Olivier Valsecchi marie les extrêmes et magnifie les corps...

PARTENAIRES

Chercher une news

Publicité

Olivier Valsecchi a choisi le corps humain comme sujet central de ses photographies. Il le sublime, le magnifie, le glorifie à travers ses sublimes clichés de nus... 
Toutes les séries d'Olivier Valsecchi sont chargées en émotions - elles saisissent le spectateur avec une rare intensité et une force hors du commun. L'artiste se livre et nous confie "On créé à partir de sa personnalité, et je suis hystérique au sens où je marie des extrêmes. J'essaie de rendre ça dans mon travail, l'alliage des extrêmes."
L'impact de ses travaux est fort. Grâce à la série Dust, ce photographe talentueux a été récompensé par le prestigieux Hasselbald Masters Awards qui l'a propulsé sur le devant de la scène internationale. Il expose aujourd'hui dans les plus grandes capitales. Nous attendons avec impatience sa prochaine série, mais pour l'instant délectons nous de ses travaux déjà publiés. RENCONTRE !



© Olivier Valsecchi - Home - Drifting - 2014 


DECOUVREZ OLIVIER VALSECCHI :
Exposition collective du 14 Avril au 10 Mai 2016 
L'ART DU NU 
Au Ballon Rouge
10 rue des Gravilliers 75003 Paris 



© Olivier Valsecchi - Trémor - Drifting - 2014 


Vous avez été révélé au public en 2010 grâce à votre série"Dust"… quelle est la genèse de ce projet ?
Je venais de réaliser une petite série dans un village paumé en Dordogne. C'était en hiver, il y avait un brouillard épais. Je pouvais déambuler dans ces rues toute la journée sans jamais croiser personne, ce qui donnait à ce lieu une qualité fantomatique. J'ai ensuite eu envie de faire d'autres images avec cette ambiance énigmatique, mais cette fois en incluant une présence humaine. Au départ j'ai cherché à me procurer des fumigènes, mais c'était laborieux. Un soir d'hiver j'étais chez mes parents près de la cheminée et je regardais le feu s'éteindre. Et j'ai pensé : pourquoi ne pas essayer la cendre ? C'était aussi spontané que ça. J'ai fait une première séance en janvier 2009, le résultat était spectaculaire. J'ai travaillé la série pendant six mois et l'ai présentée à la fin de l'année 2009.


© Olivier Valsecchi - Dust


Le corps est au centre de tout votre travail photographique. Votre dernière en date "Drifting" revisite les figures de la peinture classique… Que souhaitez vous mettre en lumière à travers vos photographies ?
 
Je cherche avant tout à créer des images que je n'ai pas vues avant et que j'ai envie de voir. Au-delà de l'idée, au-delà du sujet, ce qui m'intéresse, c'est de créer une ambiance particulière, qui mêle à la fois la beauté et l'étrangeté - qui puisse éventuellement susciter la fascination, mettre mal à l'aise et s'interroger sur la différence, c'est-à-dire, ce qu'on ne connaît pas. On crée à partir de sa personnalité, et je suis hystérique au sens où je marie des extrêmes. J'essaie de rendre ça dans mon travail, l'alliage des extrêmes.



© Olivier Valsecchi - Nevermore - Drifting - 2014


© Olivier Valsecchi - Blooming - Drifting - 2014


Quelles - ou - Qui sont vos sources d'inspirations ? 
Dans Drifting, j'ai superposé deux figures emblématiques de la peinture classique : le nu couché et la nature morte.
L'idée était donc de faire des natures mortes avec des corps. Vous savez, l'inspiration est un processus complexe, qu'on ne maîtrise pas vraiment.
Je vais vous donner un exemple : je fais cette première photo, "Boy with a grudge" qui est un autoportrait. Je la fais de façon tout à fait compulsive, instinctive, sans véritablement savoir ce que je fais ni où je veux aller. C'est d'ailleurs toujours comme ça qu'une série commence, par un test réussi. La photo me plaît, je la montre à un ami qui est littéralement bouleversé, je m'en étonne même. Il me fait son analyse de la photo et c'est son analyse, qui va me guider pour la photo suivante. Il me parle aussi d'Egon Schiele, dont je dois dire que l'oeuvre m'avait laissé insensible jusque-là.
Je me replonge dans son oeuvre et j'y trouve un dessin qui me stupéfait : un autoportrait au crayon, dans une pose quasi identique à la mienne. Je reste bouche bée. Par la suite, je dirai que j'ai été influencé par Egon Schiele alors qu'en vérité, mon image existait avant que je n'ai vu son dessin.

Donc je pourrais vous dire toutes mes influences, que j'ai associé Mapplethorpe à Francis Bacon, Géricault à Dali, Rembrandt à Toni Morrison même, car il m'arrive de faire converser des peintres avec des écrivains, et de cette conversation naît une photo. L'inspiration vient de partout. Mais en vérité la plupart du temps, je fais une image et ça n'est qu'après, que je cherche à comprendre d'où elle m'est venue. Quand j'ai sorti Dust, j'avais 30 ans. Un galeriste m'a demandé combien de temps j'avais mis pour faire cette série. J'ai dit : "Six mois". Il m'a répondu cette phrase tout à fait juste, il m'a dit : "Non, tu as mis 30 ans." Et c'est vrai. Une photo, un tableau, un livre, une musique, toute création découle d'un parcours, d'un vécu, des histoires personnelles, de la sensibilité artistique, d'un bagage culturel. Et c'est pourquoi certaines images ont une vie, une émotion, et d'autres pas : ça dépend de qui les fait.


© Olivier Valsecchi - Time of War XIV - 2013

 
Vous avez des méthodes de travail atypiques, autant dans le choix des lieux que celui de vos modèles... En quoi les lieux désaffectés répondent à vos besoins créatifs? 

Cela n'est pas atypique de shooter dans un hangar désaffecté, c'est simplement plus pratique pour un projet tel que Dust ou Time of War, où l'on sait qu'on va dégueulasser le lieu avec de la poussière. Shooter dans un espace vide, à fortiori avec des modèles nus, c'est un peu comme peindre sur une toile blanche sans avoir de modèle : c'est l'inconnu. Vous créez votre image de A à Z. Vous ne composez pas à partir d'un décor, qui en soi remplit déjà bien l'image, vous ne mettez pas en lumière un vêtement, qui porte déjà en lui un aspect graphique. Il faut aller chercher un peu plus loin car vous créez à partir de rien.



 © Olivier Valsecchi - Time of War XVI - 2013

© Olivier Valsecchi - Time of War VI - 2012

© Olivier Valsecchi - Time of War VII - 2012


Qui sont vos modèles ? Comment les choisissez vous ? 
Je choisis souvent les modèles en fonction de ce qu'ils m'évoquent, je suis naturellement attiré par la maigreur, parce que je suis maigre et que j'ai besoin de me projeter dans le modèle, de sorte que je puisse faire un autoportrait à travers lui. De fait il y a des modèles partout : dans la rue, sur internet... 

Comment se passe la collaboration ? 
Dans quel état d'esprit doivent se trouver vos modèles pour poser ?
Il y a deux types de modèles : ceux qui donnent, et ceux qui prennent. Cela se passe évidemment mieux avec la première catégorie. Certains modèles, ceux qui ont des ambitions professionnelles, veulent alimenter leur book, pensent à leur image. Ils ont des limites dans ce qu'ils proposent. C'est en quoi je préfère le casting sauvage. Quelqu'un qui n'a jamais fait de photo s'abandonne plus facilement, et pour créer librement il faut faire abstraction de soi.



© Olivier Valsecchi - Requiem - Drifting - 2014


Pour votre série "Klecksography" vous vous êtes inspiré du travail du psychiatre suisse Hermann Rorschach qui a développé une méthode pour combattre la schizophrénie en faisant interpréter aux malades des taches d'encre symétriques.
Vous dites vouloir laisser s'exprimer "l'ennemi intérieur" au lieu de le combattre comme le faisait M Rorschach, pouvez nous nous en dire plus ?

Là encore, le processus créatif a été un peu plus sinueux que simplement s'inspirer des tests de Rorschach. J'ai fait une première image, et c'est encore une fois une personne extérieure qui m'a dit : "ça me fait penser aux tests de Rorschach", piste dans laquelle je me suis engouffré car c'était sans le savoir exactement ce que je cherchais, et cela collait parfaitement au thème qui m'avait été imposé par les Hasselblad Masters Awards à savoir : "évocation" - puisque j'ai réalisé cette série pour leur livre annuel.

Si je parle d'ennemi intérieur, c'est parce qu'au moment de réaliser cette série j'étais totalement hanté. Il faut comprendre que le concept de Klecksography était de réaliser des photomontages sans le moindre montage. De faire croire à des images digitalement fabriquées, alors qu'elles étaient faites en direct. On m'a souvent demandé : "pourquoi ?" La première raison est que, faire ces images sur Photoshop n'aurait pas eu le moindre intérêt. La seconde raison, est que j'aime qu'on se pose la question de la réalisation, savoir comment ç'a été fait, et de piéger le spectateur. L'interroger sur sa perception. 



© Olivier Valsecchi - Klecksography - 2012


On m'avait déjà posé la question de Photoshop pour Dust, car le concept était nouveau et qu'on ne croyait pas que cette réalité puisse exister. Et cette notion de ce qui peut exister ou pas dans les yeux des autres m'avait beaucoup intéressé. J'aime voir la réaction des gens quand j'annonce qu'il ne s'agit pas de montage : leur regard change en l'espace d'une seconde. Je vois une étincelle naître dans leurs yeux en une seconde.

Pourquoi c'est intéressant ? Parce que j'assiste en direct à l'expansion de leurs limites. Nous avons tous des limites de ce que nous pensons être la réalité. Ce que nous ne connaissons pas, n'existe pas. Or ces formes géométriques, symétriques, n'existent pas dans la réalité bien sûr. Elles ont pourtant existé sous mes yeux et mon objectif l'espace de quelques secondes. Et pour que cette réalité puisse exister, il a fallu déployer une énergie... disons très particulière.
Réaliser une sculpture de chair, c'est-à-dire faire en sorte que sept modèles tiennent une position parfaitement symétrique, ou donnent au moins l'illusion de symétrie, a été un travail très laborieux, pénible je dois bien dire, que j'ai délégué à mon ennemi intérieur, c'est-à-dire quelqu'un d'extrêmement autoritaire, qui a peut-être des forces que je n'ai pas, qui avait sa propre vision des choses.
Certaines séances ont été filmées, pour faire un petit making-off, et quand j'ai regardé les rushs pour la première fois, je ne me reconnaissais pas : je voyais quelqu'un au bord de la folie, qui n'écoutait personne, qui engueulait tout le monde, qui seul savait ce qu'il était en train de faire et qui y croyait. C'était surréaliste. C'est pourquoi je dis souvent que c'est à lui que je dois cette série. Moi seul, je ne l'aurais pas faite.


© Olivier Valsecchi - Eagle - Klecksography - 2012


Mis à part la psychiatrie, y-a-t-il d'autres thèmes qui vous inspirent ?
La psychiatrie en tant que telle, ne m'inspire pas tant que ça. Mais de toute évidence, la bizarrerie, l'autisme, agissent comme une couleur dans ma palette. Mon thème de prédilection, c'est l'incarnation. Cela peut être l'incarnation de soi (Dust), l'incarnation d'un autre en soi (Klecksography), ou l'envers de l'incarnation c'est-à-dire la désincarnation.
J'aime la notion de nouvelle vie, de cycle, de recommencement. Se réinventer. Nous n'avons qu'une vie mais nous pouvons choisir d'en avoir plusieurs, au sein de la même qui nous est donnée. C'est comme un instinct de survie : quand on sent qu'une partie de nous meurt, on peut toujours lui donner une nouvelle direction pour qu'elle puisse se ré-épanouir.


© Olivier Valsecchi - Venus III - Klecksography - 2012

© Olivier Valsecchi - Alien - Klecksography - 2012


Vous avez été récompensé par le prestigieux Hasselblad Masters Awards pour votre série Dust deux ans après sa création. Quel sentiment avez vous ressenti lorsque vous avez avez appris la nouvelle ? 

Cela a-t-il influencé votre quotidien d'artiste et/ou votre démarche artistique ?
Quand j'ai eu Paul Waterworth, Relations Manager chez Hasselblad, au téléphone et qu'il m'a annoncé que le prix m'était attribué... à vrai dire je ne suis pas sûr d'avoir bien compris. Mais j'ai vite été pris de panique à l'idée de réaliser une série pour eux. Car je ne disposais que de trois mois. Je sais que certains photographes ont déjà refusé le challenge. Cela m'a poussé dans mes retranchements c'est sûr. Mais c'était une parenthèse particulière et je ne peux pas dire que ça ait influencé à long terme ma façon de travailler.


Vous avez fait le tour du monde pour présenter votre travail (Dust - mais pas seulement), comment est il accueilli dans les différentes villes que vous visitez ?
Chaleureusement. Je reçois des témoignages très forts. En exposition il y a toujours des gens qui s'identifient profondément à mon travail, qui viennent me parler de leur émotion, c'est assez bouleversant. Cela me donne l'impression d'avoir touché un point sensible.


© Olivier Valsecchi - Venus II - Klecksography - 2012


Quels sont vos actualités et projets ? 

J'expose en ce moment à Paris à la galerie Le Ballon Rouge en compagnie de Le Turk, Martial Lenoir, Eric Marrian entre autres. Il s'agit d'une exposition collective organisée par le magazine Normal. Ensuite je dévoilerai une nouvelle série de portraits, que j'ai située dans une sorte de jungle ou de jardin marécageux.


© Olivier Valsecchi - Venuses - Drifting - 2014


RETROUVEZ OLIVIER VALSECCHI : 

SITE OFFICIEL 
FACEBOOK 
    • 2016-04-28 13:55:55
    • 1 284 views
  • Tags - #art #photo #photographe #nu #modèles #dust #olivier valsecchi #Drifting #nudité #Time of War #Klecksography
  • Ajouter aux favoris

Photos

PLUS D'ARTICLES ICI