"La peinture comme chemin"... de Sébastien Layral

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« PENSER UN AUTRE MONDE, LE DIRE EN COSTUME D’ART ET FAIRE L’INVERSE. »

Sébastien Layral originaire de Rodez, commence son travail d'artiste peintre par l'autoportrait et ce sous différentes formes, notamment à partir de photos de mannequins issues de magazines. Il se dirige ensuite vers des modèles qu'il peindra lors de performances étonnantes. 
Ce n'est plus le modèle qui se soumet aux volontés du peintre mais le peintre qui s'adapte. Il expérimente l'échange avec l'autre dans l'acte de produire une peinture, et ça marche ! 
Layral est un artiste au travail puissant et percutant. Il s'impose dans plusieurs disciplines artistiques. De la peinture en passant par le tatouage, Sébastien Layral est un artiste à découvrir… INTERVIEW.

Exposition participative "AVEC"
à l'Atelier Galerie Catherine Mainguy (Lyon)
Vernissage le 2 Juin 2016





Dans votre biographie nous avons découvert que vous rêviez d’être chirurgien puis curé, quel changement de cap !
Je n’avais pas 8 ans alors, mais si on prend pour postulat que les trois actions ont en commun la prise de soin de l’autre, alors nous pouvons considérer, que seul, l’outil diffère, a condition de pouvoir rediscuter de ce qu’est un artiste aujourd’hui. Le curé est sur le banc de l’accusé, le chirurgien sur le banc d’essai… l’artiste peut il se permettre de rester plus longtemps au ban de la société, c’est un essai pour récuser des idées emprisonnées, de me libérer pour nous accompagner plus paisiblement.

A quelle occasion avez-vous commencé à créer ? 
J’ai toujours dessiné, depuis aussi loin que ma mémoire me porte, je me suis ainsi exprimé dès le commencement. Je retrouvais chez l’autre, ainsi, la lecture plus juste, de mon intention de départ. Je crois que comme je fus un enfant aimé, j’ai toujours conservé une volonté première de vivre paisiblement et librement avec l’autre, de l’aimer. Mon outil le plus plein était cet espace de liberté : la page blanche qui me permettait d’être comme je le voulais et d’être reconnu pour ça. Mais un déménagement changea mon rapport au contexte, et je m’enfermai un peu plus dans mes feuilles blanches pour fuir ce qui m’apparaissait dès lors, comme très agressif : les autres.


© Sébastien Layral - RETRO ROGER - Huile sur toile 89x130 (2012)


Quel a été votre moteur ? 
Certainement cette reconnaissance, si je suis objectif. Mais aussi ce constat que, être pleinement ce que j’étais occasionnait des distorsions avec l’autre, m’en éloignait. Changer les choses commencerai par me changer moi… et pour commencer, parler le langage que ces autres moi, villageois, bourrus parfois, francs, ignorant les musées au profit des troquets, pouvait entendre, le portrait peint. Ce serait là le lien possible, l’accès.



© Sébastien Layral - AVEC NEGRIE - Huile sur lin 41x33 (2016)


Quel rôle votre formation a t-elle joué dans la suite de votre parcours ?
Je ne l’ai pas compris de suite car ma formation s’est terminée plus tôt que prévu. Je n’ai pas supporté la hiérarchie institutionnelle et l’idée d’être étudiant plutôt qu’artiste apprenti. Mais j’ai gardé de ces trois années, la nécessité de poser une réflexion qui harmonise l’émotion dans la nécessité de justesse d’expression par rapport au sujet. 

Ne pas imposer à son modèle…


© Sébastien Layral-LOST- Oil on Canvas  250x200 (2015)


Vos œuvres font partie du courant figuratif qui vise à représenter le réel, et placez le portrait au cœur de votre démarche… Pourquoi avez-vous choisi le portrait plutôt que la nature morte par exemple ?  
La manifestation de mon intention est multiple, elle se meut sur bien des supports. Elle est aussi bien peinture que tatouage, que performance.
Le portrait peint est un outil, un constat, c’est la porte, le contenu de la pièce est le centre de recherche, c’est l’action menée depuis le constat qui prend tout le sens quand l’autre vient altérer, le portrait, quand il modifie notre façon de passer à nouveau cette même porte. Ce que mon action tente de modifier est la conscience de la réalité, en prenant acte des différentes vérités. C’est mon sujet.
On retrouvera la construction du portrait avec les recherches tatouage, ma formation en Aïkido, tout ce qui, à terme, modifie ce que je suis, et par mon action altère mon contexte. Pour ce qui est des autres sujets, je garde à leur égard de la contemplation, et de l’humilité. Le portrait peint sera dans mon cheminement, le langage codifié reconnu de tous.



© Sébastien Layral - i love nervers LOST the way to paris on the future
CHRISTOPHE tatoo (2015)


Comment appréhendez-vous l'art très codifié qui est le portrait ? 
Je réalise un travail depuis deux points de départ distincts. Le premier est un portrait peint réalisé à partir d’une image photographique. Le second est un portrait réalisé à vue. Ces sont deux plans séquences différents qui laissent le modèle libre dans les deux cas.
Ensuite, je considère que la surface où l’image vient se poser, est un écran, au deux sens du terme, c’est à la fois celui qui diffuse et celui qui empêche de voir. Conscient de cet état, j’invite l’autre à venir s’écrire avec cette image peinte. Par cette action il vient apposer sa vérité, qui collée à la mienne nous reproche de quelque chose qui s’apparente à la réalité. Je me fous de peindre ma vérité qui ne m’intéresse pas que pour rencontrer celle de l’autre qui va m’aider à prendre conscience. Si le portrait devient cet espace conscient, alors il est la porte qui peut emmener une proposition de repositionnement artistique. Penser autrement, qui emmènera un nouveau discours, et de nouvelles actions pour libérer notre système.


© Sébastien Layral - DESIRE ADELINO - Oil on linen - 73x54 (2014)



Vous faites aussi des autoportraits, quelle est votre méthode ? 
Ayant constaté que, il est souvent de mise de montrer le reste du monde pour ne parler que de soi, je trouve tout aussi jubilatoire, de faire l’inverse. Et depuis ce positionnement, questionner à nouveau l’autre, qu’il soit visiteur, modèle, acheteur, galerie, sur sa capacité à dépasser la première image. Ce travail depuis de nombreuses années ne procède que de la création d’une image peinte à partir de photographies.
Ainsi l’image produite n’enferme pas dans l’émotion peinture, mais reste dans le champ de l’image. Cet espace autoportrait me sert bien souvent à « tester » les process mis en place avec la création des séries. Au delà on peut envisager cette forme figurative comme un autoportrait commun.



© Sébastien Layral - DESIRE LAYRAL - Oil on linen 910x195 (2014)


Quels outils et médiums utilisez-vous ?   
Les outils sont ceux de la peinture à l’huile, de l’aquarelle pour les performances à « contact rapide, ou les portraits sur le web ». L’appareil photo qui me permet de réaliser des peintures figuratives classiques sans immobiliser le modèle. Christophe ne peut définitivement pas s’apparenter à un outil, ce tatoueur qui m’accompagne pénètre plus que le derme, il choisit de plus en plus les formes, les tailles les endroits, que les thèmes de recherches lui suggèrent. Il participe aussi à de multiples performances. La performance qui se verrait comme le médium, avec le spectateur qui en serait le sujet. 




Performance CON-PASSION, Manoir Saint Félix, Rodez 2012. Christophe finit le tatouage réalisé pour la série VANITE, sans dessin préalable et devant tout le monde. Ensuite le public fut invité à dessiner, sur mon dos et au feutre, des symboles représentants des petites fleurs de cerisier. Fleurs immédiatement tatouées, sur mon dos. Trois personnes m’ont ensuite, demandé d’être tatouées par moi, de la même fleur symbolisant la permanence et impermanence des rencontres, des histoires. 

 
Pour vous le modèle est « le centre de tout » vous travaillez donc en étroite collaboration avec ces derniers…

© Sébastien Layral - DESIRE CORALIE - Oil on linen (2014) 



Quelle place accordez-vous au modèle dans votre processus de création ? 
Dans mes recherches, on trouve la place du modèle, et, le sujet de la recherche. Ce n’est pas qu’un détail à confondre. Parfois le sujet est le modèle. Parfois l’image de ce dernier souhaite le mettre en action, au delà de son expression. Parfois le sujet est le visiteur, le galeriste ou l’acheteur, une des entités relatives à l’ouvrage d’art. Lorsque le modèle est le sujet de recherche, la toile devient un espace de liberté absolue où il va pouvoir s’écrire avec tous les possibles, aidé par le thème de recherche.


© Sébastien Layral - DESIRE NOEMIE - Oil on linen (2014) 

 



Comment les choisissez-vous ? Avez-vous des critères ?  
Les critères de choix sont induits parfois par le procès, pour la série DESIRE, les personnes invitées le furent car j’avais pour eux, une forme de désir. Pour l’exposition @go pART III, les modèles étaient les visiteurs qui avaient bien voulu devenir modèles nus, pour réaliser l’exposition qui au premier jour ne présentait que des toiles vierges.
Pour la série Vanité, tous les volontaires étaient acceptés. Pour les performances PEINTOMATON, que ce soit sur le net ou dans la rue, à Rome à Tournon ou à Hong Kong, tous étaient les bien venus.
Pour la série Avec, la galerie choisit les modèles parmis les personnes qu’elle souhaite mettre en lumière. Ce peut être un jeune autiste, qui aura pour but de parfaire son portrait, pour que ce dernier soit vendu au enchères afin d’aider l’asso qui lui permet d’être scolarisé. Ce peut être 13.000 personnes qui visitent l’exposition de Tournon et qui vont graffer les vingt mètres de toile prévus à cet effet. 
En somme, des amis intimes, des connaissances, des inconnus, des rencontres de l’instant, des gens que je ne verrai jamais ou toujours, des gens que je vais aimer…




Performance Nero Peintomaton : le public prend place pour un portrait aquarelle. 3 minutes plus tard, le portrait achevé est tendu au modèle, le feu est mis au support papier, le modèle entend alors : tu gardes le contact ou le portrait ?




Dans quel environnement aimez-vous peindre et échanger avec vos modèles ?
Pour moi, tous les environnements sont intéressants, depuis mon atelier intime et froid jusqu’aux lieux qui vont rendre l’action difficile, une salle de restaurant, une galerie bondée, un manoir aux portes de Rodez, une tente dans un festival rock européen, les salles d’un musée, face à ma webcam, etc.


Vous voyagez beaucoup et exposez dans différentes galeries  du monde entier, seulement votre travail ne s’arrête pas à l’exposition des œuvres, vous faites aussi des "performances"
Les performances sont souvent menées avec les œuvres peintes à l’huile sur lin, mais pas seulement, parfois ce sont des portraits peints sur place à l’aquarelle, ou des enregistrements vidéos, l’intervention de danseurs, de comédiens, de musiciens, d’autres plasticiens, où des performances ou le tatouage deviennent l’outil.
De proposer, comme c’était le cas à Hong Kong, à tous les visiteurs de la galerie lors d’une foire d’art, de réaliser en 3mn un portrait aquarelle, et avant que ce dernier ne soit sec, de prendre leur main et de l’appliquer fortement sur le portrait. De garder ce contact une minute. Les empreintes digitales venant altérer l’image, et l’image se décalquer en partie sur la main. Finir par donner le portrait à la centaine de personnes ayant pris de leur temps avec moi.


Vous considérez-vous comme un peintre au sens classique du terme ? 
Non, je ne suis pas peintre. On relève souvent que j’accompagne cette négative en soulignant que bien des fois, la peinture m’emmerde même. Et ce n’est pas faux. Je ne me définis pas au vu des outils que j’utilise, ou alors : je suis plasticien (qui relève des arts plastiques). La peinture n’est pas la finalité de mon action, et on fait souvent le raccourci facile de me classer dans la catégorie flamboyante des peintres avec tout ce que ça sous-tend, une fois mes peintures regardées depuis ce postulat. Je fus peintre, et je me suis brûlé les ailes de vouloir sans cesse travailler depuis mon émotion seule. Sans répit, je m’exprimai sur mon ressenti devenant toujours plus fort.
Ce ressenti foudroyant, de ma vérité, quelques réalités communes vint peu à peu créer un fossé plus grand entre moi et l’autre. La somme d’images réalisées, exprimant ma lutte, ma noirceur, mon isolement ne laissait là qu’un goût bien amer, d’une expression qui ne faisait rien, laissant l’interprétation libre au visiteur. Si ce système m’a enfermé jusqu’à un point critique, je lutte tous les jours pour faire tout l’inverse. Et si depuis l’âge de huit ans, je n’ai qu’emprunté le chemin du peintre, après mes trente ans je n’ai fait que fuir ce rêve mal construit. Il était hors de question désormais de laisser l’autre dans sa vérité et moi dans la mienne, la réalité ne m’effraie plus, ça va être paisible mais déséquilibrant, je vais enfin pouvoir apprendre à perdre.


Performance DESIRE NOEMA - Institut Francais de Rome et La Nero Gallery Rome 2015


 

Qu’entendez-vous par performance ? 
La performance est ce qui me permet de dire qu’une fois l’accrochage de mes toiles, aux murs d’une galerie, fini, mon travail peut enfin commencer. Et si je ne me dis pas, « merde, tu pourrais faire comme les autres : peindre accrocher, te mettre une claque au champagne, et rentrer chez toi en attendant de vendre une huile… » c’est que je ne vais pas pouvoir perdre correctement, bon en même temps c’est pas très dur car j’aime pas le champagne.
Perdre ses repères, sa stabilité, son rapport assuré au temps. Se mettre en danger occasionne un état de vigilance surpassé, tous les sens sont ouverts. Cette tension te colle directement au contexte du ici et maintenant. Cette prise de conscience dense te demande par la suite de relâcher le corps pour pouvoir agir, avec la certitude que rien n’est à gagner ou à perdre, que tout réside là, et peut être dans le non faire, ce qui dans le cadre d’un portrait peut être le temps laissé à l’autre pour qu’il s’écrive librement dans ce contexte.


© Sébastien Layral - DESIRE LAYRAL - Oil on linen 92x73 (2013)


Pouvez-vous nous parler de celle qui vous a le plus marqué ? 
Je fus convié en artiste invité d’honneur méconnu, à proposer mes recherches sur le portrait, lors d’une exposition dont le sujet était l’altérité. Dans la série DESIRE, je choisis Blandine, contrat aidé de l’association organisatrice, pour être le modèle. Je réalisai son portrait sur un format de trois par deux mètres. Blandine fournit un texte relatif à ce que représente le désir pour elle, ainsi que la couleur associée à cette idée, couleur qui sera peinte sur les lèvres du portrait. Suivant le procès, elle intervint avec la couleur associée sur la toile avec une « action raisonnée ». 
Le soir du vernissage, cette jeune femme pris place dans un costume intégral blanc identique à celui que je porte lors des performances, recouvert à son grès d’habits blancs de son choix. Comme son intervention était guidée par son lien émotionnel au désir, elle choisit de faire couler un pot de peinture blanche sur la toile, puis s’approcha de la toile qu’elle ne voyait que très peu à travers son costume. Elle se coucha très lentement dessus pour œuvrer. Puis se laissa prendre corps avec le tissu tendu sur quelques morceaux de bois.
Ce moment fut magique, plein, dense, apaisant. Le souffle de Blandine était amplifié avec une sono et nous collait à son rythme, nous laissant le sentiment fort d’être avec. 


Performance - DESIRE BLANDINE - Chamaliere 2015

 

Vous exposerez en juin prochain à l’Atelier-galerie C.Mainguy à Lyon… Qu’avez-vous préparé pour votre public pour cette exposition ? 
Sur la base de la série AVEC, j’ai laissé à Catherine, le soin de choisir les personnes qui allaient participer, et donc, devenir modèle. Ils ont posé, pour une photo qui sera reproduite à moitié sur une toile dont le choix du format a été aussi confié à la galeriste. Les toiles seront exposées dans son espace à partir du 2 juin 2016, et les modèles auront le temps de l’exposition, pour venir parfaire leur portrait dans la galerie, et ce, en toute liberté d’action.
Une réflexion est emmenée par cette collaboration sur la toile qui trouve une proposition quant à la place du modèle au sein de trio « modèle-peintre-galeriste »


Avez-vous d’autres actualités ? 
- Exposition collective à Rome avec la série LOST CHIMERA curatelle de la Nero Gallery, Avril 2016.
- Exposition avec le 4, à Aubervilliers avec la série LOST



© Sébastien Layral - LOST CHIMERA - Oil on linen 41x27 (2015)


Quels sont vos projets futurs ?
JE SUIS UNE PUTE
C’est l’élaboration d’une nouvelle série dont le support sont des autoportraits peint à l’huile sur toile, sur des formats divers avec toujours la même image de référence cadrée de façon différente. Ces derniers remettent sur la face, les attributs normalement annexes au dos du châssis, voir même hors du bien de consommation : peinture. Ces annotations sont : le numéro de fabrication, le titre de la série, le prix, la date, la technique, le format, la signature, le lieu de fabrication.
Cette fois-ci, le sujet est : l’acheteur.
Il trouvera au dos de la toile : un certificat d’authenticité, un texte manuscrit relatant mon rapport au titre (un bout de texte par toile), ainsi qu’une page notice qui l’invite à une forme de participation pour changer son positionnement par rapport au peintre, au modèle, à l’acheteur, et au mac….       

                                         

© Sébastien Layral - JE SUIS UNE PUTE - Huile sur lin 2016



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    • 2016-04-18 12:31:25
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  • Tags - #paris #portrait #peinture #gallery #modèles #peintre #performance #liberté #autoportrait #sébastien Layral #rome
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