La féminité au travers des visions oniriques du photographe Nöt ...

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"Parfois, comme naufragé, on se retrouve à adopter une plage, sans le moindre regret du navire échoué… "
C’est dans la région des Hautes-Pyrénées dont "les reliefs, les allures escarpées nourrissent continuellement le désir de chanter sa beauté", que le photographe Nöt s’est laissé chavirer, laissant libre cours à son expression artistique.
Dans ses oeuvres, des silhouettes féminines sont mises en scène, dans le plus simple appareil, au coeur des paysages à la fois inquiétants, envoûtants et hypnotisants.
Au travers des visions oniriques, l'auteur-photographe s'interroge sur le rapport de l'humain avec la nature et met en exergue la féminité - "les notions de force et de courage dont font preuve les femmes face à ce monde effroyable... monde dont elles sont pourtant génitrices".


© Nöt - Gypaeth  


Nous avons découvert que vous "préférez colporter par vos images une sensibilité légèrement versatile"… Comment votre intérêt pour le medium photographique est-il né et s’est-t-il développé ?
Du souvenir le plus lointain, l'attrait envers la capture d'images est apparu lorsque - avant l'âge de dix ans - j'ai réalisé que je pouvais faire des images floues. Le reflex de mon père le permettait, je me suis alors fait un malin plaisir de traiter quelques pellicules de la sorte. Cet outil me donnait donc l'opportunité de traduire mon monde, celui d'un môme solitaire, un brin différent et surtout extrêmement myope.
Je suis rapidement passé à d'autres jeux photographiques sans pour autant m'attacher à la pratique, ayant une nette préférence pour le dessin. Quelques déclenchements ça et là durant l’adolescence, rien de pertinent... puis les beaux-arts, l'apprentissage du labo, l'accès à d'autres focales, les premiers portraits (de femmes aimées), cela semble même plaire à ces dernières, l'intérêt pour la photographie s'étoffe.
La première série émerge, sur l'autoportrait. Cela peut sembler tout à fait banal à l'heure actuelle... mais, demander aux individus que l'on croise au quotidien de se prendre en photo, avec un même angle, un même appareil, cela constituait un parti-pris photographique dans les années 90... et un financement assez laborieux en terme de péloches, développement etc. (J'avoue avoir fait acte de vol dans certaines FNAC du sud de la France / Il y a prescription...). En somme, je me trouve en possession de centaines de selfies, des strictes inconnus, des personnes depuis disparues, d'autres toujours bien là, en pleine forme, 20 ans plus tard... 


© Nöt - Lhychen


Quel rôle votre rencontre avec Audrey Tabary a-t-elle joué dans votre perception de l’image ? 
Fin 90, rencontre avec Audrey Tabary, rencontre amoureuse avant tout, qui me mène vers Marseille. Je déambule dans son environnement photographique, je perçois les techniques et m'attache à cette folie douce qui règne dans ce milieu. J'exerce en parallèle le rôle de modèle de nu pour Audrey et certaines de ses collègues, me laissant du coup trimballé dans quelques péripéties phocéennes...
C'est une période où les éléments s’assemblent, un rébus étrange se met en place, liant la solitude salvatrice de la quête photographique à une certaine présence sociale, mêlant mon regard sur la folie et le néant à l'intrigante beauté des femmes.

 
© Nöt - Flat & Fall (Drone Nude Art)
© Nöt - Flat & Fall (Drone Nude Art)
© Nöt - Flat & Fall (Drone Nude Art)


Votre résidence dans la région des Hautes-Pyrénées semble avoir joué un rôle majeur dans votre travail, dans lequel on retrouve ses paysages et ses forêts…
Quel rapport entretenez-vous avec la nature et en particulier avec la région des Hautes-Pyrénées ?
Parfois, comme naufragé, on se retrouve à adopter une plage, sans le moindre regret du navire échoué...  Certes, les Pyrénées sont un environnement brut, encore insoumis, ses immenses vagues minérales t'assiègent, te réduisent à l'infime échelle humaine... 
A la fois, elles te transmettent un sentiment de sécurité, une quiétude, une contemplation sans cesse renouvelée. Ses reliefs, ses allures escarpées nourrissent continuellement le désir de "chanter" sa beauté. Nul besoin d'arpenter la chaine de long en large pour dégoter les lieux d'inspiration, un court rayon d'action autour de mon chez moi (Bagnères de Bigorre) me suffit amplement pour mener l'essentiel de mes projets.


 © Nöt - Isole

 © Nöt - Gypaeth


Dans votre série "Lhychen" vos modèles semblent ne faire qu’un avec la nature. S’agit-il d’une réflexion sur le retour à l’état sauvage ?
"Lhychen" est une suite spécifique, exclusivement réalisée dans certains lieux des environs. Des zones humides où l'ensemble des arbres est couvert d'une mousse épaisse et détrempée... Un biotope rare, vulnérable plus connu sous le doux nom de "petite Amazonie des Pyrénées". Cette série s'empare de la sensation de fragilité induit par cet environnement, l'incarne dans de frêles silhouettes, puis les abandonne dans ces gouffres gesticulants et inextricables. Un jeu de perspectives s'instaure, déplaçant soudainement le prédateur vers les griffes de sa proie.



© Nöt - Lhychen


Quelle est votre vision du rapport qu’entretien l’homme moderne avec la nature ?
Le rapport homme/nature me semble complexe à décrire par les mots, mes images parcourent fréquemment ce propos entre un certain défaitisme et l’espoir d'une nouvelle conscience.


 © Nöt - Supplique


Vos séries "Flat and Fall" et "Gypaeth" ont été réalisées à l’aide d’un drone. Vous avez d'ailleurs intitulé ces 2 projets par l’appellation originale de "drone nude art".
Quelle est la genèse de ces 2 projets ? 
Pourquoi avoir fait le choix d’utiliser le drone et de le croiser au nu artistique ?
Ces deux séries sont issues d'un travail collaboratif avec un ami, Fabien Lejaille. C'est un homme ingénieux, bidouilleur et à la fois rigoureux dans ses démarches. Il sait élaborer des machines volantes d'une grande fiabilité, ne recule pas devant les difficultés quand il s'agit d'effectuer des vols plus ou moins périlleux. Si il n'avait pas été là, à proximité, avec ses aéronefs (il n’adhère pas à l’appellation "Drone"), je n'aurais peut-être jamais échafaudé ce mix vue aérienne / nu artistique.
J'ai été ensuite surpris par l'absence d'images dans ce style au gré de mes recherches sur le net, mis-à-part le magnifique travail réalisé par John Crawford dans les années 80..., cependant nous étions sur un tout autre propos.
L'étape de l'exécution du projet fut amplement plus complexe : revoir toute ses notions de repérages en matière de lieu, déceler les modèles aptes à ce genre de performances, respecter la multitude de critères techniques de vol et surtout... la sécurité...
Quelques frayeurs nous attendaient en effet, les shootings aériens en milieu montagnard parfois en plein hiver étant soumis à bon nombre de perturbations. Il s'agissait ensuite de trouver le rendu en post production, de révéler l'esprit de ces deux séries. Bref, de cette idée simple a découlé une ribambelle de réflexions techniques et artistiques et nous sommes, malgré l’avancée du projet, toujours en train de triturer le processus, de l'optimiser, afin d'obtenir des images plus pertinente encore.



© Nöt - Lacustre


Pouvez-vous nous éclairer sur votre mode opératoire… des préparatifs au rendu final ?
Concernant le mode opératoire, il s'agit déjà de regrouper l'équipe sur le lieu sélectionné et cela au moment même où la lumière est compatible : un ciel blanc, nuageux mais lumineux. En effet la vitesse d'obturation de l'appareil se doit d'être assez élevée pour parer aux soucis de vibrations du drone. Le diaph, lui, doit être suffisamment fermé afin d'avoir une certaine tolérance au niveau de la netteté, les altitudes de vol étant extrêmement variables. 

Compte tenu de la courte durée de vie des batteries du drone, le temps de prise de vue est assez court, soit, actuellement 4 vols de six minutes max par modèle, parfois moins selon la présence du froid ou de vent. Les modèles sont briefées en amont de la session. Etant donné leurs capacités sportives et artistiques (une majorité de danseuses), elles n'ont aucun mal à appréhender l'esprit des poses et l’amplitude des mouvements à proposer durant ces courtes séances.
Durant le vol, la modèle reste entièrement autonome, loin de nous elle ne peut recevoir d'indications en direct, elle reste aussi libre d'improviser si cela correspond au thème abordé.
Quant au pilote, il est à mes cotés, je lui livre mes indications afin d'obtenir le cadre et la composition désirés, il reste cependant décisionnaire selon l'évolution du vol et le respect des règles de sécurité. Me concernant, je reste rivé à l'écran de contrôle (parfois sévèrement brouillé), m'acharnant à composer une image digne d’intérêt lorsque tous les paramètres sont réunis...


© Nöt Lhymb
© Nöt Lhymb
© Nöt - Lhymb


Dans votre série "Lhymb", les modèles semblent être littéralement aspirés par un tourbillon d’éléments naturels. Qu’avez-vous souhaité exprimer à travers ce projet photographique ?
"Lhymb" est la résultante d'une suite d'erreurs sur le logiciel Kolor Pano Pro. A l'époque, un projet professionel (assemblage panoramique traditionnel) m'imposait son utilisation et comme souvent une suite de faux-pas mène à des rendus inattendus, parfois intéressants. 
Au travers de ces visions oniriques c'est, une fois de plus, la féminité dont il est question : Les silhouettes s’effondrent dans les ténèbres, luttent contre d'absurdes vertiges ou bien combattent des tourbillons de végétaux fous... La confusion s'installe par tant de perspectives truquées, laissant planer un doute sur l'intériorité ou l'extériorité de la scène. La représentation du ventre et des orifices se faufile dans un paysage aliéné ; pour bientôt soumettre aux spectateurs les notions de force et de courage dont font preuve les femmes face à ce monde effroyable... monde dont elles sont pourtant génitrices.


© Nöt- Lhynceul
© Nöt - Lhynceul
© Nöt - Lhynceul


Dans votre série "Lhynceul", cette fois c’est la nature qui s’exprime sur et à travers les corps de vos modèles. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre manière d'appréhender la double exposition ?
Qu’est ce que cette technique vous a permis de mettre en lumière ?
"Lhynceul" peut s'inscrire dans la mouvance de la double-exposition, c'est comme cela en tous les cas que je le décris de manière synthétique. C'est surtout une longue suite d'assemblages et de découpages numériques. C'est aussi la nécessité de percevoir le point de saturation de l'assemblage panoramique, certaines images pouvant contenir (dans les silhouettes) près de 200 photos assemblées et juxtaposées.
La forme, au final, demeure pourtant simple, les corps presque conventionnés, comme baignés de lumière, si proches des dictats publicitaires...
La volonté de porter les mains sur le devant de la scène permet de rompre avec le caractère anonyme du corps, on découvre alors sa volonté de rester digne, droite, sa maitrise du paraitre, la dextérité dont peut faire preuve une femme pour dissimuler ses ténèbres.
 
Vous réalisez d'autres photographies éclectiques. Pouvez-vous nous parler d’une création qui vous tient à cœur ?
J'ai peu d'affection pour mes images, je les considère comme de simples parcelles de mes présents, des moments captés qui ne prennent leur valeur qu'au contact des autres... cependant il y a certaines photographies qui sont précieuses de par les circonstances qu'elle évoque, le souvenir, le sentiment qu'elle ravive.
"Glougloute" ne ressemble en rien a ce que je peux produire habituellement, c'est une photographie loufoque, sans prétention, à part peut être susciter un sourire simple et enfantin... pour ma part elle me ramène à un excellent moment partagé avec ma compagne Coralie, un instant où nous nous sommes retrouvés hilares devant cette scène absurde, tel des enfants découvrant pour la première fois ces étranges bestioles... Quelques minutes passées sur le bord d'une route paumés en plein cœur du Gers, une vue simple, mais qui m'inspire à chaque fois que je l'observe, une joie certaine. 



     © Nöt - Glougloute


Quels sont vos projets et envies pour la suite ?
J'ai une certaine incapacité à percevoir les projets à venir, je m'inscris plus naturellement dans le présent, comme un penchant dionysiaque qui peut me guider vers un rejet soudain de tout ce que je produis pour attaquer tout autre chose. Bien entendu, il y a l'envie de poursuivre certaines séries, que celles-ci trouvent leur public... Mais le désir le plus fort réside dans le fait de continuer à expérimenter, de nourrir cette quête de l'instantané, de m'étonner chaque jour encore de l'étendu cet art.
 
 
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    • 2017-04-14 14:17:15
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  • Tags - #photographie #france #noir et blanc #photography #Paysage #nature #drone #Hautes-Pyrénées #nues #silhouettes féminines #Montagnes #nude
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