La finesse géométrique dans les photographies de Marie Benattar

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Marie Benattar, photographe talentueuse, présente un travail épuré, graphique et géométrique. Ses photos sont légères, et ses modèles sont fins et gracieux... A l'école elle choisit pour spécialité la photographie de mode : " le fait d'être dans un environnement de photographie de mode a surement influencé mon travail vers quelque chose de plus esthétique autour du corps." 
Aujourd'hui, Marie n'a pas perdu sa virtuosité. Grâce à ses petits schémas elle reproduit à échelle humaine ses idées créant ainsi un univers tout en délicatesse. Loin des clichés de mode, Marie Benattar nous emmène avec elle et nous invite à « une traversée dans et par les images » tout en condensant sous une forme brève, une expérience du monde. 
En attendant sa nouvelle série, découvrons son travail. RENCONTRE...


© Marie Benattar - Behind a hot spot - (2010)


Marie tu es née à la Réunion et tu t'installes en France en 2003 pour suivre des études d'art plastiques puis de photographie… 
Quel a été l'élément déclencheur de ta passion pour l'art et la photo ?
Raconte nous tes premiers essais avant de venir t'installer en France ? 
Je viens d’une famille passionnée de photographie, mon premier rapport à la photo a été de poser et de me prêter au jeu de la caméra. Très jeune, j’ai été  encouragée pour être devant, mais aussi derrière l’appareil photo. La dernière année où j’étais à la Réunion j’ai récupéré le boitier de ma mère avec lequel j’ai commencé à  photographier tout plein de détails comme pour constituer une banque d’images : mémoire et souvenirs...
Puis ma mère et moi sommes parties en Indonésie. Equipée d’un scooter et d’un appareil photo, je me suis lancée à la découverte de l’île des dieux, aussi connue sous le nom de  Bali. Curieusement au lieu de photographier Bali très connue pour sa culture mystique, sa flore exotique et ses vagues de rêves, je me concentrais sur des éléments au caractère abstrait et minimaliste qui sont aussi une part de cette petite île. Comme une femme vêtue de blanc passant prés d’un grand mur blanc. La courbe d’un matelas en mousse abandonné ou encore une brique isolée, tombée d’un mûr aux abords d’une rizière…
J'ai aussi découvert la peinture à cette période. Je photographiais tout en mettant en scène dans des espaces. Je m’appropriais un coin de rue et le temps d’un instant celui ci se transformait en petit théâtre improvisé.

Qu'est ce qu'on dit tes parents, t'ont-ils laisser partir ?
Ma mère m'a toujours encouragée à faire quelque chose que j'aimais. Elle est sensible à l'histoire de l'art et était donc ravie de m'avoir transmis  sa passion et curieuse de découvrir ce qu’il en découlait.


© Marie Benattar - Diptyque, doutes et convictions, lalala - (2013)


Tu sors major de ta promotion à l'Efet (école de photographie) en 2010…
As tu changé tes orientations artistiques depuis que tu as quitté l'école ou avais tu déjà une marque bien à toi comme aujourd'hui ?  
Je pense qu’il y a un lien très fort depuis Bali avec ce que je fais, c’est simplement une évolution qui se nourrit d’une expérience du monde mais aussi des passages dans différentes écoles.
Les Beaux Arts de Clermont Ferrand où j’ai étudié 3 ans m’ont permis une large expérimentation et ont amorcé un travail plus réfléchi. Là bas j’y ai développé un travail de dispositif entre la peinture et le corps puis à  l’école de photo l’EFET, étant dans une orientation plus mode, le corps-matériau s’est stylisé et est devenu une forme de figure coquette, ce qui me semble étroitement lié avec l’environnement parisien. 
Aussi aujourd’hui je cherche à poursuivre ce chemin qui me permet d’explorer à travers une discipline, la complexité du monde. Glisser entre les contraites de celui ci, prendre pied dans le temps, prendre son pied tout simplement pour un peu l’arrêter.
 

© Marie Benattar - (2010)


Tes photos sont épurées, colorées et géométriques notamment dans la série "Quelque part entre la spatialité des corps, des formes et des couleurs"... 
Quelle est l'origine de ce projet et comment construis tu tes clichés ? 
A cette époque c'était des recherches formelles. Tu as ton expérience et ta vie et des fois tu as envie de t'évader surtout à Paris. Il y a notamment cette petite figure qui se penche en quête d'un ailleurs. Ce sont des reliquats d'histoires. Comme j'aime bien la géométrie et le caractère abstrait dans les images, le fait d'avoir une lecture picturale, pour moi c'est une façon de trouver mes marques. Je dessine des petits schémas très simplifiés vraiment graphiques. Ce sont des rapports de formes dans l'espace. Le fait de travailler le dessin cela me permet d'avoir une idée à peu près claire pour pouvoir retranscrire à l'échelle humaine avec toutes les proportions. Puis vient la préparation en atelier, où je rassemble les éléments pour les photos 


© Marie Benattar - Behind a hot spot - (2010)


Qui et Quelles sont tes sources d'inspirations ? 
Une expérience traversée, des reliquats de ressentis, ce dont on ne peut pas parler. Cela s’exprime et semble se transformer en petites allégories. Mon autre source d'inspiration c'est l’Art, son histoire… Récemment je me tourne vers la poésie mais mon expérience est encore trop faible pour se faire sentir. 
Je me questionne également sur notre culture de l’image. Sa composition, non plus dans une empreinte de la lumière mais faites de programmes et de codes dans un univers numérique, visualisé dans un flux, sur un écran LCD… Un monde de l’image, accaparante, omniprésente.
Cela fait partie des questionnements qui m’habitent actuellement, j’ai finalement trouvé un moyen de transformer ce « rejet » et je pense que cela devrait ressortir dans ma prochaine série.


© Marie Benattar - Des nouvelles de Vénus 


Tes modèles sont exclusivement féminins plutôt "taillés mannequin" et tu as reçu la Bourse du Talent Mode il y a 3 ans… Quelle place a la mode dans ton travail ? Quelle relation artistique entretiens tu avec tes modèles ? 
Je me suis souvent posée la question d'utiliser mon propre corps, ce qui me déchargerait de pas mal de contraintes. Mais j’aime l’ouverture vers l’autre que la photo permet. Et puis il y a la possibilité d’être spectateur, là où l’on peut se laisser surprendre, où les choses nous échappent un peu et ou le hasard peut se glisser. 
Les compositions sont souvent rigoureuses, les modèles, qu’elles soient amies, issues d’un casting sauvage, ou encore modèles professionnelles, évoluent dans un cadre construit et décisif et je leur donne le plus souvent que des intentions comme directives.
Ensuite ce sont elles, avec leur naturel qui s’approprient l’idée et évoluent dans l’espace. Et ensemble nous cherchons une certaine justesse convoquant nos références mutuelles. C’est très enrichissant c’est un peu comme habiter chez quelqu’un, tu te sens chez toi mais tu es chez quelqu’un d’autre (rires). 
La mode, ça n’est pas tant le style de vie qui me plait c’est plutôt au niveau des créations il se passe beaucoup de choses, l’esthétisme est riche, les matériaux et les formes qui sont crées peuvent être très beaux c’est ce qui retient le plus mon intention. Je trouve ce secteur dynamique mais cette dimension du paraitre et du culte de l’image fatigue l’esprit. 
 

© Marie Benattar - Des nouvelles de Vénus 


Quel est ton rapport à la féminité, est elle gage de sensualité et de beauté pour toi ? 
Je mets en effet essentiellement des femmes au centre de mes photos. Peut être est-ce par projection. Le fait de pouvoir se projeter plus facilement sur les femmes. Peut être est ce le fait d'avoir grandi dans un univers essentiellement féminin ? Cela se fait naturellement! Mais je suis souvent très admirative des femmes, leur capacité à changer de facettes… Je trouve qu’il y a un registre très riche de caractères et de symboles. Elle sont également curieuses de se prêter au jeu des mises en scène et lors des prises de vues elles deviennent souvent de véritables alliées.


© Marie Benattar - Série du journal au roseau - (2014) 


Dans la série "à coté mais tout contre" un homme est venu se glisser parmi tes modèles, peux tu nous en dire plus sur cette série ? 
Je ne sais pas comment il est arrivé là (rires). Il était dans une école de stylisme, j'ai beaucoup hésité car le jour de la séance il y avait une amie à moi qui devait être au centre de la photo. On a essayé avec mon amie et cela ne m'a pas plu. Quand on a essayé avec lui c'était super. Cela a été aussi simple que cela. Après il y a d'autres modèles masculins dans mes photos mais ils sont souvent recouverts de noir. Ce sont des sortes de silhouettes énigmatique. J’ai actuellement un autre  projet avec un homme. Il s’agit d’une bataille avec lui-même, la série s’intitulera « la guerre de toi ». 


© Marie Benattar - La valse Turque Bachibuzuk - (2012)


Il y a quelques années tu as présenté ton travail à la BnF… Quelles réactions du public aimerais tu déclencher ? 
Offrir une invitation hors du temps. Provoquer une traversée féconde ; aussi bien la traversée que nous effectuons dans et par les images, que la traversée que par elles nous effectuons en nous-mêmes.

Quel est ton meilleur souvenir d'exposition ?  
A l'école des beaux arts j’ai animé avec plein d'amis, toute une façade, rythmé par des déplacements et des éléments colorés. J'ai vraiment beaucoup aimé cette dynamique et cette notion de tableau vivant.


© Marie Benattar - La valse Turque - Le manteau de Madame Saba (2012)


Quels sont tes actualités ou projets à court termes ? 
Je voudrais trouver un atelier, un lieu me permettant d’être dans l’expérience d’un work in progress, dans une disponibilité immédiate du faire favorisant le passage à une action que je souhaite plus spontanée et plus intuitive. Je pense d’ailleurs à m’installer dans une ancienne ferme mais toujours en France, afin de poursuivre mes travaux sur commande en parallèle à des recherches personnelles. J’aimerais davantage travailler à partir d’autres matériaux tel que le bois et le métal.

 
© Marie Benattar - La valse Turque - Matin sur la montagne noir - (2012)


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    • 2016-04-28 13:03:54
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  • Tags - #paris #photographe #photographie #mode #modèles #graphique #coloré #géometrique #féminin #cliché
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