Trëz matérialise les morceaux de rêveries dans la matière...

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Né un vendredi 13, Trëz est un artiste à l'univers sombre, qu'il qualifie lui même de "grotesque". Il choisira alors de se surnommer Trëz, un nom sur-mesure qui lui permettra de bien différencier son travail d'infographiste et celui d'artiste "rêveur" multitâches. En effet Trëz manie comme personne la peinture, la sculpture et la photo, mais nous confie qu'il a "senti grandir en (lui) l'affirmation d'une vraie identité visuelle" lorsqu'il s'est essayé au photomontage.
Son travail est puissant tout en étant emprunt d'une grande fragilité. Dans ses oeuvres Trëz "s'interroge sur ce que nous sommes, notre société, notre monde...". Il laisse ensuite au public le soin d'interpréter ses travaux, de s'exprimer et d'amorcer le dialogue. Artiste engagé, il ne souhaite cependant pas imposer ses idées, simplement "il laisse sortir". 
Nous sommes aujourd'hui vendredi 13 Mai 2016, la boucle est bouclée. Les plus superstitieux revenez demain pour lire l'interview de cet artiste hors du commun...


© Trëz - Grub 1


Votre public vous connaît en tant que Trëz... Quelle est l'origine  de ce nom ?
Le nom Trëz vient de ma date de naissance, je suis né un vendredi 13, je trouvais que ça sonnait bien de l'utiliser comme pseudonyme pour présenter mon travail créatif. Il m'a permis de différencier ma création personnelle de mon métier de graphiste exécutant pour lequel j'utilisais mon vrai nom. Cependant, je me consacre désormais pleinement à ma propre création, car j'ai stoppé récemment mon activité d'infographiste. Je pourrai donc présenter mon travail artistique sous ma vraie identité (Jérôme OUDOT), mais je crois m'être pris d'affection pour ce pseudo.

Pouvez-vous nous parler de vos débuts ?
J'ai toujours dessiné pour reproduire ce que j'avais en tête, depuis tout petit. A l'adolescence j'ai décidé de me tourner vers les cursus artistiques. J'ai pris des cours de dessins et d'art plastiques lorsque j'étais lycéen. Suite à l'obtention de mon bac, je suis entré à l'ESMA de Montpellier (École Supérieure des Métiers Artistiques) de 2003 à 2006 afin de suivre des études en Cinéma d'animation 3D et effets spéciaux. Une fois diplômé, je me suis installé à Paris pour exercer mon métier d'infographiste 3D.
En parallèle, je n'ai jamais cessé de développer mon univers personnel pendant mon temps libre, multipliant les expositions (depuis 2009), les rencontres et les projets, mais en faisant bien la distinction entre ma passion artistique et mon métier d'infographiste.
J'ai récemment changé de paradigme, me consacrant pleinement à ma création personnelle depuis le début de l'année 2016. On peut dire, en quelque sorte, que j'ai suivi le chemin de l'artiste et de l'artisan simultanément sur une longue période et maintenant, bénéficiaire de ses deux expériences, je sens le moment venu de m'affirmer pleinement en tant qu'artiste. C'est un parcours qui m'a profondément enrichi, qui m'a permis de balayer un large horizon et de forger mon identité.


© Trëz - Petit roi


Quelles ont été vos motivations premières pour créer ?
Quelque chose m’apparaît comme une évidence depuis peu de temps, c'est qu'au delà d'être créateur, je suis en premier lieu rêveur. J'aime me laisser porter par mon imagination depuis que je suis enfant. Ma motivation de départ a peut-être tout simplement été de ramener des morceaux de mes rêveries dans la matière. Chaque fois que je me remémore mon enfance, je me vois en train de dessiner. Je vois vraiment la création visuelle comme mon moyen d'expression. C'est plus simple et plus juste pour moi que de parler ou d'écrire par exemple. D'ailleurs, répondre avec des mots à cette interview est vraiment quelque chose de très complexe pour moi. J'ai l'impression que les gens en sauront d'avantage en regardant mes créations.

Quels messages souhaitiez-vous faire passer à travers votre travail ?
Au départ, enfant, je n'avais aucun message, c'est l'imagination qui déboulait sur le papier, c'était un jeu, un amusement absolu.
Par la suite, j'ai eu des combats à mener, des causes à défendre à travers mes créations. Je me suis donné de fausses raisons de créer et surtout, j'avais envie d'avoir raison, de prendre partie, de m'affilier à des groupes.
Puis j'ai lâché prise là dessus... je laisse désormais les choses venir d'elles mêmes. Je m'interroge sur ce que nous sommes, notre société, notre monde... mais je n'affirme plus rien, je ne défends plus un point de vue, je laisse sortir, je fouille, je questionne, je m'ouvre, je dialogue et je m'amuse comme au départ... la capacité d'émerveillement resurgit. Ça permet aussi au spectateur de se réapproprier mon travail, à y puiser ce qu'il veut, ça me semble plus fluide et ouvert, je ne bloque plus rien, je ne me coupe plus de l'autre.

Dans vos travaux vous mixez la peinture, la sculpture et le photomontage... Y a-t-il une pratique plus mise en avant qu'une autre ?
J'ai toujours développé mon univers à travers le dessin et la peinture, mais il est vrai qu'à la découverte d'un outil en particulier, j'ai senti grandir en moi l'affirmation d'une vraie identité visuelle. Il s'agit du photomontage. J'ai découvert cette technique peu de temps avant mes études d'infographiste, via le logiciel Photoshop. On m'a appris à maîtriser ce logiciel durant mon cursus en infographie et très rapidement, j'ai créé mes premières images sous mon pseudonyme. J'ai présenté ces créations sur internet, c'était la première fois que je dévoilais mon univers aux autres, on devait être en 2003 ou 2004. Jusqu'à récemment, je présentais cette technique comme étant mon médium phare, mais depuis quelques années, la sculpture et la peinture ont commencé à faire évoluer cette tendance. Je dirai même que ces trois outils, et d'autres d'ailleurs, entrent concrètement en résonance pour former un tout.


© Trëz - Idol Head

© Trëz - Freaky Mouse


Parlez-nous des médiums utilisés et de votre démarche artistique.
Il s'agit d'une sorte de boucle, de quelque chose d'intimement lié, malgré le fait que certaines pièces soient des sculptures, d'autres des peintures, etc.
Je retravaille mes photomontages avec de la peinture et du collage après impression, directement sur le tirage par exemple. Je fais quelque chose de similaire sur mes sculptures, je les peins de la même manière que je réalise une peinture, j'y colle des morceaux de papiers également en jouant sur les accumulations et soustractions. Il m'arrive de prendre en photo mes sculptures pour en intégrer des morceaux dans mes photomontages, etc. En somme, tout se répond, les techniques s'enrichissent entre elles ouvrant sans cesse de nouvelles perspectives d'hybridations. 
La forme entre directement en résonance avec le fond, avec les sujets que je traite. Mes œuvres confrontent matière et esprit, le visible et l'invisible. Je façonne des structures, sortes d'architectures composites dans lesquels se mélangent et se déchirent l'organique (souvent des corps) et le géométrique. Mon travail est résolument axé sur le rapport qu'a l'Être avec lui-même, sa quête de savoir, ses contradictions, son rapport à l'autre, à son époque et son milieu... Je suis constamment à la recherche de ce qui se cache derrière, au delà des apparences, d’où les différents niveaux de lectures, les accumulations et le mélange des médiums.

Comment définiriez-vous votre univers ?
Mon univers est de prime à bord plutôt sombre, triste et grotesque, mais mon but n'est pas de tourner en rond et de m'y complaire. J'y insère également des tonalités opposées, car la dualité est présente en tout. Je considère donc mon univers tout autant lumineux, onirique et beau. Je trouve qu'il y a une réelle dimension poétique dans mon travail, même lorsque je traite de sujets de manière très sombres dans la forme.


Vos œuvres mettent en avant des corps ou des visages...
Pouvez-vous nous en dire davantage sur vos sujets ? Que symbolisent-ils ?
En effet, corps et visages sont très présents dans mes travaux. Je les considère comme étant des matières premières de choix, des vecteurs d'émotions puissants. Les corps et les visages parlent, nous racontent des histoires, dialogues avec moi lorsque je les fais émerger.

Les squelettes reviennent aussi souvent, pourquoi ?
Oui, le squelette est un élément important de mon travail, car il est partie intégrante du corps que j'aime prendre pour sujet dans mes œuvres, tout en étant relié à un concept plus éthéré, la notion de mort. Toujours dans cette idée de superposition, d’accumulation cher à ma démarche, j'aime placer des éléments du squelette sur les chairs et non à l'intérieur, comme si l'on cherchait par endroit ce qui se cache derrière les choses, physiquement et spirituellement.
L'intérêt du squelette réside aussi dans la possibilité d'appréhender autrement la mort avec une vision différente de celle qui est véhiculée par la société occidentale. Pour moi, la mort n'est pas opposé à la vie, mais à la naissance. La mort est puissamment la vie. Une de mes pièces intitulée « Fertile » présente clairement ce principe, on y voit un corps en décomposition d’où jailli une plante. La notion de mort m'a particulièrement perturbée à une époque et il me semble avoir su m'accorder avec elle en l'incorporant à mon travail.


© Trëz - Danse Macabre


Êtes-vous un passionné d'anatomie ?
Le corps humain me fascine, comme dit précédemment, et j'aime le confronter à l'esprit. C'est donc pour cela que je m'intéresse particulièrement à une anatomie globale que je perçois de manière très personnelle. D'une certaine façon, je perçois mes travaux comme des planches anatomiques.
Les accumulations de médiums et de formes (organiques/géométriques) sont autant de couches d'épidermes, d'organes, d'imbrications osseuses, de calques spirituels qui constituent mes structures.


© Trëz - Structure 


Vous avez collaboré dernièrement avec des artistes belges du SQUID LAB sur un projet nommé « dépouilles célestes ». Quelle est l'origine de ce projet ?
Au même titre que le mélange de médiums est un fabuleux terrain de jeu et d'expérimentation pour moi, la collaboration artistique est un excellent moyen d'ouvrir de nouvelles perspectives de création. J'ai donc toujours eu envie de créer avec d'autres artistes autant pour le partage humain que pour ma propre démarche artistique.
Avec l'équipe du Squid Lab, tout c'est fait naturellement. Ils ont organisé une exposition collective durant le BIFFF (Festival International du Film Fantastique de Bruxelles) en 2011 et m'ont invité à y prendre part. Nous partageons des goûts communs avec, bien entendu, nos particularités propres. Ils viennent des effets spéciaux traditionnels et sont vraiment impressionnants dans leurs domaines! L'envie de travailler ensemble s'est imposée d'elle même.
En ce qui concerne notre collaboration «  Dépouille Céleste », nous avions fait quelques croquis, réfléchis un peu à la chose, mais on a surtout pris ça comme un coup d'essai. Nous voulions avant tout voir comment ça fonctionnait entre nous et nous sommes très heureux de cette expérience et du résultat. Je vous invite vraiment à découvrir leur travail si ce n'est pas déjà fait : www.squidlab.be

Quelles sont vos autres collaborations marquantes ? 
J'ai fait de nombreuses collaborations marquantes, avec mes anciens collectifs Oxyum et Octopulse, ou encore ponctuellement avec d'autres artistes. « Dépouille Céleste » avec l'équipe du Squid Lab est très importante, car c'est la dernière en date, celle qui de loin est la plus aboutie et qui annonce beaucoup de projets futurs en commun.
Un autre souvenir reste fortement gravé en moi, c'était en mai 2011, une semaine passée chez un ami artiste Suisse, Cédric Magnin, avec d'autres amis qui ont aussi fait partie d'Oxyum : Delphyne V. et Nico [Fracture//Lab]. C'était un superbe moment de partage et de création qu'il m'est impossible d'oublier.


© Trëz - Totem


Avez-vous de nouvelles collaborations en tête ?
Oui de nouvelles collaborations sont à venir, principalement avec mes amis du SquidLab, nous sommes d'ailleurs en train de mettre en place des choses pour les mois à venir en ce moment même. Je ne sais pas à l'heure actuelle de quoi il en retournera exactement, de nombreuses pistes retiennent notre attention, mais nous sommes en tout cas déterminer à faire de grandes choses ensembles, c'est certain ! Je conseille à ceux que ça intéresse de garder un œil là dessus.
J'ai également prévu de travailler à nouveau avec d'autres artistes, comme Nihil et Jean François B. (anciens membres d'Oxyum).

Vous êtes co-fondateur du collectif de vidéastes "Octopulse", et avez notamment réalisé la vidéo TAR, critique de la société actuelle et de la passivité des hommes. 
Quelle est la place de la vidéo dans votre travail ? Quel lien établissez-vous avec vos œuvres plastiques ?
Mes études d'infographiste, tournées vers le cinéma d'animation, ont développé chez moi le goût de raconter des histoires et d'expérimenter via ce médium vidéo. Raconter une histoire en une image ou une sculpture est un challenge passionnant, mais pouvoir la développer, la faire évoluer dans le temps et y ajouter une autre dimension l'est tout autant.
La vidéo est à mes yeux un superbe outil de création, tout comme la peinture, la sculpture... Il serait intéressant pour moi de pouvoir l'insérer à nouveau dans ma boucle de médium, de le confronter à ce que je fais actuellement en peinture, sculpture, photomontage... Mais cela fait plusieurs année que nous n'avons pas travaillé avec le collectif Octopulse, pour des raisons d'emploi du temps principalement et je ne ressens pas l'envie, à l'heure actuelle, de me lancer seul dans une nouvelle production vidéo. Je ne me ferme pas pour autant à l'idée de travailler avec ce médium à nouveau dans le futur.


TAR from OCTOPULSE on Vimeo.


Quelle analyse feriez-vous de la société dans laquelle nous vivons actuellement?
Lorsque j'ai réalisé le court métrage TAR avec Octopulse, j'avais assurément une vision très négative de notre monde. J'étais dans ma période guerrière. TAR était une critique claire de la société de consommation, de l'abrutissement de masse, du saccage écologique... Disons que j'ai changé de point de vue. Je suis sorti du principe de prise de position radicale. Le monde est à l'image de ce que l'on en fait et j'ai remis à sa place la notion de bien et de mal. Je préfère maintenant me positionner différemment, j'interroge et je m'interroge à travers mon travail, en essayant d'arrêter d'avoir raison.

Vous parlez même de « lavage de cerveau », pourquoi ?
Oui, j'abordais ces thèmes, la consommation de programmes audiovisuels bas de gammes ainsi que la désinformation organisée qui nous abrutissent et nous façonnent. Ces sujets me torturaient vraiment, ou plutôt, je me suis torturé avec. Désormais, je peux toujours les traiter dans mon travail, mais j'arrive à ne plus en être affecté, simplement en changeant mon angle de perception. Disons que j'ai posé les armes et c'est le meilleur moyen sortir de ce genre de boucle sans fin.


© Trëz - The Heir of the Grotesque

© Trëz - Le Nid II


Vous avez exposé dans de nombreuses villes à travers le monde...
Comment votre travail est-il accueilli et compris selon les pays où vous avez exposé ?
C'est un réel honneur pour moi d'avoir pu exposer dans de nombreux pays et l'accueil a toujours été bon. Ça me conforte dans le fait que tout le monde peut se réapproprier mon travail malgré ses particularités. Il ne s'agit pas d'une œuvre égoïste et auto centrée, mais bel et bien d'un début de dialogue. Accrocher mes œuvres quelque part, c'est commencer à parler avec ceux qui les regardent.

Quel est votre plus beau souvenir d'exposition ?
De nombreuses expositions ont été vraiment marquantes, pour bien des raisons. Difficile d'en extraire une, mais je vais jouer le jeu. Je dirai donc la collective « Fin du Monde - Ethnographie » à Bordeaux fin 2012. Cette exposition a été organisée par un ami sculpteur, Yoann Penard et la Galerie [Cendre] dont il fait partie, dans un magnifique et immense lieu, l'espace Chantecrit. Tout était parfait, la beauté du lieu, la splendide scénographie, le public bien présent, de nombreuses ventes et surtout à mes yeux, la qualité des œuvres et performances présentées. Je me suis senti profondément honoré de pouvoir exposer aux cotés d'artistes pour lesquels j'avais une profonde admiration : Olivier de Sagazan, Rémi Trotéreau, Robert Keramsi, Jean Louis Ricaud ou encore Yoann Pénard pour n'en citer que quelques uns. Au-delà du fait d'avoir pu y participer en tant qu'artiste, je dois aussi reconnaître qu'il s'agit de la plus belle exposition à laquelle j'ai assisté jusqu'à maintenant en tant que spectateur.

Quels sont vos actualités ? Projets à venir ?
Plusieurs choses sont en préparation, notamment de nouvelles pièces. Des projets d'exposition se mettent en place, notamment ma participation au salon Figuration Critique à Paris en Septembre. De futures collaborations avec le SquidLab sont en phase de pré-production et devraient débuter cet été. Et bien entendu j'ai pour but de poursuivre ma démarche d'expérimentation et de participation à des projets toujours plus enrichissants.



© Trëz


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    • 2016-05-20 12:11:34
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  • Tags - #videos #photomontage #artiste #infographie #anatomie #technique #sombre #visages #matière #rêves #squelette #trez art #vendredi 13 #fascination #octopulse #songes #squidlab #depouilles celestes
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