Au coeur de la création avec la chorégraphe Marie Chouinard

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Chorégraphe, danseuse, interprète, Marie Chouinard est avant tout une artiste qui cherche à ''réinventer des univers, des mondes, comme si chaque nouvelle création pouvait proposer un nouveau pays, une nouvelle manière d’être au monde, un nouveau langage…''. Selon Marie Chouinard tout commence par une intuition, et prend forme avec une énergie "qui apparait un peu comme un feu constant, dans les entrailles"...
Nous sommes heureux de partager avec vous le fruit d'un échange vibrant, avec une chorégraphe bouleversante. Interview ! 



Marie Chouinard © Photographie de Laurence Labat

Après douze années sur les scènes du monde sur lesquelles vous avez interprété vos chorégraphies solos, vous fondez en 1990 votre Compagnie.
Quelle démarche artistique développez-vous à travers elle ? 
Je ne vois pas les choses de cette manière, je ne réfléchis pas en terme de « démarche artistique ». Je suis une créatrice et je crée. À chaque fois que j’entreprends une nouvelle création, ce qui m’intéresse, c’est de développer un nouveau langage. J’essaye d’inventer les gestes qui correspondent à cette œuvre précisément. Donc ne pas reprendre des gestes déjà connus de moi, ce qui m’intéresse : réinventer des univers, des mondes, comme si chaque nouvelle création pouvait proposer un nouveau pays, une nouvelle manière d’être au monde, un nouveau langage… 
 
Où puisez-vous votre énergie créatrice, vos inspirations ?
C’est une énergie qui m’apparait un peu comme un feu constant, dans mes entrailles. C’est quelque chose qui s’alimente simplement par le fait de respirer. Ce n’est peut être pas pour rien qu’on emploie le mot inspiration, ça veut carrément dire "i-n-s-p-i-r-e-r " !  Donc probablement l’inspiration se nourrit de l’air, de cette substance invisible et chargée de tout le souffle de la création… c’est ça qui nous nourrit. 


''Soft Virtuosity, Still Humid, on the Edge’’ 
© Photographie de Nicolas Ruel  
Interprètes/Danceurs : Mariusz Ostrowski & Paige Culley
 ''Soft Virtuosity, Still Humid, on the Edge’’ 
© Photographie de Nicolas Ruel  
Interprètes/Danceurs : Sébastien Cossette-Masse 
Lucy M. May & Carol Prieur
 


Vous explorez les possibilités artistiques et esthétiques qu’offrent les différentes disciplines comme le cinéma, photographie, dessin, performance, l’écriture...
Comment "harmonisez-vous" ces diverses pratiques artistiques au sein de votre processus créatif ?
Parfois je vais écrire un livre de poèmes et là je suis complètement écrivain, une autre fois je vais réaliser un court-métrage et là je suis absolument réalisatrice et scénariste. Ce sont des aventures qui ne se combinent pas nécessairement, mais qui ont toujours pour base le corps comme matière première. Peu importe le médium que je vais employer, je crois que le corps est mon dénominateur commun.
 
Quelle importance accordez-vous à la musique dans vos oeuvres ? 
Une très très grande importance, même si la musique… vient presque en dernier chronologiquement ! 
Je crée l’œuvre chorégraphique et ensuite je la présente au compositeur, Louis Dufort, avec qui je travaille depuis 20 ans maintenant, et c’est à partir de ce moment-là que l’on avance dans la création musicale.  La musique est néanmoins extrêmement importante, car elle va tout unifier, donner un esprit supplémentaire… une espèce de résonance. Je la veux souvent très connectée avec les détails des gestes. La musique est à la fois atmosphère autour de l’œuvre gestuelle et quelque chose qui vient supporter avec précision des mouvements particuliers. 


 ''Soft Virtuosity, Still Humid, on the Edge’’  
© Photographie de Nicolas Ruel  
 
Interprètes/Danceurs : Megan Walbaum
 ''Soft Virtuosity, Still Humid, on the Edge’’  
© Photographie de Nicolas Ruel  
 
Interprètes/Danceurs : Valeria Galluccio 


En avril 2016, avez été décorée de la plus haute distinction des arts du spectacle au Canada. Ces soutiens viennent s’ajouter à de nombreux honneurs que vous avez reçus tout au long de votre parcours… 

Quel a été votre ressenti face à ces soutiens et récompenses…?
J’ai ressenti qu’on m’envoyait, qu’on me comblait d'une vague d’amour… !
 
Ont-elles impacté la suite de votre parcours ?
Oui, ça impacte toujours. C’est un bel encouragement pour continuer. Je l’entends comme un ‘’On en veut d’autres !‘’ (rires).
 
Si vous aviez un conseil à donner aux jeunes danseurs passionnés, lequel serait-il ?
Travailler… travailler beaucoup, toujours travailler, travailler, travailler… mais pas seulement !
Il faut aussi prendre le temps de retourner à une solitude extrême, dans laquelle on retrouve pourquoi on pratique une forme d’art, et quel est notre lien avec le monde par cette forme d’art.  Travailler beaucoup, et se donner le temps régulièrement de retourner aux sources profondes de notre engagement.




 Extrait de ''Soft Virtuosity, Still Humid, on the Edge’’ © Marie Chouinard


Vous dites appréhender ''la danse comme un art sacré, une interprétation virtuose et l’invention, à chaque nouvelle chorégraphie, d’un univers différent''....
Entrer dans un studio vide, avec des danseurs devant moi - c’est la même genèse pour chaque œuvre  probablement - et avoir depuis des mois déjà en moi une intuition qui s’est tranquillement précisée sans que je puisse la nommer clairement. 
Pour la préciser je dois entrer en studio, passer à l’acte. Je demande aux danseurs d’incarner certaines pistes que je pressens, je fais immédiatement des essais pour faire s’incarner cette intuition-là, dans leurs corps. Puis, tranquillement ça se développe… Ça commence toujours très doucement avec des gestes que je sens reliés à cette intuition primordiale qui est celle de cette œuvre-là. 
Cela peut commencer par des mouvements-sensations très fins et précis dans le corps, ou par une énergie générale du groupe. C’est comme un peintre qui commence avec ses couleurs, des élans sur la toile ou un musicien qui chantonne une mélodie… 
Puis à force de travail, je comprends de mieux en mieux par quelle incarnation l’œuvre doit passer. Je n’arrive pas avec un plan structuré comme un architecte, j’arrive plutôt avec quelque chose qui est plus de l’ordre des odeurs et des sensations… 



 ''Soft Virtuosity, Still Humid, on the Edge’’  
© Photographie de Nicolas Ruel  
 
Interprètes/Danceurs : Megan Walbaum, James Viveiros & Paige Culley


La notion spirituelle est au coeur de votre pratique et approche de la danse… pouvez-vous nous en dire plus ?
Cette phrase je l’ai dite il y a peut être quarante ans… déjà quarante ans ! Quand je mentionne une dimension spirituelle, c’est celle qu’on retrouve chaque œuvre d’art, chaque création de la nature, chaque chose est en relation avec "l’arrière-plan des choses". Entrer en phase avec "l’arrière-plan des choses" c’est peut dire aussi un lien très concret avec la réalité.  On peut parler de notion spirituelle, mais j’emploierais plutôt ces mots aujourd’hui : "être en relation avec l’arrière-plan des choses". 
 
Quelles émotions souhaitez-vous susciter - que ce soit chez les spectateurs que chez les danseurs ?
Je cherche à créer une œuvre, je ne cherche pas créer des émotions. Il se peut qu’une œuvre déclenche des mouvements dans la psyché du spectateur ou des mouvements dans sa respiration. Normalement, si l’œuvre va jusqu’au spectateur et si je le rejoins en son essence, il y aura une création de mouvements dans son être.
 
Que pouvons-nous vous souhaiter pour la suite ?
Continuer d’avoir autant de joie à créer. 


Marie Chouinard © Photographie de Karine Patry

 
 
RETROUVEZ LA COMPAGNIE MARIE CHOUINARD :
    • 2016-07-08 09:18:01
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  • Tags - #danse #Montréal #mouvement #canada #spectacle vivant #Festival d'Avignon #danseurs #compagnie Marie Chouinard #Danse contenporaine
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