La Clef de Gaia : un conte des temps modernes

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La clef de Gaia
de Lina Lamara a été présentée pour la seconde fois au Festival d'Avignon 2016. Impossible de ne pas en parler, ce spectacle est le coup de coeur de la rédaction Artist UP. Ce conte musical moderne, vous saisit, vous captive et très vite vous submerge. Tout n'est qu'amour, paix et tolérance. 
L'histoire commence sous une tente berbère, l'atmosphère y est feutrée, les voix sont douces et les sonorités mélodieuses. Lina Lamara incarne avec poésie et humour toutes les femmes qui l'ont guidée et construite tout au long de sa vie. Elle est accompagnée par les notes de guitare de Pierre Delaup et les contes du voyageur incarné par Thomas Ronzeau. 
Ce spectacle est un périple à travers les cultures, les générations, et les sensations. Lina Lamara a souhaité "sortir la tête du cadre en regardant ailleurs et autrement" et c'est un pari réussi. La clef de Gaia amorce une réflexion autour de thèmes très actuels tels que le vivre ensemble, la tolérance ou encore la beauté que constituent nos différences... Un vrai message d'amour ! RENCONTRE...


© Tous droits réservés


Après des études de droit international tu te passionnes pour des métiers bien plus artistiques : comédienne et chanteuse ! Quel changement de cap… 
Quelles raisons t’ont poussée à cette reconversion « de l’extrême » ?
Depuis toute petite, je voulais déjà faire ce métier. J’ai pratiqué le théâtre, le chant et la danse mais c’est vrai que ma mère n’a pas vraiment voulu que je plonge dans ce métier sans « structure ». Pour elle, il n’y avait rien de mieux qu’une grande école. Je suis donc allée jusqu’au bout de mon Master de droit international. J’avais quand même pris l’option propriété intellectuelle et artistique comme ça je me suis dit "je serai prête".
A la fin de mes études j’ai travaillé dans la filiale cinéma du groupe TF1, je me suis régalée. Pendant un an et demi j’ai appris beaucoup de choses. Mais surtout, je me suis dit que je ne resterai jamais toute ma vie dans une bureau. J’avais rempli ma part du contrat avec ma famille et je pouvais enfin démarrer une activité qui me correspondait plus. 
Je suis ensuite entrée dans une école artistique, avec 36 heures de chant, théâtre, danse par semaine. C’était royal. Très vite je suis montée sur scène, dans des comédies musicales puis au théâtre, puis des séries TV. Parallèlement il y avait toujours ces projets musicaux. En revanche je n’écrivais pas encore : l’écriture et la composition sont arrivés au fur et à mesure du temps. Plus je faisais partie de projet qui ne me plaisaient pas, plus se développait en moi l’envie de créer.



© Livia Caron


Quelles rencontres ont été déterminantes pour toi ?
Réjane Perry, qui est une prof de chant et artiste, malheureusement décédée aujourd’hui, a été la première à me dire que ma voix avait quelque chose de différent. Cette rencontre a vraiment été déterminante.
Il y a eu aussi David Rozen qui a été mon metteur en scène sur plusieurs projets. Il a été, en réalité, bien plus que cela. David fut une sorte de coach. Pour chaque audition il a été là, un vrai pilier, il m’a poussé à puiser au fond de moi et à aller toujours plus loin. Il a changé surtout mon rapport au plateau, car j’étais quelqu’un d’assez pudique. Même si je suis très exubérante, il y a beaucoup de pudeur en moi. Avec David je ne pouvais pas tricher. Il voyait quand j’étais vraiment sincère et honnête. David Rozen m’a intégrée à ses projets et m’a offert beaucoup de travail.
Et enfin, Dorian Holley ancien coach vocal de Mickael Jackson. Je l’ai rencontré lors d’une master class à Paris, il était là juste deux jours. Je pensais aller l’écouter parler de sa carrière, à aucun moment je me suis dit que j’allais chanter et qu’il allait m’écouter. Il nous a fait passer un par un sur scène : je suis passé la dernière, grosse pression ! Quand tu sais que ces mecs-là ont bossé avec les plus grands tu te dis « qu’est-ce que je fais là ? »
En effet c’était dingue, il m’a expliqué que la musique coulait en moi de manière assez rare. Du coup nous nous sommes retrouvés à Los Angeles quelques mois plus tard, il m’a fait visiter les studios, à ce moment-là il enregistrait avec les choristes d’Alicia Keys… j’étais là comme un bébé. Tout est allé vite.

Si je devais parler au présent d'une collaboration forte, je parlerais de mon binôme sur scène, Pierre Delaup, le guitariste. Avec lui j’écris, je compose des musiques. Etant instrumentiste il traduit tout de suite ce que je chante. Il comprend exactement ce que j’ai envie de transmettre. Nous respirons ensemble.


© Tous droits réservés


Tu as joué dans plusieurs pièces de style très différents puis as écrit ton propre spectacle : La clef de Gaia, de comédienne tu passes à auteur... Quel a été l’élément déclencheur du projet ?
Il n’y avait pas d’évidence avec les pièces dans lesquelles je jouais. Les rôles devenaient les miens parce que j’y mettais ma pâte. Souvent on me répétait que je sortais du lot, que je n’avais pas la voix lisse et parfaitement équilibrée. A force d’entendre que je n’étais pas vraiment le rôle, d’être toujours dans cet entre-deux, l'envie de monter mes propres projets se profilait. C’était toujours comme si je n’étais jamais vraiment assise à la bonne place. 
Un autre élément déclencheur a été ma participation à The Voice. Je l'ai fait un peu à contre cœur car je suis plutôt contre ces émissions, elles veulent prouver que sans travail tu peux y arriver et c’est complètement faux. Ces emissions peuvent être fantastiques quand tu arrives et que tu es prêt, sinon cela peut être dangereux. Je n’étais pas prête. Il ne faut pas oublier que c’est un jeu mais en même temps c'est démago car tu joues avec tes rêves. 
Tout ça ne me convenait pas et d’ailleurs je pars très vite, je vais jusqu’aux battles. 
C’est à ce moment-là que tout change. Je me suis demandée ce que je voulais vraiment ? Je me suis rendue compte que si je voulais quelque chose je devais le créer. J’ai donc posé toutes mes idées sur du papier, j'ai monté mon label, je me suis auto produite, et je me suis entourée de gens que j’admire et avec on parle la même langue de création et de recherche.



© Tous droits réservés


Quels messages forts souhaites-tu transmettre à travers cette pièce ?
Quel sentiment souhaites-tu éveiller chez le spectateur ?
En un mot ça serait l’amour, c’est peut être naïf ou simple mais c’est vraiment cela.
 
Au-delà du contexte historique de la pièce (la guerre d’Algérie), c’est une pièce très actuelle et transposable à la société dans laquelle nous vivons.
Es-tu une sorte de militante ? Penses que le théâtre soit politique ?
Je ne suis pas une grande militante, mais je pense qu’il y a un acte politique derrière cela. Cependant l’acte politique ne réside pas dans le fait de relater la guerre d’Algérie ou du parler du féminisme, c'est plutôt la transmission d'un message d'amour et de paix.
Mais c’est en effet transposable à la société actuelle. Nous sommes tous conditionnés par la société, nous nous auto-conditionnons avec des habitudes, des choses qui nous rassurent mais il faut toujours sortir la tête de ce cadre en regardant ailleurs et autrement. L’autre, celui qu’on ne connaît pas, si lui-même est bloqué dans ses peurs ou son confort (comme nous pouvons l’être), jamais on ne se rencontre.
Si l’un des deux fait cette démarche BOUM le lien se fait. Nous sommes en réalité tous liés, on parle de l’effet papillon, sans mysticisme, c’est un état de fait. Nous sommes organiques, faits de chair, d‘émotions, il existe une connexion. Cela parle aussi de la tolérance, c’est une des clés du spectacle. Mais je ne cherche pas à annuler les différences mais au contraire c’est les accepter et faire des choses ensemble avec ce que chacun est. Je pense que nous sommes beaucoup à penser comme cela, j’ai confiance en l’être humain.
C’est vrai que mon spectacle colle à l’actualité, cela n’a pas été fait exprès. Il est synchro et ça fait peur, je sens un poids sur nos épaules. Parfois je suis inquiète, avant de rentrer sur scène il m’est arrivée de dire aux garçons « Comment les gens vont prendre le mot Allah aujourd'hui ? »... Vont-ils comprendre ? Vont–ils sortir de la salle car c’est un mot qu’il ne veulent même plus entendre ? Ou vais-je réussir à faire couler ce mot autrement en eux ?
Certains spectateurs pensent que mon spectacle a été fait par une arabe pour les arabes, ils passent totalement a côté. Mes origines sont un prétexte, j’aurais pu être chinoise et véhiculer le même message. Mon héritage est maghrébin, je parle de ce que je connais.




La clef de Gaia est un spectacle autobiographique retraçant l’histoire de ta grand-mère ayant vécu en Algérie, il est le fruit d’une collaboration avec Cristos Mitropoulos… 
Comment s’est déroulé le travail à 4 mains ?
C’est vraiment lui qui m’a aidé à structurer ma pensée parce que ça partait dans tous les sens. J’avais mille envies à la seconde, j’avais envie de tout mettre : tout ce que j’avais vu et vécu. Je voulais tout offrir.
Il est vraiment arrivé comme un architecte, il a essayé de me canaliser. Nous nous sommes vus pendant un mois sachant qu’il est arrivé en cours de projet. La clef de Gaia existait déjà, j’avais écrit la plupart des contes et notamment deux qui sont très importants pour moi : le monologue d’ouverture et celui de fin que j’avais écrit en 2014. Il m’a demandé d’écrire des dialogues et pas de grands textes littéraires. Nous nous sommes vus tous les jeudis pendant un mois, je lui soumettais les textes que j’avais écrit et nous remettions tout dans l’ordre. Il me faisait beaucoup parler et notamment sur mon enfance, il m’encourageait à aller plus loin sur certains aspects.
 


© Tous droits réservés


Musicienne il n’était pas envisageable de mettre la musique de côté, quelle place, rôle a t-elle dans ton travail ?
La musique c’est mon sang, rien ne se fait sans musique. Dans la Clef de Gaia j’oscille entre jouer ma grand-mère, moi petite, ma mère, mon grand-père, les femmes du hammam, mais la musique c’est comme si on accédait au moi d'aujourd’hui.
Ce que je raconte dans mes chansons c’est moi aujourd’hui, c’est une autre couche de l’histoire, induite.
 
Comment envisages tu la pluridisciplinarité ?
Je trouve ça marrant car en France on pose le mot dessus. Alors que dans d’autres cultures il n'y a pas de mot, c’est comme ça ! Charlie Chaplin danse, joue la comédie, fait passer les émotions par le regard. On ne se dit pas que ce qu’il fait est pluridisciplinaire, on voit une œuvre dans sa globalité, on voit un artiste nous offrir ces palettes d’expressions.
En France on doit se définir, tout est catégorisé. Dans le programme du OFF à Avignon je suis du « Théâtre musical ». Mais en fait je ne sais pas si je suis du théâtre musical, ça veut dire quoi ? Il y a du théâtre et de la musique d’accord ! Je pense qu’on ne devrait pas appeler cela pluridisciplinarité mais plutôt spectacle en 3D. Le mélange des disciplines donnent en effet plusieurs dimensions à l’œuvre.




Dans la clef de Gaia on entre dans l’intimité de cette relation si particulière et si tendre que tu entretenais avec ta grand-mère Mouima… 
Comment ressens-tu cette "mise à nu", as-tu mis des barrières dans l’écriture ?
Je ne le ressens pas du tout comme une mise à nu, étant donné que c’est un partage avec l’autre. De manière générale les gens sont très bienveillants tu n’as pas de mal à dire « Viens, assieds-toi, chez moi c’est chez toi. » Quand je raconte mon histoire cela devient ton histoire, je te la donne. Ça n’a pas toujours été facile et notamment avec la fin du spectacle qui est très chargé en émotions, j’ai souvent craint de ne pas pouvoir aller au bout. Mais c’est la comédienne qui doit assurer, on ne peut pas chialer. Finalement moi, Lina Lamara, je n’existe presque plus dans la Clef de Gaia. Moi personnellement avec mes états d’âme et ma pudeur, ça n’a pas de place.
Je n’ai pas tout dit non plus, et il y a des choses sur lesquels je n’ai pas insisté notamment sur mon père. Le plus important était de se concentrer sur cet univers de femmes, celui dans lequel j’avais grandi.
 
Comment envisageais-tu la figure féminine dans ton spectacle ? Est-ce un spectacle de femme pour les femmes ?
Au début je voulais écrire une œuvre universelle, et elle l’est par son propos, mais c’est vrai que cela revient souvent. Les gens me demandent si c’est un spectacle de femme pour femmes voire féministe.
En fait, je crois que c’est une pièce où des personnes, et dans le cas présent des femmes, se sont retrouvées à se gérer seules mais qui ont cassé les liens de l’aliénation. C’est en réalité une pièce de « petites personnes » qui se font seules.



© Tous droits réservés


Tu t’es entourée sur scène de deux artistes très talentueux : Thomas Ronzeau qui joue le rôle du soldat conteur et le musicien Pierre Delaup… Comment s’est passée la rencontre ?
Avec Pierre nous nous sommes rencontrés il y a trois ans et ce qui est fascinant c’est cette connexion que nous avons. J’arrive, je lui dit « j’ai une idée, j’ai une chanson » je lui chante, je lui explique un peu le texte et comment je vois la mélodie et ce que je ressens. Et là clac, il comprend tout de suite, il prend la guitare et son arrangement devient une autre composition par-dessus. 
Avec Thomas, nous avons travaillé ensemble avec David Rozen sur plusieurs pièces, nous avons toujours été très complices à la scène. A la vie, moins, on ne se voyait pas plus que ça. Quand il a été question de trouver le nouveau voyageur de Gaia (car nous avons eu deux autres comédiens cette année), j’ai dit il faut quelqu’un qui parle la même langue et qui veut transmettre le message et non jouer dans une pièce qui marche. J’ai donc pensé à Thomas.


Pierre Delaup © Tous droits réservés


De quoi avais tu besoin ? Quels ont été tes critères ?
D’un point de vue de l’acting, je ne cherchais pas LE bon comédien, très technique, je m’en fous. Ce que je veux voir c’est l’âme des gens. Je ne m’entoure que de personnes dont l’âme est belle et lumineuse et qui ne font pas des choses que pour leur ego (il y en a beaucoup dans ce milieu).
 
La saison dernière la pièce s’est jouée au théâtre des Abbesses et au studio Hebertot à Paris mais aussi à Avignon 2015 (où l’affiche reçoit le prix de la plus belle affiche), vous êtes de retour à Avignon cette année… 
Comment envisages-tu le futur de la pièce ? Qu’en est-il de la saison prochaine ?
Nous allons rentrer en studio après Avignon 2016 pour enregistrer un livre audio de la pièce. Je vais travailler avec une graphiste pour créer un livre original. Le livre reprendra les textes de Gaia, les musiques du spectacle mais nous allons aussi pousser plus loin l’histoire, ouvrir la pièce. 
L’idée aussi est de faire des dates à Paris, mais mon rêve absolu c’est de faire une tournée. En partant de Lyon, on descendrait à Marseille, on prendrait le bateau, on traverserait la Méditerranée, on ferrait le tour du Maghreb et nous terminerions par l’Andalousie. C’est en projet mais ce n’est pas pour tout de suite. 
J’écris aussi une autre pièce, j’aimerais donner la parole à d’autres, écrire pour les gens dans la continuité de Gaia, dans cette dynamique.
 
Tu as une voix magnifique as-tu des projets exclusivement musicaux ?
Je vais me remettre à travailler sur mon album. J’avais présenté mon EP au Bus Palladium en 2015, C’était dingue, j’étais avec mon frère sur scène, il est guitariste auteur compositeur, c’est un des musiciens les plus talentueux que je connaisse, je ne suis peut-être pas très objective (rires). J’avais une section cuivres de malade et j’ai eu de très bons retours. Je n'oublie pas l'album, je vais continuer mais ce qui me plait c’est le live.


© Tous droits réservés


Que pouvons nous te souhaiter pour la suite ?
De continuer dans cette voie et de rester libre. Que je sorte toujours la tête du cadre et que je ne m’enferme jamais.



DATES A VENIR
:

24 novembre au 10 décembre
au Théâtre de Poche Graslin à Nantes. 

Sortie du livre musical 
Février 2017


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    • 2016-09-22 16:02:07
    • 1 141 views
  • Tags - #paris #musique #théâtre #amour #histoire #conte #algerie #tolérance #Lina Lamara #Gaia #Avignon2016 #différences #Maghreb #intimité #autobiographique #studio Hebertot #livre musical #Mouima #héritage #chants
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