L'art vertigineux, sensoriel et poétique d'Antoine Gamard

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Spécialisé en sérigraphie, Antoine Gamard a étudié aux Beaux-Arts et fréquenté l’atelier de Claude Viallat… A travers ses oeuvres rythmées par "la blancheur du calligraphisme (qui) dessine des sinuosités, des réseaux comme le flux de la circulation urbaine sur une cartographie colorée", le visible devient invisible, le fond devient sujet…
''Une grande partie de mon travail s’articule autour de cette problématique où l’écriture – un enchainement de tags – vient recouvrir en partie ou totalement l’œuvre première'' confie l'artiste...



Antoine Gamard


Graffitis, collages, tags, pochoirs...  c'est à l'âge de 11 ans, sur le chemin de votre école, que vous avez découvert le Street Art. Qu'est-ce qui vous a attiré dans cette forme d'expression artistique ? 
Le fait qu’elle soit éphémère, imposée au vu de tous – sans permission. Radicale pour l’époque !
En '89, cette forme d’art n’était pas reconnue en tant que telle. C’était juste un moyen d’expression pour une jeunesse qui cherchait à s’affirmer. Une façon d’être différent, de s’inscrire dans un schéma alternatif, underground. L'art urbain en tant qu'initiative individuelle m’a poussé à m’interroger sur la ville, son avenir, mon devenir. 
 
Comment cet attrait a-t-il évolué ?
J’ai grandi dans le treizième arrondissement (de Paris - ndlr), où le ciel s’empale sur les tours de la place d’Italie. C’est dans cette jungle – moins Paris qu’une abstraction – que j’ai traversé l’enfance à la recherche d’espaces abandonnés, refoulés, en friche.
Une façon pour moi d’interroger le fait urbain à partir de ce qu’il cache, de débusquer dans les terrains vagues une autre réalité de la ville. De passage à Cologne, en Allemagne, un ami m’a emmené visiter le musée Ludwig. J’y ai découvert une grande variété d'œuvres du XXe siècle, renvoyant au Pop art, à la photographie, à l'art abstrait ou au surréalisme. Je me souviens d’une émotion puissante faisant place à beaucoup d’interrogations… J’ai commencé à fréquenter les musées ! C’est alors que j’ai eu cette intuition : les graffitis portent un message au-delà des lettres et des couleurs. Ils disent autre chose que la ville, la rue. Et si les graffitis écrivaient le blanc ? S’ils étaient un moyen de retrouver un élan originel ?


Boys in the hood - Acrylique sur toile / 130 x 195 cm / 2007 
© Antoine Gamard
Remix - Acrylique sur toile / 97 x 122 cm / 2012  © Antoine Gamard
Blitz - Acrylique sur toile / 126 x 176 cm / 2012  © Antoine Gamard


Vous avez suivi une formation à l'École des Beaux-Arts de Paris et avez fréquenté l'atelier de Claude Viallat avant de vous spécialiser en sérigraphie. Aujourd'hui, les effets de répétitions et de superpositions font partie intégrante de votre processus créatif.
Pouvez-vous nous en dire plus sur votre mode opératoire et les différentes techniques utilisées ?
Nourri d’une réflexion sur le post-graffiti, je pars du constat que la profusion des graffitis tend à réduire leur signification à un degré zéro pour devenir pure abstraction. Une grande partie de mon travail s’articule autour de cette problématique où l’écriture un enchainement de tags vient recouvrir en partie ou totalement l’œuvre première. Le blanc me sert à masquer, effacer. J’aime le rapport du visible à l’invisible : ne pas montrer ce qui est visible mais ce qui rend certaines choses invisibles et assure la visibilité d’autre chose.
 
Quel rapport établissez-vous entre votre parcours artistique et votre culture urbaine ?
Une confrontation – violente. Lorsque je suis entré aux Beaux-Arts de Paris, j’ai rencontré de la réticence envers ma pratique et surtout mon esthétique. Beaucoup d'artistes de renom qui y enseignaient étaient hermétiques à une possibilité de renouveau de l’art autre que celle portée sur le discours : le concept de la mort de l’art sans cesse reportée y faisait foi. Dans la rue, j’étais mal considéré. Les communautés porteuses de ces deux bords ne m’ont jamais accepté. C’est comme ça que je me suis construit, développant une pratique de réconciliation entre le discours et l’esthétique.
L’atelier de Claude Viallat était mon havre de paix.


Hétéronyme & père - Acrylique sur toile / 82,5 x 104 cm / 2012 
© Antoine Gamard
Blue eye - Acrylique et peinture aérosol sur toile / 46 x 65 cm / 2016 
© Antoine Gamard


Comment parvenez-vous à harmoniser vos différentes aspirations et inspirations artistiques?
Ce qui est Beau est vrai ! J’entends donner à ma peinture la forme la plus élaborée et la plus harmonieuse, afin qu'elle soit un pur "objet de délectation". Chaque toile concrétise une idée qui en amène une autre : je me laisse porter. Comme le dit si bien Guillaume Sire : « Une nouvelle cohérence viendra, qui ne sera pas une cause mais un effet. Elle jaillira, comme une réponse à une question que l’artiste ne sera pas certain d’avoir posée. »
 
A travers vos œuvres vous livrez une vision vertigineuse, sensorielle et poétique de notre société... Pouvez-vous en dire plus sur votre démarche guidée par la saturation des motifs et des écritures ? 
Avec chaque mot, portion indivisible du réel, j’exprime en les combinant le tout que forme chaque chose. En saturant l’espace de la toile, lire un tag – en identifier les différentes lettres – devient un exercice laborieux, une devinette où les repères formels sont abolis. Si la lettre fournit l’unité de base du langage, elle est immédiatement prise dans le jeu d’une fusion entre le signifié et le signifiant, la forme et le contenu, où s’abolissent les frontières du distinctif et du significatif.


 Flight over city - Acrylique et peinture aérosol sur toile / 116 x 89 cm
2015 
© Antoine Gamard


Que vous permet-elle d'exprimer et d'explorer ?
Une expérience sensible chargée de Sens, d’images et d’émotions. En imbriquant les signifiants aux signifiés afin de confondre la forme et le contenu, le tag s’affranchit de la logique binaire propre à la corrélation codifiée de la langue. Il dé-clôture les espaces de Sens au profit d’évocations sans cesse renouvelées, vers ce que l’on peut reconnaître comme le monde de l’imaginaire. 
C’est la pensée elle-même qui est en jeu et plus spécialement la pensée conceptuelle. Le langage peut évoquer l’absence, dire ce qui n’est pas, non seulement en témoignage de ce qui est ailleurs ou passé, mais aussi comme possibilité infinie d’invention, de jeu et de métaphore. Le langage ne saurait alors être réduit à un simple instrument.
 
Depuis 2015, vous avez décidé d'intégrer des animaux dans vos toiles. Pouvez-vous nous expliquer ce choix ? 
C'est un monde onirique que j’ai voulu dépeindre où l'émerveillement face à la Création s'oppose à notre contemporanéité. Une opposition de façade puisque ces deux éléments partagent en réalité leur essence éphémère. Plus récemment, les animaux sauvages ne sont plus superposés aux graffitis mais fondus à l’intérieur. Les contours, soudain, deviennent blancs, ils sont la page blanche, l’absence, accouchés par le langage, formulés, révélés depuis l’intérieur du Sens. Les graffitis retrouvent leurs couleurs et le fantôme de la Nature surgit, rendu à lui-même par des signifiants empilés jusqu’au vertige.
 
Que symbolisent-ils pour vous ?
Un retour à l’état de nature. « Si on ne réfléchit pas à ce qu’est la nature dans la ville, on la condamne. »


Turtle's escape - Acrylique sur toile / 89 x 130 cm / 2016 
© Antoine Gamard 
Homeless kingdom
Acrylique et peinture aérosol sur toile / 130 x 195 cm
2015 © Antoine Gamard
A ghost under the snow - Acrylique sur toile / 97 x 130 cm
2016 © Antoine Gamard
 


Comment percevez-vous en tant qu'artiste les mutations et les évolutions du Street Art et son entrée en galerie ?
Ce courant est en perpétuelle évolution même si son entrée en galerie n’est pas nouvelle et ne change rien au phénomène. Depuis quelques années on assiste à une explosion du genre qui œuvre à sa reconnaissance par les galeries, lui conférant ainsi une valeur marchande. Certains diront que cela le dénature. Mais son acceptation en permet une diffusion plus large, faisant de cette culture un courant fertile. Le débat s’élargit et passionne de plus en plus de gens. Pour moi, ça c’est fécond !


 Vu de l’exposition collective
« Kaleidoscope - Optical Sweets for the Eyes » 
Speerstra Gallery – Suisse / 2015
 
 
RETROUVEZ ANTOINE GAMARD :

    • 2016-10-24 08:06:12
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  • Tags - #street art #serigraphie #TAGS #animaux #art urbain #calligraphie #écriture #graffitis #Antoine Gamard
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