monochromatiques. Il m’a dit « pour faire du noir, tu devrais peut être te mettre à la gravure »… je ne connaissais rien à ce médium ! Quand j’ai vu ma première manière noire je suis tombée en amour comme disent les canadiens ! Quand j’ai essayé d’en faire une moi même, je suis tombée de haut (1 h pour bercer 1cm2… pas pour moi).

Alors voilà, tout çà m’a amené là où je suis aujourd’hui, un enseignement dans divers établissements avec des apprentissages techniques et artistiques, beaucoup de belles rencontres et surtout une curiosité pour les arts plastiques en général. Quand j’ai quitté la Belgique pour venir vivre en région parisienne (où j’ai fini les beaux arts de Versailles), j’ai poursuivi mon chemin, en autodidacte d’abord et puis grâce à la rencontre et l’aide de spécialistes des procédés anciens (Jaques Collet, Jean Claude Mougin…). Je les remercie encore car, quand on apprend de nouvelles techniques seule ou presque, on est  souvent confronté à des échecs répétitifs ! Et puis deux jours dans la cuisine de Jean Claude Mougin et Hop’ tout est résolu !

Donc voilà, je pense que c’est ce parcours qui définit mon travail : Faire face à ses peurs, les exorciser par l’image – Oser aller vers ce qui nous touche profondément. Être sensible au travail manuel et à la matière, chercher, porter masque, gants et tablier… jouer aux sorciers de laboratoire… potion magiques, j’adore ! Mélanger les médiums, ne pas avoir de limites, gravure, peinture, sculpture, objets… l’important est de donner la vie ! Et dire ce qui nous habite ! Toujours ! Avec sincérité !


© Sabrina Biancuzzi - SHE
© Sabrina Biancuzzi - SHE


Vous êtes spécialisée en photographie argentique et en procédés de tirages photos anciens...
Qu'est-ce qui vous attire et vous intéresse dans ces procédés de développement ?
Pouvez-vous nous parler de votre mode opératoire.... des techniques utilisées ?  

Ce qui me fascine dans les procédés anciens ou alternatifs c’est avant tout le côté manuel. On a les mains sales, on agit physiquement !
Et puis c’est très artisanal et créatif et on produit des tirages uniques. Et sincèrement la magie de l’image qui apparaît dans le révélateur, sous les UV ou sous la presse : c’est juste une merveille ! Après 20 ans je trouve ça toujours aussi magique ! Et même pour les images des autres ! Quand je donne des cours ou des stages, je suis tout aussi enthousiaste de voir apparaître l’image de mes stagiaires dans le bain… c’est grisant ! 


© Sabrina Biancuzzi -SHE 


Il ressort de votre travail quelque chose d'énigmatique et fantomatique, nous plongeant dans une ambiance assez sombre et mélancolique ...
Quelles émotions guident votre travail ?

Les émotions qui me guident sont celles que je ressens, c'est-à-dire ce que je suis. Je suis quelqu’un de nostalgique, de sensible (même si je le cache souvent). Mon travail parle vraiment de mon âme, de mes angoisses, de mes préoccupations, de mon être profond. 
Parfois d’ailleurs les gens qui ne me connaissent pas et qui me rencontrent sont surpris. Ils s’attendaient à quelqu'un de triste ou de sombre et je suis en fait très souriante et joyeuse. J’aime la vie et je crois que je l’aime tellement que j’en ai peur ! Peur de perdre ! Alors mes angoisses je les retranscrits dans mes images. Je parle beaucoup de mon passé aussi, de mon enfance ! Car aujourd’hui je me sens épanouie, juste, en paix avec moi même. J’assume qui je suis, une artiste, une jeune maman, une femme avec ses faiblesses et ses blessures. Mais ça n’a pas toujours été le cas. 


© Sabrina Biancuzzi - Le crissement du temps
© Sabrina Biancuzzi - Le crissement du temps


Quelles sont vos influences et inspirations ?

Je suis très touchée par le symbolisme : Odillon Redon, James Ensor, Leon Spillaert… en photographie les pictorialistes : Leonard Missone, Steichen pour les inspirations de l’historie de l’art. Et puis parmi nos contemporains… ils sont si nombreux mais je suis très sensible aux travaux de Laurent Millet, Jean Michel Fauquet, Robert et Shana Parke Harrison…


© Sabrina Biancuzzi - Le crissement du temps


Que souhaitez-vous transmettre à travers vos oeuvres ?

Je pense que de manière général j’ai envie de dire « Souvenez-vous » - « Plongez en vous » - « Ressentez »… Rêvez, Flânez, arrêtez le temps…Regardez le monde autrement, ouvrez vous au sensible. Mais çà n’est pas un message précis, c’est plus un état … 


© Sabrina Biancuzzi - Capture de rêves
© Sabrina Biancuzzi - Capture de rêves


Vous étiez professeur au centre Iris pour la photographie dans le marais à Paris. Quelle est la place de la transmission au sein de votre démarche créative ?
De quelle manière animez-vous ces rencontres ?

Le Centre Iris a fermé depuis un an. J’ai donc ouvert ma propre structure. J’anime donc mes stages et cours dans un studio/labo que je partage : le studio Dazzle – place Gambetta. J’y anime des stages et cours de photographies argentiques et alternatives et de procédés anciens. Je fais des lectures de Portfolio, du suivi de projet… Et également un Masterclass co-animé avec mon collège Ljubisa Danilovic.
Nos deux regards sont complémentaires et nos pratiques également. Nous travaillons  différemment tout en partageant la même volonté de la narration et du récit photographique.  Notre Masterclass se déroule sur une année civile et accompagne à l’écriture photographique. C’est le MILK PHOTOGRAPHY MASTERCLASS.
Ma manière de transmettre, c’est de partir de l’autre. On part de ce qu’on sait, de ce qu’on connaît de l’autre pour construire et déconstruire. Je pense qu’avant tout c’est l’envie et la sincérité que je mets en avant ! Même pour les stages techniques c’est trouver la manière juste de dire ce qu’on a à dire !


© Sabrina Biancuzzi - capture de rêves


Vous exposez actuellement à la galerie "La ralentie" avec une série inédite intitulée "Le 7ème passager".
Comment s'est construite cette série et que souhaitez-vous transmettre à travers elle ?  
Quels sont vos projets et/ou actualités à venir ?

J’ai eu une grosse actualité en octobre/novembre 2015. L’exposition à la Ralentie, Fotofever et deux expos collectives. Là j’ai envie de me poser un peu pour justement me replonger dans la création d’une (de plusieurs) nouvelles séries. D’autant qu’en plus de faire des photos, je fais aussi des enfants… j’ai une fille de 4 mois et un garçon de 2 ans… la gestion de mes enfants est ma priorité !
Après les enfants, il fallait gérer les expos maintenant je veux me plonger dans mes images ! Je souhaite donc me retirer un peu (oh là là çà fait un peu départ à la retraite ça !). J’ai une série que j’ai débuté il y a 3 ans et qui est achevée en terme de prise de vue mais pour laquelle je n’ai pas encore choisi le mode de tirage (photogravure, palladium…), un petite série qui sera un film photographique et une série toute récente débutée il y a 6 mois environ… la première et la dernière intègrent mes enfants… hé bien oui, je parle toujours de ce que je vis… çe sera donc je pense un sujet un peu différent, quoi que… 


© Sabrina Biancuzzi - Le 7e Passager
© Sabrina Biancuzzi - Le 7e Passager



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  • Elina Tarade
    (hôte)
    • 2015-12-29 13:51:23
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  • Tags - #photographie #gravure #Sabrina Biancuzzi
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