Chorégraphe-explorateur, Damien Jalet étudie le corps à l'état brut

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C'est au Festival d'Avignon 2016 que nous sommes partis à la rencontre du talentueux chorégraphe Damien Jalet.
Au côté de son fidèle collaborateur, Sidi Cherkaoui, il présentait Babel 7.16 dans la cour d'honneur du Palais de Papes. Cette rencontre a aussi permis de revenir sur son travail personnel...
Damien Jalet est un chorégraphe-performer franco belge. Sa danse est instinctive, brute, très technique voire scientifique. A travers de nombreuses collaborations Damien Jalet s'interroge sur le corps en tant que matière et centre de plus en plus sa reflexion autour de la question du fondamental. "Quel est le disque dur ? A quoi ont ressemblé les premières danses ?". Il fait murir cette réflexion aux 4 coins les plus reculés de la planète en découvrant des rituels animistes tout en s'interessant également aux musiques de tradition orale.

Il se nourrit de ses voyages, "La danse a cette possibilité de pouvoir justement être sans frontières. Je suis très reconnaissant par rapport à cet art, il m’a permis de découvrir des choses incroyables." 

Du 2 au 17 mai 2017, le fameux duo de chorégraphes "Jalet-Cherkaoui" présentera une reprise de la pièce Boléro à l'Opéra de Paris, évènement-danse incontournable de la saison 2017 !
Pour patienter découvrez l'univers singulier de Damien Jalet... Rencontre !


© Agathe Poupeney  

Réservez vos places pour Boléro
Pièce de Damien Jalet et Larbi Cherkaoui 

à l'Opéra de Paris
du 2 au 17 Mai 2017

> ICI < 


© Enric Montes


Vous vous formez en Belgique et aux Etats Unis et intégrez la compagnie Ultima Vez en 1998… 
Qu’est-ce que la formation américaine a apporté à votre danse ? Et qu’avez vous tiré de cette expérience ?
Je viens plutôt du théâtre, de la mise en scène. J’ai commencé la danse en étant à Bruxelles et en voyant le travail de mes compatriotes. C’était une époque où ils étaient un véritable mouvement. Quand j’ai vu cela je me suis dit que je voulais vraiment orienter mon travail vers le corps, vers une pratique plus rigoureuse physiquement.
Au fur à mesure des rencontres j’ai en effet décidé de partir à New York. Aller à New York signifiait vraiment sortir de ma zone de confort. Je ne voulais pas y aller pour apprendre une manière de danser seulement liée au dance theater qui soit proche de la physicalité assez viscérale que j’avais déjà développée en travaillant en Belgique. 
Je voulais vraiment me confronter à un courant de danse abstraite, travailler sur la release technique avec Trisha Brown, je voulais vraiment aller à l’opposé de ce que je connaissais. Me confronter à d’autres types de mouvements et ensuite les combiner avec ce que j’avais appris en Belgique.
Le but était de travailler de manière beaucoup plus anatomique, de m’interroger sur la question du poids corps, de travailler avec les muscles plus profonds. Comment aborder la danse dans une autre écriture, ne plus travailler de manière instinctive ? J’avais envie d’aller plus loin, de créer de manière beaucoup plus technique et moins émotionnelle.  


© Hugo Glendinning


En 2000 vous entamez une collaboration assidue avec Larbi Cherkaoui, votre dernière pièce Babel 7.16 est présentée cette année dans la Cour d’honneur du palais des papes à Avignon… 
Comment organisez-vous le travail à 4 mains ? Votre approche de la danse est-elle similaire ou complémentaire ?
Ce qui est intéressant c’est que nous sommes à la fois très complémentaires et très similaires. C’est pour cela que nous avons continué à travailler ensemble. Cela fait maintenant 16 ans. Nous avons chacun eu nos projets personnels mais il y a toujours quelque chose qui s’inscrit dans le temps avec Larbi.
Je ne sais pas vraiment ce qu’il se passe. D'abord nous sommes nés la même année et même avant de travailler ensemble les gens nous assimilaient. Nous nous sommes rencontrés en 2000, c’était comme rencontrer un double mais en même temps un double opposé. En effet, nous sommes vraiment très différents sur beaucoup de points.

 

© Rahi Rezvani


Larbi est mon partenaire artistique de plus longue date. Les gens pensent souvent que je suis son assistant, pour moi nous avons toujours travaillé à armes égales, même quand je dansais pour lui il n’y avait pas de hiérarchie. C’est souvent à partir de conversations, de dialogues, que le travail se développait et s’articulait.
A chaque fois que j’ai essayé de définir comment nous travaillons ensemble je me suis aperçu qu’il était tout a fait possible de dire aussi le contraire. Larbi aime partir de quelque chose de très conscient, moi j’aime me jeter dans l’inconnu et de tirer du chaos des choses qui me plaisent. J’ai une approche très instincitve, je n’ai pas toujours une idée de ce que je veux voir mais quand je le vois je sais que c’est cela qui m’intéresse. Lui aime savoir où il va, il a une tendance assez lyrique, je suis plutot direct et brut. Généralement nous nous servons de nos propositions, nous confrontons les idées en les amenant un peu plus loin. Nous nous stimulons. Pour Babel, c’est un peu ce qu’il s’est passé. 
Ce n’est pas toujours dans la symbiose et l’harmonie, c’est aussi remettre en question de ce que fait l’autre, ça se passe aussi dans l’opposition.Nous sommes de plus en plus définis dans ce qu’on aime, on a souvent cherché de trouver un espace d’entre deux. Cela me plait. C’est toujours bien d’accepter que l’on est pas juste d’accord.


© Christophe Raynaud de Lage


Babel 7.16 est la suite d’une pièce plus ancienne intitulée Babel (words). Est-ce une une recréation ou une réactualisation ?
C’est plutôt une réadaptation, mais aussi une recréation dans la mesure où on l’a recréée pour cet espace (la cour du palais des Papes) et avec plus d’interprètes. Nous avons inventé 9 nouveaux rôles, donc une réécriture a été faite. Nous avons aussi repensé la lumière, qui est pour moi un grand pas en avant par rapport à la version précédente. Mais aussi comment cette pièce résonne dans cet espace, comment respacialiser la musique, comment la réinventer.


Quel événement a impulsé ce retour ?
Larbi voulait vraiment qu’on continue à faire tourner la pièce. Il a eu une conversation avec Olivier Py et il y avait un désir de faire quelque chose pour le festival d’Avignon, pour la cour d'honneur. Tout ça c’était deux semaines après les attentats du 13 novembre...
J’ai été un témoin direct des attentats rue de Charonne donc j'ai été confronté à quelque chose qui laisse des traces indélébiles. Cela a été un vrai choc, comme pour tout le monde. Je sais que quand Larbi m’a parlé du projet de refaire Babel, je lui ai dit que je n’avais vraiment pas la force à ce moment-là d’imaginer ce que pourrait être la pièce. (En si peu de temps, avec nos emplois du temps respectifs…)
Après ces attentats j’ai perdu mon humour, je me suis posé beaucoup de questions quant à ma créativité. C’est difficile de se dire, lorsque nous sommes dans un état traumatique, que l’on pourra recréer. Il m'a fallu du temps pour retransformer cette énergie.
Cependant, quand j’ai vu qu'il y a eu une réponse politique immédiate, et que le Front National a obtenu des scores invraisemblables, ça a fait sonner l’alarme en moi. Je me suis dit que dans toutes les pièces que l’on a faite, s’il y en a une qui mérite d’être dite et redite et qui soit en lien avec ce qu’il s’est passé : c’est celle-là.




Elle parle de coexistence, de la relation que l’on a avec les autres. On considère souvent que l’on appartient à une tribu, nous avons une conception très tribale de l’identité. Il y a aussi une tendance à s’opposer à l’autre. Cela est lié à notre histoire, il y a énormément de fantasmes mais aussi une réalité très complexe.
Il est difficile de donner des réponses rapides et directes. Pour nous Babel est une pièce qui est constamment sur l’ambivalence, la contradiction. C’est pour cela qu’elle continue à être juste. Notamment sur la question de savoir comment on se définit : par rapport à sa langue, à la culture dont on a hérité, par rapport à son pays ?
Aujourd’hui nous sommes dans une Europe qui est, certes en crise par rapport à ses idéaux sur lesquels elle a été construite, mais nous sommes dans une époque où la technologie a changé notre rapport au monde.
Comment les gens se parlent et interagissent, comment l’instantané change les rapports ? Il y a des choses très positives mais aussi négatives qui viennent avec cela. C’est ce qu’on explore dans Babel.


Vos collaborations sont multiples, vous savez vous entourer pour créer et mélanger les arts avec finesse.
En 2013, vous prenez en main la direction artistique des nocturnes au Louvre et présentez les Médusées. Encore un mélange des genres entre sculpture et danse. Quels émotions et messages voulez-vous faire passer au spectateur ?
Ce projet m’a été proposé, et j’ai trouvé que c’était un magnifique challenge car j’adore le Louvre. Cela m’a ouvert une réflexion sur le côté sculptural de la danse. Mais il y a aussi dans la sculpture quelque chose d’opposé à la danse. La sculpture est en quelque sorte l’art le plus éternel contrairement à la danse qui est peut-être l’art le plus éphémère. Mais en même temps les deux parlent de corps et d’énergie.
Il y avait aussi ce truc d’hypnose, quand les gens vont voir une exposition, ils sont en mouvement et les sculptures ne bougent pas. Comment est ce qu’on fait alors pour être tout d’un coup dans la situation inverse, où d’un coup les visiteurs s’arrêtent et que les danseurs deviennent les transmetteurs de l’énergie contenue dans ces sculptures.




© Antoine Mongodin 


Les sculptures du Louvre sont figées à un moment donné, juste avant la bascule, elles sont fascinantes. L’énergie contenue dans celles-ci est énorme. Les danseurs proposaient une nouvelle lecture du lieu. Je me suis basé sur le mythe de la Méduse et du mot qu’il a créé en français avec cette idée de fascination et de sort. L’idée du regard et de l’immobilité.
Cela m’a amené a repenser mon travail et de collaborer avec des artistes contemporains. Je collabore en ce moment avec un sculpteur japonais, Nawa Kohei. Celui ci travaille sur l’animalité et l’aspect scientifique presque moléculaire de la matière. VESSEL est la pièce qui est née de cette collaboration. C’est pour moi des échanges très riches, de pouvoir tout le temps établir une forme. En ce moment nous essayons d’établir une forme que l’on arrive plus à dissocier : est ce une sculpture, une œuvre plastique, une performance ? Nous voulons arriver à un point de fusion où nous ne pouvons plus dissocier. Nous travaillons sur l’animé et l’inanimé, mais aussi sur le corps désincarné.


 

© Yoshikazu Inoue


Vous avez aussi suivi une formation d’ethnomusicologie et on retrouve dans vos pièces une grande diversité de sonorités. Comment envisagez-vous la relation danse-musique ? La voyez-vous comme un support ?
Avec Larbi nous avons toujours travaillé avec de la musique live dans nos pièces. Par ailleurs, en ayant étudié l’ethnomusicologie j’ai toujours vu le chant comme une espèce de prolongation du corps, c’est une question de vibration. Je me suis basé sur les recherches de Giovana Marini une ethnomusicologue, sur les musiques de traditions orales. Moi j’aime travailler sur le primodial, savoir quel est le disque dur ? A quoi ont ressemblé les premières danses ?
Je viens justement de finir un film avec Gilles Delmas dans lequel nous avons travaillé sur la relation avec les rituels. Nous avons filmé les rituels animistes à Bali, au Japon, mais aussi sur pas mal d’îles volcaniques. Je trouve qu’il y a quelque chose qui nous raconte comment les choses ont commencé... En tant qu’adulte ,on essaye de se connaître en retrouvant des traces de notre enfance, je pense que la même chose peut être faite dans l’art et de se demander sur quoi cela a commencé. Si l’on enlève toutes les couches, quel est le très fondamental ? 
C’est cela qui me fascine dans la musique de tradition orale, c’est que c’est une musique très ancienne, qui ne peut être datée, qui n’a pas été écrite et qui se transforme.  




Autant j’aime travailler avec ces chants très anciens, autant j’aime travailler avec l’opposé comme de la musique électronique. Je travaille avec beaucoup de gens de l’électro acoustique comme Ben Frost, Christian Fennesz, qui créent la musique à partir d’un ordinateur, c’est ça la source.


La danse en silence est-elle alors possible pour vous ?
Complètement, je l’ai pas mal explorée. Dans ma dernière pièce « Through » j’ai créé une section de 12 minutes en silence complet. La scénographie était de Jim Hodges, et nous avons créé un cylindre, qui a donné naissance à une scène très dangereuse. Les danseurs en s’accrochant sur le cylindre se trouvaient projetés de l’autre côté, puis ré attirés et enfin devaient passer en dessous. Il y avait juste le son du cylindre et de leurs souffles.

 

© Bettina Stoss
 


Il y quelque chose de tellement fort dans l’inconfort que le silence peut apporter. Ce n’est pas du tout quelque chose qui me fait peur, cela dépend de la fonction qu'il peut avoir dans une pièce. Je n’aime pas travailler avec des dogmes, je me demande ce qui fonctionne le mieux pour chaque scène.

 
En mai 2017 les danseurs de l’Opéra de Paris reprendront Boléro, une pièce que vous avez créée en 2013 avec Sidi Cherkaoui et Marina Abramovic artiste monténégrine représentante du courant de l’Art corporel.
Comment le choix de reprise de cette pièce en particulier s’est-il opéré ?
C’est l’Opéra et en particulier Benjamin Millepied qui voulait vraiment la reprendre.
Nous serons là lors de la transmission afin de recréer le plus fidèlement possible l'esprit que nous avions imaginé pour la pièce. Il est très important que nous soyons là pour nourrir les interprètes et qu’ils n’apprennent pas juste une succession de mouvements. Mais aussi pour qu’ils soient conscients de tout le processus de création que cela a représenté.
Le Boléro est une pièce très difficile. Ils doivent tourner pendant 20 minutes sur une scène inclinée avec un miroir derrière eux qui leur fait perdre tout leur sens d’orientation.  Je suis très content qu’elle soit reprise, car elle ne tourne pas beaucoup. C’est aussi une belle collaboration, cette pièce a vraiment été un challenge. C’est une pièce musicale qui peut vous écraser rapidement.




Parlez-nous de la collaboration avec cette artiste Marina Abramovic...
Nous voulions développer cela avec elle. Nous avons essayé de travailler sur la notion de limite. Quelque chose donc d’assez restreint, mais en restant dans cette limite, quelque chose qui tout à coup permet de trouver une forme d’état.


Quelles sont vos autres actualités pour la saison prochaine ?
Je suis devenu le directeur artistique de la National Youth Dance Compagny (40 jeunes danseurs entre 16 et 19 ans) et j’ai 5 semaines pour créer une pièce avec eux. C’est très court mais c’est un challenge. C’est très intéressant de se confronter à des danseurs de cet âge-là, à ce moment-là il y a comme une espèce de don total de soi et très peu d’inhibition. On ne peut plus les arrêter. Je suis très content de travailler avec ces jeunes qui ont encore cet élan primaire de danser. La création est pour avril à Londres.
Je commence aussi un projet de recherche au Mexique, pour observer les rituels liés à la fête des morts. Je voyage beaucoup, j’essaye de rentrer dans ce que les endroits possèdent. C’est une sorte d’ouverture de la conscience. La danse a cette possibilité de pouvoir justement être sans frontières. Je suis très reconnaissant par rapport à cet art, il m’a permis de découvrir des choses incroyables. Il y aussi le film que j’ai créé, The Ferryman, qui va commencer à être montré.


© Agathe Poupeney

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    • 2017-04-17 16:48:31
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  • Tags - #contemporain #film #danse #Voyage #Bolero #Festival d'Avignon #belgique #Opéra de Paris #collaboration #movie #jalet #cherkaoui #Eastman #babel #ethnomusicologie #The Ferryman
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